Débridée

Débridée

Un regard souriant sur la rencontre entre deux cultures !

De Pékin à Paris, en passant par les Etats-Unis et La Grande Bretagne, Siyu Cao a appris à découvrir sa propre culture au travers des regards posés sur elle et sa nationalité chinoise. Un livre simple, souriant, sympathique, intelligent aussi et surtout !

Débridée
Débridée © Siyu Cao

Je le disais, le dessin est simple. Quelques traits suffisent à l’auteure pour exprimer une idée, pour décrire et continuer une rencontre, pour illustrer un échange de mots. 

La construction de ce livre, d’ailleurs, et son format, tout cela permet à la lecture d’être rapide, sympathique, agréable. En face à face, comme le sont les culture chinoise et française vécues par l’auteure-héroïne, ce petit livre met un texte et une planche bd en jeu de miroir.

Le texte explique. Ou, plutôt, il raconte, avec des mots simples, une des aventures quotidiennes vécues par Siyu Cao. Les dessins, eux, ajoutent, de manière presque enfantine, naïve en tout cas de par son graphisme, une touche d’humour, de sourire, voire même de poésie quelque peu surréaliste.

débridée
Débridée © Siyu Cao

Ce jeu de miroir permet à l’auteure, tout simplement, de nous montrer « sa » vision de notre Occident. Et elle le fait au travers des visions que l’Occident a de « sa » Chine ! Les thèmes sont nombreux, moins sans doute que les différences qu’il peut y avoir entre une Chinoise et un Parisien ! On parle dans ce livre de tatouages en France, de tee-shirts aux inscriptions anglaises en Chine. D’eau froide en Occident, d’eau chaude en Chine. De la façon de montrer son amour ou son affection. De la notion de la beauté et de la pâleur de la peau ou de son bronzage. De la politesse et de ses oppositions culturelles. Des clichés, de part et d’autre du monde. Et même des terrasses des restaurants…

Siyu Cao
Siyu Cao © Siyu Cao

A ce titre, avec un rythme limpide et vif, ce petit livre (de quelque 140 pages, quand même ! Mais des pages petites, elles aussi… ) nous parle, le plus simplement du monde, de culture, de multiculturalité, d’acceptation de l’autre, de nécessité non pas à s’intégrer mais à chercher à se comprendre au-delà des différences, grâce à ces différences!

Tout livre réussi est un voyage.

Celui-ci nous emmène dans un monde vu, certes, par des yeux chinois, mais qui est le nôtre… Et qui, donc, nous ouvre les yeux, à notre tour, pour débrider tous nos a priori !

En résumé, un livre à lire, à faire lire, dès l’âge de douze ans je pense… Parce que, simplement, il aborde la coexistence de différentes cultures sans aucun jugement, avec bienveillance et, surtout, avec humour !

Jacques Schraûwen

Débridée (auteure : Siyu Cao – éditeur : Equateurs)

Druuna : 5. Celle Qui Vient Du Vent

Druuna : 5. Celle Qui Vient Du Vent

C’est au milieu des années 80 qu’est apparue cette héroïne aux courbes voluptueuses. Une femme perdue dans ce qui ressemble à un monde post-apocalyptique. Une femme aux nudités affolantes pour tous ceux et toutes celles qu’elle croise. Une femme aujourd’hui de retour !

Druuna © Serpieri

Que les choses soient claires, tout de suite : ne me demandez pas de vous résumer cet album, et encore moins ceux qui l’ont précédé ! C’est d’ailleurs la grande caractéristique de cette série : être devenue mythique malgré un scénario pour le moins hermétique !

Tout ce qu’on sait, c’est que Druuna, nue le plus souvent, se retrouve, d’album en album, dans des mondes différents, mais tous marqués par une ambiance d’horreur évidente, par une sensation constante qu’une catastrophe a pratiquement détruit toute l’humanité.


Druuna © Serpieri

Et dans ces mondes, cette femme plus que gironde, à la poitrine et à la croupe imposantes, à la beauté exhibée sous toutes ses coutures, cette femme aux sensualités exacerbées cherche à survivre. Elle le fait de rencontre en rencontre, elle le fait en se donnant, en subissant de mâles assauts de toutes sortes, souvent monstrueux. On ne peut vraiment pas dire de Druuna qu’elle est le symbole du féminisme, loin s’en faut ! Mais elle est le symbole de la lutte, à tout prix, pour exister, pour que subsiste, même dans l’horrible, la sensation et, qui sait, la réalité de l’amour… Même si cet amour n’est, finalement, que charnel à chaque fois.


Druuna © Serpieri

Il faut d’ailleurs reconnaître que le succès de cette série tient à ce qui sous-tend toute sa narration, graphique surtout : l’érotisme. Voire même la pornographie, reconnaissons-le !… Mais pour Serpieri, comme pour Manara, comme pour Crepax avant eux, l’érotisme, même hard, n’est jamais une finalité. C’est un moyen, narratif et graphique, pour raconter plus qu’une histoire, pour raconter et montrer un plaisir… Le plaisir de dessiner la chair, de lui donner vie sur le papier, de lui offrir des reliefs insensés.

Comme Manara et Crepax, Serpieri, au travers de son scénario, aussi difficile d’accès puisse-t-il être, parvient, au-delà d’un simple récit, à agripper le lecteur par les thèmes qu’il aborde.

Et dans ce cinquième opus, Serpieri abandonne le hard, se contente en quelque sorte d’un érotisme torride, certes, mais sans provocation, pour revenir à ses premières passions dessinées, par exemple, le western. Pour parler, aussi, de la religion, aujourd’hui, en faisant dire à un de ses personnages : « plus personne ne respecte l’autorité spirituelle ». Pour, en utilisant un langage à la fois psychologique et pseudo-scientifique, faire dire à un autre de ses personnages que les machines, omniprésentes dans cet album, sont là « pour sauvegarder l’humain, ou du moins ce qu’il en reste dans le monde ».


Druuna © Serpieri

Ce cinquième album des aventures de Druuna est donc très différent des précédents. C’est un livre qui nous parle de la mémoire, de son retour, par à-coups, de ses vides. C’est un livre qui nous envoûte en nous plongeant dans la spirale du temps. C’est un livre qui nous parle de nos présents et de nos passés en réinventant le réel jusqu’à l’horreur. C’est un livre de science-fiction qui se nourrit de références de toutes sortes, de Klaus Kinski à Einstein.

C’est une bd presque surréaliste, qui donne l’impression, souvent, d’avoir été dessinée et écrite comme les poètes proches de Breton réinventaient le forme poétique : en usant d’écriture automatique.

C’est un livre charnel qui nous parle de la virtualité.

Druuna, je le pense, j’en suis certain, continuera pendant longtemps à plaire. Pour son érotisme, oui, évidemment. Mais aussi, et surtout sans doute, parce que c’est une série BD qu’on ne peut rattacher à aucun genre, qu’on ne peut jamais codifier !

Et ce cinquième « épisode » est peut-être le meilleur, lui qui abandonne la provocation érotique gratuite pour ne plus laisser la place qu’à une essentielle sensualité !

Jacques Schraûwen

Druuna : 5. Celle Qui Vient Du Vent (auteur : Paolo Eleuteri Serpieri – éditeur : Glénat/Lo Scarabeo)

Duke : 3. Je Suis Une Ombre

Duke : 3. Je Suis Une Ombre

Etrange personnage que ce « Duke », et qui, malgré son nom, n’a rien à voir avec John Wayne ! Etrange, envoûtant, déroutant. Et dessiné par l’immense Hermann !

Duke 3 © Le Lombard

Oui, je suis inconditionnel du travail d’Hermann, je l’avoue. Depuis des années et des années, il a enchanté mes lectures. Comment oublier Bernard Prince, comment oublier Comanche, deux séries qui auraient pu n’être que codifiées « en tradition » mais qui, cependant classiques, osaient s’aventurer dans d’autres chemins que ceux de la ronronnante bande dessinée des années 60.

Ensuite, il y a eu plusieurs one-shots, avec différents scénaristes, dont Van Hamme qui, avec Hermann, est parvenu à varier ses thèmes d’inspiration habituels et redondants. Il y a eu ses propres scénarios, et des séries qui, de plus en plus, ont permis à son graphisme de se personnaliser totalement, de par le sens de la laideur embellie qu’Hermann pratique avec un talent exceptionnel…

Avec Duke, on se retrouve dans une série western, une série pure et dure, sans concessions, avec un personnage central qui n’a rien d’un héros, loin s’en faut.

Duke 3 © Le Lombard

Disons-le tout de suite, j’ai une critique à formuler quant à cette série. Le scénario d’Yves H. y manque parfois de consistance et pratique un peu trop le raccourci. Mais, surtout, il est impossible d’entrer dans un album, le trois en l’occurrence, sans avoir lu les précédents, et les avoir gardés en mémoire ! Un petit résumé ne serait pas de trop, loin s’en faut, pour que le lecteur ne se perde pas en route.

Parce que cette route, graphique et colorée, mérite, assurément, qu’on s’y plonge… L’histoire, le récit, les récits plutôt, abordent bien des thèmes qui dépassent la simple anecdote narrative.

Duke se donne l’illusion d’être un homme droit, entier, honnête. Mais il découvre lentement que ce n’est pas le cas. Et que, finalement, il n’est qu’une ombre, celle de la grande faucheuse, une ombre dont toutes les attaches humaines se détruisent, s’effacent, famille et amis, par sa seule présence, par se seule vérité de tueur…

Duke 3 © Le Lombard

Duke, c’est une bande dessinée très sombre, désespérée, désespérante. Classique de par son contenu immédiat : il y a des bons, il y a des méchants, il y a une diligence, une attaque, de l’argent volé, des duels, des coups de feu, des morts, encore des morts. Mais le tout est montré et raconté dans un style qui s’éloigne complètement de celui de John Ford ou de même de Giraud ! La violence et la mort sont omniprésentes et font partie du décor. A ce titre, j’ai adoré cette séquence pendant laquelle débarquent des tueurs dans un village mexicain, un village en fête et qui n’arrête pas cette fête malgré les coups de feu et les cadavres.

Il y a ainsi toujours, chez Hermann, le besoin, sans discours, de montrer la réalité telle qu’elle est, telle qu’elle était, telle qu’elle pourrait être, et de dévoiler, en même temps, tout ce que cette réalité peut cacher comme mensonges et comme vérités sans cesse emmêlées, pour le meilleur et le pire, pour la trahison et le partage, pour la vie et la mort.

Duke 3 © Le Lombard

Dans chacun de ses livres, Hermann réussit à éblouir par quelques planches somptueuses… Par l’utilisation de la couleur, aussi, par la façon qu’il a de toujours envisager ses découpages par séquences, à la fois graphiques et colorées.

J’ai toujours trouvé exceptionnel, chez lui, le fait que, quel que soit le scénariste avec lequel il travaille, c’est sa « patte » qui prend toujours le dessus !

Et sa « patte », dans cet album-ci, est à admirer, totalement, dans les quelques planches, en fin de livre, qui nous montrent Duke et toute une ville se perdant dans la grisaille d’une pluie plus désespérante encore que les personnages.

Duke, c’est de l’excellent western… Mais, s’il vous plait, pour le prochain album, que l’on n’hésite surtout pas à l’introduire par un petit résumé !

Jacques Schraûwen

Duke : 3. Je Suis Une Ombre (Dessin et couleurs : Hermann. Scénario : Yves H. Editeur : Le Lombard)

Duke 3 © Le Lombard