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Le Bureau Des Affaires Occultes – 1. Bas Les Masques

Au départ, il y a des romans. Ceux d’Eric Fouassier, des romans policiers historiques, mêlant, avec talent, des intrigues classiques dans leur forme à des réalités historiques passionnantes.

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Et c’est à partir de ces livres, ou plutôt de l’univers et de l’ambiance de ces romans, que Thomas Mosdi et Olivier Brazao ont créé une œuvre dessinée… Avec un premier opus, inspiré par le monde d’Eric Fouassier, mais en même temps extrêmement personnel. Il en résulte une aventure policière pleine de rebondissements, des décors historiques et des personnages ancrés dans un dix-neuvième siècle où tout semble possible, même le plus improbable !

Nous sommes en 1832. Et, en l’absence du patron du bureau des affaires occultes, un département au sein de la Préfecture de Paris, c’est son adjointe, Aglaé, qui doit prendre la direction d’une enquête particulièrement délicate… Un cadavre, fraîchement tatoué, déguisé en mendiant, a été trouvé à deux pas de la morgue. Une morgue dans laquelle Aglaé va découvrir, par hasard, le cadavre d’une femme qu’elle connaît bien… Et d’autres meurtres, d’autres tatouages incompréhensibles vont se suivre…

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Je ne vais pas divulgâcher (je ne supporte pas le mot spolier…) la suite des péripéties, du récit dans lequel Aglaé, femme forte et fragile à la fois, va affronter bien des démons, en compagnie de deux flics très différents l’un de l’autre, Tafik et L’Entourloupe… En compagnie aussi d’une belle galerie de personnages, du jeune médecin de la morgue à un vagabond voleur de pommes, en passant par Vidocq, au détour d’une page… Au contraire des romans originels, on ne peut pas dire qu’ici l’ésotérisme occupe une place importante. Les auteurs ont privilégié à la fois l’ambiance et la construction de la narration pour créer un univers qui leur soit, dès le départ, propre. Et l’enquête que mène Aglaé, pour brutale et violente qu’elle soit, va mettre en lumière d’abord et avant tout les faiblesses humaines. Avec cette constatation qui, à sa façon, résume cette enquête: on ne revient pas du royaume des morts, mais on peut revenir de l’enfer… De ce fait, Aglaé n’aura-t-elle pas besoin de la protection de Lilith ?…

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C’est un premier volume, et on peut dire qu’il est réussi… Qu’il est étonnant, également, de par sa construction. Le récit, en effet, voit apparaître, et parfois de manière qui a l’air intempestive, des flash-backs… A certains moments, il est vrai que ces retours en arrière cassent le rythme de l’histoire… Mais peu à peu, ils forment comme la trame d’un puzzle dans lequel une héroïne a besoin, sans cesse, de se « construire »… C’est la deuxième qualité de cet album: mettre en scène, de façon improbable, une jeune femme décidée, carrée mais bégueule, adepte à sa manière d’un féminisme doutant de lui-même… Et, à cause de ces doutes, Mademoiselle Aglaé s’investit et s’impose sans mesure dans un monde d’hommes !

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Dans le scénario, il y a quand même une faiblesse : le lecteur habitué aux polars devine sans doute assez vite qui est le grand méchant ! Mais la « vérité » du monde dans lequel Aglaé enquête est frappé du sceau de la réalité historique. Par le scénario de Thomas Mosdi, bien sûr, mais aussi par la qualité du dessin d’Olivier Brazao. C’est du réalisme très léché, c’est un plaisir à faire bouger les personnages dans des décors nombreux et souvent somptueux. On peut reprocher au dessinateur des difficultés, parfois, à reconnaître certains personnages… Mais c’est un petit défaut sur lequel on passe vite, emporté par le rythme que son graphisme donne à l’album. Il faut parler aussi de la couleur, due à Pierre Schelle. Elle est faite, même de nuit, de transparences qui aèrent, à leur manière, la sombre omniprésence de la mort.

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Un livre qui mérite qu’on s’y arrête, sans aucun doute… Tout comme, indubitablement, on le referme en ayant envie de découvrir les futures autres aventures vécues par Aglaé et consorts !

Jacques et Josiane Schraûwen

Le Bureau Des Affaires Occultes – 1. Bas Les Masques (dessin : Olivier Brazao – scénario : Thomas Mosdi, inspiré par les romans d’Eric Fouassier – couleur : Pierre Schelle – éditeur : Albin Michel – septembre 2025 – 80 pages)

Bordeaux Shanghai – le vin, l’amour, le plaisir

Bordeaux Shanghai – le vin, l’amour, le plaisir

Depuis quelques années, les bandes dessinées consacrées au vin sont nombreuses… Un peu répétitives, aussi, il faut bien le reconnaître… Ici, l’angle de vue est original, intéressant aussi… Il s’agit tout autant de vin que de trajet de vie !

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En Chine, à Shanghai, un millionnaire a fort à faire avec son fils… Un adolescent retardé qui noie sa vie dans le cocon d’un fric facile qui se donne à foison, un jeune homme qui n’a qu’une certitude, celle que la vie est courte, cette vie qui a fait mourir jeune sa mère… Après une incartade de plus, Monsieur Zeng laisse une dernière chance à son fils : prendre la gestion d’une propriété viticole qu’il a achetée en France… Dans le Médoc…

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Sa mission : rendre compte à son père de la réalité de la gestion de ce cru bourgeois. Le but de son père est également, sans aucun doute, tout autre : mûrir (comme le vin ?…) ce gamin qui ne pense qu’à s’amuser, en lui imposant de se plonger dans le « travail », dans un autre pays, dans une autre culture… Et ce père, symbole d’une réussite économique chinoise, ne croit pas énormément aux chances de réussite de son fils dans cette nouvelle vie !

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Et c’est vrai que, dès son arrivée en France, dans « sa » propriété, Wei se retrouve totalement perdu… Il ne parle qu’Anglais, dans un terroir rural où le langage est celui du vin, et les mots ceux de la langue française. On ne peut pas dire qu’il fait de grands efforts, non plus, préférant rouler en voiture de luxe, faire du surf sans savoir nager… Heureusement que, parmi les gens qui travaillent pour lui (en quelque sorte), une gamine parle assez d’anglais pour qu’il ne se sente pas totalement seul… Mais ce garçon, maladroit, imbu de lui-même, ne connaissant rien au vin ni même au monde du travail, va accumuler les bêtises, encore une fois, les malentendus aussi…

On est, je le disais, dans un « trajet de vie »… Et donc, comme dans tout ce qui touche à une existence se construisant, l’amour va jouer son rôle, sous les traits de l’œnologue de la propriété, la jeune et jolie Lola, qui n’a pas la langue en poche, loin s’en faut !

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Ce livre est une réussite, déjà, par le talent du scénariste à mêler la romance à une forme tranquille de description (et explication) du monde du vin… Le scénario de Mark Eacersall, fait de petites touches, parvient à ce que tout soit plausible dans les péripéties de l’histoire racontée. Le temps passe, les « magouilles » économiques sont bien présentes, l’argent et « l’art » du vin éprouvent bien des difficultés à se marier… Dans ce scénario, il faut souligner aussi l’usage de couleurs différentes pour les dialogues, selon qu’ils sont en français, en chinois, ou en anglais… Le lecteur, ainsi, comprend sans aucune difficulté ce qu’est la solitude de Wei… Ce qu’est, dans toute relation humaine, l’importance du langage, donc de l’échange… Ce scénario brille aussi par son sens du récit, de la narration : il mêle une aventure amoureuse, un contexte dans lequel l’économie passe avant le sentiment, une existence dans laquelle les trahisons sont des réalités… De ce fait, on voit véritablement évoluer le jeune Wei, apprenant, grâce à l’amour qu’il porte à la belle Lola, à aimer le vin et, surtout, ceux qui le créent différent d’année en année! Tout coule de source dans ce scénario, ai-je envie de dire…

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En outre, différentes réalités du vin d’aujourd’hui sont abordées, les cultures plus humaines, plus naturelles, moins scientifiques, par exemple. Et puis, il y a le dessin d’Amélie Causse, semi réaliste, s’approchant au plus près des visages et de leurs expressions, s’emplissant de soleil et de pluie pour nous faire pénétrer dans la vérité d’un métier qui mêle à l’art bien des réalités plus triviales… Ses couleurs deviennent lisibles, dans la mesure où elles nous font ressentir les chemins des saisons…

Je le disais, en préambule : cette bd-ci est très différente des albums consacrés au vin… Pas de polar, ici, pas de grands affrontements… La vie, tout simplement, et donc l’Amour… C’est une romance, oui, mais parfaitement réaliste… C’est un livre lumineux qui ne cherche pas à éblouir, mais qui éblouit pourtant ! Une lecture extrêmement agréable, un livre qui mérite, assurément, qu’on l’aime pour ce qu’il est : une histoire humaine, à taille humaine, dans un environnement où l’humain obéit aussi à la nature…

Jacques et Josiane Schraûwen

Bordeaux Shanghai (dessin : Amélie Causse – scénario : Mark Eacersall – éditeur : Grandangle – septembre 2025 – 208 pages)

Belfort Et Lupin : SOS Carpe Diem

Belfort Et Lupin : SOS Carpe Diem

Une bande dessinée « tous publics », réalisée en collaboration avec le Château de Versailles : un album qui fait véritablement plaisir ! A découvrir, donc…

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Je vous emmène donc, si vous le voulez bien, à Versailles… Et je le fais en compagnie de Belfort et de Lupin, un chien et un loup… Le chien, Belfort, vit dans l’environnement immédiat de Louis XIV, le loup, Lupin, vit dans le parc. Belfort devrait être bien policé, il est en fait rétif à la « bonne tenue », et Lupin, qui devrait être un carnassier féroce est, tout au contraire, un animal libre aimant tous les autres animaux.

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Et dans ce joyau historique et architectural, le Roi Soleil doit recevoir l’ambassadeur de Perse, en vue de signer des accords importants. Il s’agit donc de l’éblouir… Et, pour ce faire, il faut que les grandes eaux de Versailles, ces fontaines sublimes, fonctionnent toutes ensemble lorsque cet ambassadeur se promènera dans les jardins de ce château exceptionnel.

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Et, bien sûr, les choses ne vont pas se passer aussi simplement ! Sinon, évidemment, il n’y aurait pas d’histoire ! Lupin et Belfort, en se baladant, remarquent que leurs amies les carpes, et leurs œufs prêts à éclore, manquent cruellement d’eau dans leur bassin ! Et ce sont eux, le loup et le chien, qui vont donc parvenir à ce que les fontaines de Versailles se remettent à jaillir avec leurs jeux étincelants et accrochant en arcs-en-ciel les lumières de Versailles. Il s’ensuit des rencontres avec les animaux du château, un éléphant, entre autres, il s’ensuit la difficulté pour des animaux de comprendre le fonctionnement de ces fontaines et bassins innombrables. Mais, comme dans les contes de nos enfances, tout va, évidemment, se terminer bien !

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C’est vraiment une petite histoire bien gentille ! Le dessin de « Lesdeuxpareilles », non réaliste, dans la veine de Disney, est souple, d’une belle lumière, les personnages sont attachants, les décors sont vibrants, et la couleur attire le regard. Le scénario de Stehly est bien construit, plein de bons sentiments, totalement adapté à un public jeune. Mais je tiens à souligner que ce livre a été fait, comme je le disais plus haut, en partenariat avec le Château de Versailles ! Et, de ce fait, cet album a également un côté didactique. Comment toutes ces fontaines, célèbres dans le monde entier, fonctionnent-elles ? C’est raconté dans la bd… C’est également expliqué dans un dossier qui termine ce livre… Les enfants et leurs parents, ainsi, y découvriront quelques trésors technologiques qui datent d’il y a bien longtemps !

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Et j’avoue que j’ai autant aimé, vieil adulte, cette bd que le petit dossier qui l’accompagne ! Une bd qui renoue, à sa manière, et avec une belle réussite, avec ce qu’était le neuvième art à sa création : des récits dessinés et destinés à un jeune lectorat !

Jacques et Josiane Schraûwen

Belfort Et Lupin : SOS Carpe Diem (dessin : Lesdeuxpareilles – scénario : T. J. Stehly – éditeur : Dupuis – 2025)