Les Enfants de la Résistance : 3. Les Deux Géants – Une série totalement réussie et une exposition au musée de la résistance

Les Enfants de la Résistance : 3. Les Deux Géants – Une série totalement réussie et une exposition au musée de la résistance

Troisième tome d’une série étonnante et qui ne faiblit absolument pas, que du contraire ! Avec en outre une exposition dans un lieu à découvrir, le Musée de la Résistance!

Dans ce troisième volume, nous sommes en été. En été 1941 ! François, Lisa et Eusèbe, dans leur petit village presque tranquille, après avoir enterré le père de François fusillé par les nazis, sont plus que jamais décidés à résister. C’est d’amitié qu’il s’agit, entre ces trois enfants devenant adolescents, bien entendu. D’un courage, aussi, qui les dépasse et qui ressemble peut-être, au secret de leur âme, à un grand jeu à la Rudyard Kipling.

Mais ce dont il s’agit surtout, pour les auteurs, Dugomier au scénario et Ers au dessin, c’est de dresser le portrait d’une époque de notre Histoire, une époque douloureuse, et de le faire au travers de trois regards encore enfantins, de le faire, oui, à hauteur d’enfance plutôt qu’à hauteur adulte !

C’est là toute la force de cette série, certainement… Une série résolument ouverte à tous les publics, à tous les âges. Une série dont le message premier est de prouver que la résistance est d’abord une manière d’être, une manière d’exister, une manière de penser et de réfléchir.

A la fin de chaque album, il y a un dossier qu’on peut qualifier de pédagogique. Et ce sont ces pages-là qui sont exposées au musée de la Résistance, à Bruxelles, rue Van Lint. Une exposition à laquelle le conservateur du musée, Jean-Jacques Bouchez, attache beaucoup d’importance…

Vincent Dugomier: résister

Jean-Jacques Bouchez, le conservateur du musée de la résistance

Je l’ai déjà dit ici lors de mes chroniques consacrées aux albums précédents de cette série : il s’agit véritablement d’une réussite !

Une réussite due, entre autres, à la précision que les deux auteurs ont voulue dans le construction de leur récit, de leurs récits pluriels même.

Comme exemple, j’en veux l’œil historique sérieux sur le monde des enfants en ces années quarante naissantes. Les stéréotypes étaient nombreux, sur ce qui pouvait être vécu par les petits garçons et par les petites filles. Les stéréotypes étaient tout aussi nombreux en ce qui concerne les réalités sociales et sociologiques de tout un chacun, de l’accès aux études, du travail à la ferme. Il y avait les notables et les autres, dans le village de nos trois enfants-héros. Il y avait ceux qui reprenaient la ferme et les autres qui pouvaient faire des études et s’élever, ainsi, au long de ce qu’on ne nommait pas encore l’échelle sociale. Et ces réalités-là, tellement différentes de ce que notre occident connaît aujourd’hui, sont bien présentes et mises en perspective dans cette série.

Ce qui est important aussi, c’est que les personnages, qu’ils soient centraux ou secondaires, ne sont jamais figés. On les voit évoluer, changer, physiquement et moralement. Et c’est encore plus le cas avec nos trois héros qui, d’album en album, gagnent en maturité physique et mentale…

Dugomier et Ers: le quotidien des enfants

Vincent Dugomier: la maturité

Dans les deux premiers volumes, on était totalement dans l’aspect  » grand jeu  » dont je parlais plus haut. Bien sûr, le rendu de l’époque était complet, avec ses réalités sociales et politiques, mais le tout était traité en arrière-plan plutôt qu’à l’avant de l’intrigue.

Ici, dans ces « deux géants », deux géants qui se jaugent, se jugent et finissent par s’affronter, il en va tout autrement. La politique est bien présente, par petites touches d’abord, puis avec de plus en plus d’insistance. Il faut dire qu’en 1941, l’Allemagne Nazie s’est retournée contre l’URSS ! Et le Japon est à son tour entré en guerre !…

Mais cette réalité politique n’empêche pas le trio des enfants résistants de continuer à vivre comme des enfants… A essayer, ainsi, de comprendre des adultes qui deviennent de plus en plus incompréhensibles, emberlificotés qu’ils sont dans les méandres de leurs convictions politiciennes. Parmi ces adultes, il y a les Français, d’abord. Ceux qui acceptent, ceux qui refusent, ceux qui collaborent. Il y a les personnages ambigus, aussi, comme le parrain de François, ambitieux et vénal, et, en même temps, aimé par son résistant de filleul…

Parmi ces adultes, il y a aussi les occupants, les nazis, les militaires, les simples soldats et leurs officiers.

Et ce n’est pas la moindre des qualités de cette série que d’éviter, jusque dans la description de ces  » méchants « , tout manichéisme qui se serait révélé inutile et trop lourd, narrativement parlant !

Benoît Ers et Vincent Dugomier: la politique

Benoît Ers: le « nazisme normal »…

 Les enfants de la résistance

Le scénario de Vincent Dugomier se construit dans la tradition, quelque peu disparue il faut le reconnaître, des aventures linéaires, bien racontées, superbement documentées, bien écrite, admirablement bien dialoguée, avec un minimum de raccourcis littéraires. Un peu comme dans ces romans pour adolescents signés Dalens ou Foncine.

Le dessin de Benoît Ers, plus que dans les albums précédents peut-être, joue énormément avec la couleur. Il est vif, rappelle, lui aussi, les illustrations de ces livres pour la jeunesse des années 50, comme la fameuse collection Signe de Piste. Sans pour autant renoncer aux scènes graphiquement ambitieuses, comme l’attaque japonaise sur Pearl Harbor.

On sent qu’ils sont tous les deux plus que des partenaires dans la création de cette série. Qu’ils sont réellement co-auteurs. Il en résulte trois albums à savourer !

Benoît Ers: la couleur

Enfants, adolescents, adultes, n’hésitez pas, en cette époque troublée, à acheter ces trois premiers albums d’une série intelligente à tous les points de vue ! A l’acheter, à l’offrir, et à vous rendre au musée de la Résistance à Bruxelles pour en découvrir un outil pédagogique accessible aux écoles !…Et pour en savoir plus, suivez les liens ci-après !…

 

Les éditions du Lombard

Le Musée de la Résistance

 

Jacques Schraûwen

Les Enfants de la Résistance : 3. Les Deux Géants (dessin : Benoît Ers – scénario : Vincent Dugomier – éditeur : Le Lombard)

Exposition au Musée de la Résistance – 14, rue Van Lint – 1070 Bruxelles – jusqu’au 30 juin

Ars Magna : intégrale

Ars Magna : intégrale

Ésotérisme, nazisme et résistance dans Bruxelles hérissée de croix gammées… Une intégrale passionnante!

Nous sommes à Bruxelles, en 1944. La Grand-Place arbore des dizaines de drapeaux nazis. Mais la victoire semble de plus en plus improbable pour l’envahisseur qui occupe la capitale belge.Improbable, mais pas impossible: les Allemands savent qu’au dix-septième siècle, à l’occasion de la reconstruction de cette fameuse Grand-Place, une loge ésotérique secrète y a dissimulé un message crypté qui doit conduire à un objet capable de changer la physionomie de la guerre. C’est donc à une course entre les Allemands et la résistance que nous allons assister. Avec un personnage central qui n’est pas vraiment un héros traditionnel, mais beaucoup plus un petit fonctionnaire sans beaucoup de relief.

L’ésotérisme est très à la mode, de nos jours, et c’est vrai aussi (et surtout…) dans l’univers de la bande dessinée. Il devient trop souvent moins un élément de l’intrigue que le moteur même d’une histoire qui se laisse alors guider dans des arcanes pas toujours évidents à comprendre.
Ici, fort heureusement, ce n’est pas le cas. Alcante, le scénariste, a délibérément choisi les routes de l’aventure. Et cette aventure, ce jeu de piste, cette course au trésor racontée en trois épisodes réunis dans cette intégrale, ne manque vraiment pas d’intérêt.

Alcante: Ars Magna

Un scénario fouillé, un dessin d’un réalisme très descriptif à l’efficacité évidente…

Alcante, le scénariste, prend plaisir à mêler la grande Histoire, l’aventure et un ésotérisme qui reste plausible. Et le dessin de Jovanovic, dans la restitution de Bruxelles au fil des âges, est d’une véritable perfection. L’Hôtel de ville pavoisé de croix gammées, le Palais de Justice dominant les Marolles, la rue du Chêne, la Place Royale, c’est Bruxelles qui devient, au fil des pages, le vrai personnage central de cet album, ou, tout au moins, l’élément essentiel de toutes les évolutions narratives. Point n’est besoin d’être féru en alchimie et en ésotérisme pour aimer ce récit. Il suffit d’avoir envie de se laisser entraîner par l’imagination fertile d’un scénariste qui réussit sans difficulté à mélanger les époques, et par le dessin simple et réaliste d’un dessinateur amoureux des décors qu’il immortalise! Et le plaisir, dès lors, est au rendez-vous!

 

Jacques Schraûwen

Ars Magna : intégrale (dessin : Jovanovic – scénario : Alcante – éditeur : Glénat)

Big Bang Saïgon

Big Bang Saïgon

Un livre intime et sensuel qui nous parle d’amour, de désir, de passion, d’étreintes, de réalité, de virtualité… Un album qui parle, simplement, de la vie !

Après des études artistiques qui ne débouchent sur rien de concret, Maxime décide de couper les ponts avec sa vie tranquille de Français moyen. il choisit, comme alibi à son départ d’adolescent sans véritable avenir, l’envie de trouver un oncle laissé au Vietnam par son grand-père, militaire en des temps lointains.

A partir de cette histoire, incontestablement teintée d’autobiographie, les auteurs nous emmènent à leur suite dans un Vietnam d’aujourd’hui, un Vietnam qui ne ressemble absolument pas aux images qu’un Européen peut en avoir. La quête de Maxime ne lui est pas une fausse raison, puisqu’il recherche vraiment cet oncle inconnu. Mais, ce faisant, il rencontre d’autres personnes… Un Européen plus que déluré qui le prend sous son aile. Et, surtout, la petite et mignonne Akiko, une enseignante japonaise, tout fine, toute jolie, âgée de 26 printemps resplendissants.

Entre eux, c’est le coup de foudre, ce fameux big bang qui est à l’origine, paraît-il, de toute création d’univers. Et l’univers qu’ils se créent est certes celui du besoin de chacun d’entre eux de comprendre et de découvrir la culture de l’autre, mais c’est surtout celui de l’amour, avec un A majuscule, cet amour qui bouscule tout sur son passage, cet amour qui fait de chaque rencontre de regards un feu d’artifice, cet amour qui dépasse les règles du tabou et de la bienséance, cet amour qui ne peut qu’être charnel.

Mais voilà, la vie n’a rien de parfait, et toute étreinte, un jour ou l’autre, ne devient plus qu’un souvenir. Maxime, faute d’argent, doit rentrer chez lui, abandonner la torride Akiko.

Et c’est alors que commence la deuxième  partie de ce livre, celle qui ne renie rien de cet amour-passion, mais qui en oublie la réalité pour en découvrir toutes les virtualités. Entre Saïgon et la France, les deux amants usent et abusent d’internet pour ne rien briser de leur union, une union qui en devient obsessive, pour Maxime comme pour sa lointaine amante.

Ce qui est remarquable, dans ce livre, au sens premier du terme, c’est le manque de pudeur assumé par les auteurs, tant dans le texte que dans le dessin. Une impudeur, oui, qui cependant n’enlève rien à la beauté pratiquement poétique de l’histoire d’amour qu’ils nous racontent, qu’ils nous montrent, avec tous les gestes et tous les mots de l’intime quotidien.

Il y a eu la réalité et ses chairs mêlées aux lits du plaisir à partager, il y a eu la virtualité et ses souvenances se muant en fantasmes presque tangibles, il y a enfin la troisième et dernière partie de ce livre, le retour de Maxime au Vietnam, ses questions, ses doutes, ses lâchetés, ses initiations à un univers résolument adulte, un univers où le rêve laisse la place à la trahison amoureuse et à la trivialité. Ce qui était poétique n’est plus qu’assouvissement d’un besoin, et c’est alors de séparation qu’il s’agit, dans le définitif d’une Histoire qu’on a voulue éternelle et qui ne se veut, finalement, qu’éphémère dans la construction d’une existence.

Et c’est là que ce livre dépasse l’anecdote autobiographique et devient la description, tantôt très crue, tantôt très diaphane, du passage d’un adolescent sûr de lui à un adulte sans plus aucune certitude. C’est là que le récit devient, à sa manière, le miroir que tendent les auteurs vers toutes leurs lectrices, tous leurs lecteurs, un miroir dans lequel les reflets aperçus ne sont pas toujours ceux qu’on aurait pu croire ou attendre, ceux dont on se souvient au travers d’une mémoire toujours sélective.

Du côté du texte, c’est le dialogue qui prime, de façon très naturelle.

Du côté du dessin, je dirais qu’il y a dans cet album deux styles qui cohabitent et se complètent parfaitement. Il y a les descriptions des paysages, des gens, de ce Vietnam que Maxime découvre en le dessinant, en peaufinant les décors qu’il voit et restitue à  la page blanche de ses démarches artistiques. Et puis, il y a un deuxième style, plus épuré, plus axé sur les corps et les chairs, lorsqu’il s’agit pour Maxime de rendre compte de la passion et de l’amour, celui des corps et des âmes obligatoirement mêlés.

Big bang Saïgon est un vrai livre d’auteur(s). Un livre envoûtant, un livre sans tabou mais sans provocation ridicule. Un roman graphique dont l’ambition est toute simple : parler de l’humain et de ce qui le construit d’abord et avant tout, le désir !

 

Jacques Schraûwen

Big Bang Saïgon (dessin : Maxime Péroz – scénario : Hugues Barthe – éditeur : La Boîte à Bulles – décembre 2016)