Game Over : 25. The Snow Must Go On

Game Over : 25. The Snow Must Go On

Cela fait plus de vingt ans qu’un petit barbare rêve de sa jolie ( ?) princesse, dans un jeu vidéo linéaire, y vivant des aventures dont la fin est toujours tragique…

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Cette bd, cataloguée « jeune public », a heurté, dès ses débuts, quelques adultes, quelques parents, incompréhensifs devant des fins de gags toujours identiques : la mort de la princesse, ou du petit barbare, ou des deux ! Les gags, le plus souvent d’une page, relatent, en fait, un « niveau » de jeu qui se termine par la redoutée expression « game over », le jeu est terminé… Depuis ces plus de vingt ans, les jeux vidéo ont terriblement évolué, reconnaissons-le, et des gamins comme Kid Paddle (autre série bd de Midam), obsédé par ces jeux, par les lieux commerçants dans lesquels, contre quelques pièces, on peut y jouer, il n’y en a plus vraiment… Les consoles ont depuis longtemps remplacé ces vieux appareils, et les consoles elles-mêmes laissent la place, désormais à l’ordinateur, à la tablette, à l’internet. Les jeux d’aujourd’hui, également, sont de plus en plus sanglants et violents… Sans beaucoup d’humour, il faut bien le reconnaître. Leur but n’est pas de faire sourire, mais d’ajouter aux cadavres ennemis d’autres cadavres…

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Et donc, j’ai demandé à un ado lecteur de ces « game over » d’en lire le dernier opus, et de me dire, par écrit, ce qu’il en pensait… Voici le résultat de cette lecture, de cette cogitation, voici la chronique d’Alaric Stas…

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GAME OVER 25 : The snow must go one

Au menu : Humour noir et morts variées.

Un petit jeu de mot dans le titre m’a fait sourire en constatant cette couverture surprenante : presque entièrement blanche, mais couverte de dessins qu’on ne voit qu’avec la lumière (des dessins brillants sur fond mat).

Ensuite, dès l’ouverture de l’album, en pages de garde, un jeu est proposé, inspiré par « cherchez Charlie », et c’est assez amusant.

Par contre, personnellement, ce Game Over me déçoit un peu par rapport aux autres que j’ai lus, je trouve que la plupart des gags manquent de “profondeur”. Bien qu’il faille admettre que ce n’est pas leur point fort au départ, les gags en avaient toujours eu assez pour fonctionner et faire rire.

J’aimais beaucoup les premiers albums mais au fil du temps je trouve que l’humour s’est essoufflé. Au lancement de la série, il y avait souvent un petit quelque chose de subtil, qu’on ne découvrait pas immédiatement, comme une valise qui renfermerait un compartiment caché. Maintenant il n’y a plus ça. Plus de petites surprises. Plus de sous-entendus. Les compartiments secrets sont vides… Le gag est là, direct, premier degré, et manque de finesse.

Après, je l’admets, il y a toujours des gags drôles, mais l’ensemble de l’album fait moins rire. 

Et puis, cette BD se veut moderne, avec un QR-code pour accéder aux coulisses et suivre Midam sur les réseaux. J’ai suivi le lien et j’ai remarqué autre chose que je trouve dommage : c’est le fait qu’on puisse commander une dédicace. Car une dédicace, ce n’est pas juste son nom écrit dans un bouquin avec un petit dessin, non, c’est aussi le plaisir de rencontrer l’auteur, de parler avec lui, de lui dire qu’on aime son œuvre. 

Je trouve également que la bd n’a plus grand chose à voir avec le monde du jeu vidéo, en effet, le petit barbare et sa princesse se retrouvent la plupart du temps dans des endroits absurdes pour lesquels on a du mal à faire un lien avec l’univers du jeu vidéo.

Bref, ce Game Over est pour moi moins bon que les anciens, mais j’espère que les prochains seront mieux.

Alaric Stas

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Personnellement, en tant qu’adulte, adulte, qui plus est, qui n’a jamais été attiré par les jeux vidéo, et encore moins par leur évolution, certes graphiquement intéressante, mais aux dérives violentes évidentes, j’avoue cependant prendre toujours plaisir à ces petites histoires dont on connaît toujours la fin… Les personnages meurent, mais ils renaissent à la page suivante ! Il n’y a aucune « morale », et c’est très bien ainsi ! Et, ma foi, les gags restent très souvent extrêmement efficaces, et épinglent sans en avoir l’air, des attitudes humaines quotidiennes empreintes, et c’est le moins que l’on puisse dire, des ombres virevoltantes de l’universelle connerie !

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Je n’ai plus onze ans depuis longtemps… Mais je garde la présence tout au fond de moi de cet âge enfui… Peut-être est-ce pour cela que je continue à prendre un vrai plaisir, futile et fugace sans doute, à regarder les aventures désastreuses de ce petit barbare et de son impossible amour !

Jacques et Josiane Schraûwen

Game Over : 25. The Snow Must Go On (dessin : Midam et Adam – scénario : Midam, Patelin et Gof – couleur : Ben Bk – éditeur : Dupuis – août 2026  – 48 pages)

INTERMEZZO – Une nouvelle collection bd chez Dargaud

INTERMEZZO – Une nouvelle collection bd chez Dargaud

Intermezzo… Des livres en petit format, à petit prix, pour des récits ramassés et de qualité… Un pari déjà réussi avec quatre premiers albums !

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Intermezzo… Pour définir ce mot qui, désormais, ouvre la porte d’une collection bd, on peut parler d’une petite pièce musicale ou dramatique placée entre deux grands airs ou deux actes… Pour compléter cette définition, on doit pouvoir parler de pose, d’interlude en quelque sorte. Et donc, le but avoué de cette nouvelle collection, c’est de laisser des auteurs imaginer des histoires courtes, donc développées très différemment d’un album traditionnel, des histoires qui permettent à ces auteurs de souffler un peu, sans pour autant restreindre leur talent! Et c’est le cas de ces quatre premiers titres qui viennent de paraître…

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Quatre titres qui correspondent aux espoirs de l’éditeur… Un espoir d’abord économique, osons le dire, avec un format de livres plus petit, trente-deux pages, avec, dès lors, des planches plus petites, avec une taille restreinte, avec un brochage, cette collection permet aussi d’avoir un prix également restreint. Face à une crise évidente de l’édition bd, c’est là une manière de chercher un nouveau public, tout en revenant, quelque peu, à ces années anciennes où les dessinateurs aimaient, dans Tintin Sélection comme dans Spirou Festival par exemple, publier des récits plus courts. Il y a aussi, dans cette collection, une initiative de s’éloigner de la pléthore de « romans graphiques » multipliant le nombre de pages avec, souvent, une baisse évidente de la qualité du dessin… Comme pour revenir à de la bande dessinée qui n’a pas besoin d’alibi culturel et pseudo littéraire pour exister ! Avec cette collection « intermezzo », des histoires sont racontées, sans temps mort, avec un nombre de cases par page inférieur à une bd traditionnelle, et tout cela fonctionne… Passons donc en revue les quatre premiers volumes déjà publiés depuis peu…

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Pensionnaires (de Pierre-Henry Gomont)

Pierre-Henry Gomont, l’excellent auteur de Slava entre autres, signe le premier de ces livres. Intitulée « Pensionnaires », cette bd nous entraîne dans un pensionnat, des années 70 sans doute, en compagnie de quelques adolescents, rêvant de filles, rêvant aussi d’aventure, de cigarettes fumées en cachette. Il y a également dans ce pensionnat un pion, Gaillard, qui aime autant l’alcool que son fusil… Cela pourrait tourner au drame, mais Gomont nous emmène dans une réflexion sur le courage, la lâcheté, le silence à briser, l’adolescence. Et il nous remet en mémoire, ainsi, des affaires judiciaires récentes… Tout en nous livrant, on le ressent, des bribes de sa propre adolescence…

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Figures Imposées (de Christina Bueno et Marzena Sowa)

Ce deuxième livre aborde, lui aussi, une thématique très actuelle, celle des femmes et de la place qu’elles sont trop souvent obligées de prendre dans la société. Les deux autrices, venues de Pologne et d’Espagne, nous y font suivre une journée de travail d’une hôtesse, à l’occasion de l’anniversaire d’un grand Champagne. Petits fours, luxe et pouvoir de l’argent, propos machistes, regards dédaigneux, attouchements, dragues épaisses, viol… C’est de la construction d’un drame humain que se construit ce livre, mais qui débouche sur la découverte par trois de ces jeunes hôtesses, de la nécessité de se battre pour être elles-mêmes… Elles sourient, mais leurs sourires ont des dents.

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Les oranges amères (de Javi Rey)

Comme dans les deux livres précédents, on plonge, avec Javi Rey, dans une tranche de vie… C’est un livre qui parle d’amour, de famille, d’envie de fuir, d’envie aussi de ne pas faire de peine à ceux qu’on aime, ou qu’on croit aimer… L’héroïne découvre, en suivant un cours de philosophie, un récit de Platon sur l’origine de l’amour… L’autrice, ainsi, avec un dessin lumineux, presque aérien parfois, nous raconte un moment d’existence, la fin d’une enfance, le début d’une « adultité » peut-être, mais en laissant la porte ouverte, ensuite, à tous les possibles. Un livre tout en tendresse…

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Jane Dans Les Nuages (de Jordi Lafebre)

Cet album se différencie des trois autres, parce qu’avec Jordi Lafebre, on est dans le fictionnel, incontestablement. Au dix-neuvième siècle, Jane, une jeune fille de bonne famille, aventureuse, et son sage ami Timothy, quittent le domaine familial en montgolfière pour se rendre à Londres ! Jane, narcoleptique, s’endort un peu n’importe quand, et heureusement que Timoty est là pour sauver les meubles… Vont-ils arriver à Londres, et de quelle manière ?… C’est ce que, avec humour et tendresse, nous narre ce livre. Mais au-delà de l’anecdote, ce récit est un petit bijou poétique, une histoire qui parle d’amitié, de rêve, de ces envies qui habitent l’âme et qui peuvent prendre vie lorsque le cœur le décide…

Jacques et Josiane Schraûwen

Collection « Intermezzo » chez Dargaud

Jean-Claude Claeys (1951-2026) – le dessinateur des noirceurs de l’âme

Jean-Claude Claeys (1951-2026) – le dessinateur des noirceurs de l’âme

Jean-Claude Claeys ne fait pas partie de ces auteurs de bande dessinée qu’on encense, ici et là… Et pourtant, son dessin, reconnaissable entre tous, d’un seul regard, est celui d’un artiste exceptionnel… Était… Puisque le voici envolé dans des ailleurs qu’il aimait dessiner brutaux, violents, érotiques…

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Dès son premier album bd, « Whiskys Dreams », Jean-Claude Claeys nous montrait toute la maîtrise qu’il avait pour nous raconter, en le montrant frontalement, un univers Noir… Noir comme les romans du même nom… Noir comme les films américains des années 50, dans lesquels on voyait bouger Brandon ou Bogart… Noir comme le regard de ces femmes fatales, de Monroe à Mansfield…

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Très vite après ce premier livre, Claeys a participé à une des plus belles aventures de l’édition du neuvième art, celle de la revue « A suivre ». Avec des récits en quelques pages, avec aussi le superbe « Magnum Song » ! Et son graphisme, avec une puissance exceptionnelle, s’est mis dès lors à raconter, presque sans besoin de mots, des aventures policières, amoureuses, humaines, démesurées toujours dans les gestes comme dans les sentiments…

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Parce que Claeys est probablement d’abord un illustrateur de toutes les dérives qu’une âme, de truand ou de belle évaporée, de passant ou d’anti-héros, peut connaître, vivre, et imposer. Les bd qu’il a créées sont toutes passionnantes, parce que passionnées, même si parfois les scénarios se révélaient fort touffus.

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Touffus, mais toujours au plus près des personnages… Toujours au plus près, aussi, de ces anonymes qui, dans le roman noir américain comme chez Malet, chez Hadley Chase comme chez Fajardie ou Nolan, sont des victimes du destin, du hasard, de l’horreur quotidienne.

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Claeys, je le disais, était un illustrateur. Un de ces rares artistes qui, en un dessin, pouvaient raconter toute une histoire, son imaginaire alors s’unissant étrangement avec celui du spectateur… Du voyeur, ai-je presque envie de dire…

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L’assassinat, chez lui, a toujours été un révélateur de ces monstres enfouis en tout un chacun et qui ne demanderaient, peut-être, qu’à jaillir à la moindre occasion. C’est sans doute pour cela que ses dessins s’adressent, immédiatement, sans prendre de chemins détournés, à la vérité humaine dans tout ce qu’elle peut avoir d’inacceptable…

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Et c’est probablement comme dessinateur de couvertures de romans que Jean-Claude Claeys a été le plus libre dans son art… Le plus efficace aussi… En dessinant, par exemple, plus de 150 couvertures pour l’éditeur Neo, des couvertures qui donnaient l’envie de lire les bouquins, des livres qui, parfois, reconnaissons-le, avaient beaucoup moins d’intérêt que le dessin de Claeys qui en ouvrait la voie…

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C’est aussi en faisant ces couvertures, chez Neo, mais également chez Albin Michel, Gallimard, ou au Livre de Poche, que Claeys a commencé à utiliser, parcimonieusement, la couleur… Lui, maître d’un noir et blanc à la fois brutal et sensible à toutes les atmosphères de la vie, maitre d’un dessin qui, immédiatement, faisait ressentir la fatigue, la douleur, l’angoisse, le chagrin, la peur, a usé de la lumière de quelques couleurs pour entourer ses personnages, pour les rendre encore plus présents, toujours en noir et blanc, mais sortant de décors qui les rendaient pratiquement plus charnels…

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Il y a, chez Claeys, des ambiances glauques… Il y a une espèce d’hommage sans cesse aux miroirs de l’existence qui peuvent renvoyer l‘image de la réalité profonde de chaque être… Il y a aussi un sens très charnel de la féminité, donc de l’érotisme, sans jamais pourtant s’éloigner des codes d’un genre, le polar, le roman noir, voire parfois chez Neo le fantastique gore, qu’il appréciait et pour lequel chacun de ses dessins témoigne d’une maîtrise et d’un talent parfaits.

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Jean-Claude Claeys avait 74 ans, et j’ose espérer que les lecteurs d’aujourd’hui vont vouloir le découvrir, que les lecteurs d’hier se mettront, comme je l’ai fait, à refeuilleter ses albums, sans nostalgie, et avec le plaisir d’entrer de plain-pied dans le monde d’un dessinateur unique en son genre !

Jacques et Josiane Schraûwen