Jean-C. Denis : Une exposition à Bruxelles et un album autobiographique qui donne le vertige

Jean-C. Denis : Une exposition à Bruxelles et un album autobiographique qui donne le vertige

Jean-Claude Denis, c’est l’auteur prolifique de bien des albums dans lesquels, le plus souvent, des personnages quelque peu lunatiques se trouvent confrontés à leurs propres faiblesses. Voici l’occasion de le (re)découvrir, dans une exposition d’abord, dans un album vertigineux ensuite!…

Variations, une exposition à la Galerie Champaka

Jean-C. Denis
Jean-C. Denis – © Jean-C. Denis

Du haut de ses 67 printemps, Jean-Claude Denis ne perd rien de son amusement, de sa passion pour le dessin, qu’il soit construit en BD ou simplement illustratif. Grand Prix d’Angoulème il y a quelques années, il se caractérise essentiellement par sa manière presque détachée de raconter des histoires, de plonger ses personnages dans des univers qui les déshumanisent et les poussent, finalement, à se découvrir, à se restaurer à eux-mêmes.

Jean-C. Denis
Jean-C. Denis – © Jean-C. Denis

Mais résumer sa carrière à la seule mise en évidence de la construction de ses scénarios serait nier son talent graphique, sa filiation évidente, mais modernisée, avec ce qu’on appelle  » la ligne claire « .

Illustrateur dans l’âme, Jean-Claude Denis aime  » composer « … Dans ses planches, certes, mais aussi dans des réalisations qui, nées de ses scénarios, se révèlent très vite pratiquement autonomes.

Jean-C. Denis
Jean-C. Denis – © Jean-C. Denis

Des créations dans lesquelles, homme de culture également, Jean-Claude Denis se révèle être un étonnant et excellent coloriste. Un coloriste qui rend hommage, par exemple, à Gauguin…

Et c’est dans ces créations-là, le plus souvent en couleurs directes, qu’on s’aperçoit peut-être le mieux de l’importance de la lumière chez Jean-C. Denis, de la précision de ses perspectives, de la douceur de ses cadrages.

Et c’est tout cela que je vous invite à voir, à découvrir, à regarder de tout près dans la galerie bruxelloise qui accueille ses  » Variations « …

Variations : une exposition consacrée à Jean-C. Denis, jusqu’au 29 décembre, à la Galerie Champaka, 27, rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles

La Terreur des Hauteurs (éditeur : Futuropolis)

Jean-C. Denis
Jean-C. Denis – © Jean-C. Denis

En parallèle de cette exposition, les éditions Futuropolis sortent un nouvel album de Jean-C. Denis, qui ne parle plus de lui au travers d’un personnage emblématique comme Luc Leroi, mais qui le fait, cette fois, de manière directe.

Oui, on peut dire de cette  » Terreur des Hauteurs  » qu’il s’agit d’un livre autobiographique.

Un homme se promène le long de la mer… Avec sa compagne, il va emprunter le chemin des douaniers. Et, ce faisant, réveiller en lui une angoisse qui lui vient de la jeunesse, de l’enfance, une angoisse qui lui rappelle mille souvenirs… l’angoisse du vide.

Tout qui, un jour, s’est retrouvé tremblant en plongeant le regard dans la béance vertical d’un paysage immobile ne pourra que se reconnaître dans le portrait que Jean-C. Denis fait de lui dans ce livre pratiquement intimiste.

Jean-C. Denis
Jean-C. Denis – © Jean-C. Denis

Comment dessiner cette peur du vide ?… Comment réussir à exprimer, par le biais du dessin, cette sensation étrange qu’on peut avoir de se sentir aspiré par une  » absence  » ?…

Jean-C. Denis le fait en nous montrant les gestes de son personnage central, en nous montrant ses mains qui s’accrochent à une barrière, à un rocher. En dessinant, aussi, des perspectives envoûtantes et qui ressemblent à des illusions d’optique.

Mais Jean-C. Denis s’efforce aussi et surtout (et avec réussite) à nous expliquer ce  » vertige  » par les mots, par les souvenirs dont son héros égrène sa balade, par sa façon aussi de mettre en dialogue, donc en abyme, ce personnage vieillissant et le jeune qu’il a été… Un peu comme le disait le poète Henri Michaux, Denis fait sienne cette phrase :  » Je parle à qui je fus et qui je fus me parle… « .

Très introspectif, ce livre nous parle aussi du dessin, de l’acte créatif comme révolte contre le vertige. Un vertige qui est celui de l’ennui, qui est celui de la peur de l’engagement amoureux, qui est et reste celui de l’humain confronté à une nature dans laquelle il ne trouve pas vraiment sa place.

Jean-C. Denis
Jean-C. Denis – © Jean-C. Denis

 » On ne se débarrasse pas de la peur, on la déplace « , dit Jean-C. Denis par la voix de son (anti-)héros.

Et ce livre en devient, ainsi, le réceptacle… Le lieu d’accueil d’une peur qui, de déraisonnable, se révèle, de page en page, profondément et passionnément humaine.

Ce livre est intéressant à plus d’un titre. Parce qu’il parle de peur, parce que tout vie se construit aussi à partir des peurs qu’elle génère, parce qu’il parle de souvenances, de regrets, de remords, et que tout ce mélange de mots, de gestes, de rêves même, devient un portrait au travers duquel tout le monde pourra, en partie, se reconnaître.

Jacques Schraûwen

Les Vieux Fourneaux : 5 – Bons Pour L’Asile

Les Vieux Fourneaux : 5 – Bons Pour L’Asile

Le quatrième âge de l’anarchie, de la tolérance et de l’humanisme !…

Ces « Vieux Fourneaux » cartonnent, comme on dit… Dans les ventes, bien sûr, mais aussi et surtout dans le plaisir que leurs aventures apportent à tous ceux qui, jeunes ou vieux, savent que vieillir peut aussi être un bonheur ! A condition de ne pas trahir celui qu’on a été !

 

Les vieux fourneaux 5 © Dargaud

 

Vous pensez que le « jeunisme » prend trop de place ?… Vous avez envie de découvrir des gens du troisième, voire du quatrième âge, capables de se révolter, avec le sourire toujours ? « Les vieux Fourneaux », dont le cinquième épisode vient de sortir : « Bons pour l’asile », est une série qui ne peut que vous plaire !
Une série, d’ailleurs, qui, dès son premier épisode, s’est révélée « gagnante »… tant au niveau de la critique que des lecteurs, ce qui n’est pas toujours le cas, reconnaissons-le ! Mettre en scène trois septuagénaires, Pierrot, Mimile et Antoine, trois amis d’enfance qui préfèrent à la nostalgie l’action sur le terrain, c’était un pari qui n’était pas gagné d’avance, loin s’en faut !
Et bravo à l’éditeur qui a osé se lancer dans l’aventure… Bravo aussi à Wilfrid Lupano, le scénariste, et à Paul Cauuet, le dessinateur, pour la façon qu’ils ont eue de pousser la porte de cet éditeur !

Les vieux fourneaux 5 © Dargaud

 

Wilfrid Lupano: genèse

 

« On est 500 millions de guignols en Europe et on veut nous faire croire qu’on peut pas accueillir 1 million de pauvres gens ? Ca fait même pas un par village ! »
Les migrants… Voilà un sujet d’actualité… Voilà le sujet principal de ce cinquième volume de la saga des Vieux Fourneaux… Principal, mais pas unique, comme toujours avec Lupano qui, dans chacun de ses scénarios, prend plaisir à mélanger les intrigues, à mêler les genres, aussi, à passer de l’humour le plus débridé, à force de jeux de mots souvent, à la réflexion sérieuse et humaniste.
Nos trois amis, et leurs proches, ceux du même âge comme ceux plus jeunes qu’eux, sont tous bons pour l’asile, c’est vrai, tant leurs actions et leurs mots dénotent avec l’habitude, avec Panurge, avec le politiquement correct… Mais dès ce titre, « Bons pour l’asile », vous l’aurez compris, l’humour est présent, le jeu de mots à double sens…
Il y a les migrants et l’attitude des pouvoirs politiques. Mais il y a aussi les retrouvailles entre un grand-père, son fils, et leur petite fille. Il y a un match de rugby et Mimile qui fait des siennes. Il y a Fanfan, une vieille complice, qui organise l’accueil illégal de migrants. Il y a les retrouvailles entre Pierrot et une femme dont il s’est occupé, quand il était éducateur et qu’elle était adolescente, une femme qui – horreur ! – est devenue flic. Il y a des éclats de rires, il y a de la révolte, de la révolution même, il y a des revendications, des sourires, de la joie de vivre, de la danse, de l’enfance, et même de la mort…
Il y a de l’humour… Mais pas que !

Les vieux fourneaux 5 © Dargaud

Wilfrid Lupano: Humour, mais pas que

 

La force et l’intelligence des auteurs, Lupano et Cauuet, c’est de nous raconter à chaque album une nouvelle histoire. Même si des fils conducteurs existent entre chaque épisode, ils ne prennent jamais une place prépondérante.
Leur force et leur intelligence, c’est d’avoir créé des personnages extrêmement attachants. Trois amis, certes, mais très différents les uns des autres, de par leur vécu comme de par leurs appartenances sociales et culturelles. Et ce sont eux qui font que cette série s’adresse profondément à tout un chacun… Vieillir est une réalité pour tout le monde, et voir ces trois  » vieux  » garder leurs colères de jeunesse, leurs engagements et leurs plaisirs, leurs désirs et leurs courages, cela a quelque chose de profondément jouissif et réconfortant.
Le scénario de Lupano est vif, construit à force de dialogues percutants et de situations tout aussi percutantes. Le dessin de Cauuet gagne, d’album en album, en fluidité, en mise-en scène, également, en plaisir à créer des perspectives extrêmement variées qui, sur chaque page ou presque, donnent une vie à l’intrigue, à ce qui est raconté en tout cas.
Et n’oublions pas, surtout, Jérôme Maffre qui ne se contente pas de colorier cet album, mais qui, par son sens « artistique » de la mise en couleur, apporte un vrai plus à ces  » Vieux fourneaux  » !

 

 

Les vieux fourneaux 5 © Dargaud

 

Wilfrid Lupano: personnages

 

Cette série a remporté, il y a peu, un Prix Saint-Michel, largement mérité.
Cette série prouve aussi, si besoin en était, que la bande dessinée, de nos jours, ne se contente pas (ou plus !…) de ronronner dans de tristes habitudes. Le temps des  » fantasy  » qui envahissaient toutes les maisons d’édition, ou presque, ce temps-là semble enfin révolu ! On invente, on ose des récits poétiques, on se permet des aventures humaines et humanistes, on
abandonne de plus en plus les séries à suivre qui ne se terminent jamais et finissent par lasser tous leurs lecteurs… On ose, tout simplement, la liberté!
Le monde de la bande dessinée est vraiment celui d’un art, le neuvième, et Wilfrid Lupano s’y retrouve comme un poisson dans l’eau… Mais comme aussi un de ses héros qui ne ferme pas les yeux sur la réalité et les difficultés de ce monde qui est le sien.

 


Les vieux fourneaux 5 © Dargaud

 

Wilfrid Lupano: monde de la BD

 

La bande dessinée, c’est un média totalement adulte qui mêle les réalités et les vérités du graphisme, de la peinture, de la littérature, voire même du cinéma.
Et c’est un bonheur, total, que de pouvoir se plonger dans des albums comme ces cinq  » vieux fourneaux « , et singulièrement ce  » Bons pour l’asile « .
C’est une série que tout le monde devrait lire, faire lire, s’offrir et offrir, pour ne pas vieillir idiot. Audiard disait :  » Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît « .
Les vieux fourneaux osent tout, ils osent surtout ne rien oublier de ce qu’ils furent, de ce en quoi ils ont cru, et, de ce fait, ils sont tout sauf des cons ! Le monde leur appartient!

 

Jacques Schraûwen
Les Vieux Fourneaux : 5. Bons Pour L’Asile (dessin : Paul Cauuet – scénario : Wilfrid Lupano – couleurs : Jérôme Maffre – éditeur : Dargaud)

 

Spirou : L’Espoir Malgré Tout

Un livre à lire et relire, intelligent, souriant, passionnant !

Emile Bravo, que vous pouvez écouter dans cette chronique, reprend l’histoire de Spirou et la mêle à la grande Histoire, celle de la guerre 40/45 et de l’occupation de la Belgique par les Allemands.

 

Spirou©Dupuis

La démarche d’Emile Bravo, il y a dix ans, a été simple : retrouver Spirou en 1938, et imaginer ce qu’il a fait, ce qu’il a vécu jusqu’en 1946… Le reprendre à sa création, et en restituer l’histoire, qui le mène de l’enfance à l’âge adulte.
 » Le journal d’un ingénu  » nous révélait les années d’avant-guerre et la manière dont Spirou les vivait, humainement, amoureusement aussi… et politiquement, d’une certaine manière !
Avec  » L’espoir malgré tout  » et les trois autres albums qui vont suivre, on se retrouve en pleine guerre, pour ce qui est une continuité du récit entamé il y a dix ans bien plus qu’une suite.
Spirou est un adolescent qui gagne sa vie en étant groom dans un hôtel de Bruxelles, le Moustic. D’où sa tenue mythique, et son fameux calot rouge. Il est l’ami de Fantasio, un grand garçon dégingandé, grand gaffeur, et qui se pense journaliste.
Deux personnages qui, au fil des 80 ans d’existence de Spirou, ont bien évolué, et dont on prend plaisir, incontestablement, à découvrir l’évolution. Toutes les évolutions…
Spirou se construit, espiègle au grand cœur…
Fantasio, lui, même s’il a l’âge adulte, n’est qu’un vieil adolescent, tel que, d’ailleurs, Jijé l’avait créé…

Spirou©Dupuis

 

SPIROU

FANTASIO

 

Spirou est un gamin, oui, qui cherche à comprendre, qui observe, qui s’engage mais presque inconsciemment.
Face à l’honneur et à la patrie, il voit la mort, la haine, les larmes.
Savait-on, en Belgique, ce qui se passait comme horreurs racistes en Allemagne, ou voulait-on, simplement, ne pas savoir ? Cette question, comme d’autres qui concernent le quotidien des populations occupées, sous-tend le quotidien décrit par Emile Bravo.
Vivant, dans un premier temps, les grisailles encore souriantes de la drôle de guerre, Spirou et Fantasio vont devoir, très vite, prendre les routes de l’exode.
Mais ne croyez pas, cependant, que ce livre est sombre, aussi sombre que la  » bête immonde  » qu’on y voit en marche pour conquérir le monde.
Spirou est et reste un gamin ingénu, souriant, un gamin qui mûrit, parce que les événements l’y obligent. Un gamin qui privilégie l’amitié, même vis-à-vis d’un Fantasio qui, fantasque et irréfléchi, se révèle parfois particulièrement antipathique !
Emile Bravo multiplie, avec une facilité déconcertante, les références, tout au long d’un dessin qui rend un hommage inventif à Jijé et Franquin. Et il a un sens aigu du dialogue, avec des accents, parfois, à la Audiard, ou à la Janson, il a un sens aigu également du jeu des situations, et le mélange des mots et des actions provoque, de page en page, bien des sourires.
Spirou, c’est un héros pour tous les âges, et ce livre est aussi un livre d’humour, parce que l’humour, toujours, sans être moralisateur, désamorce l’horreur !

Spirou©Dupuis

HUMOUR

 

Nous sommes donc, au début de ce livre, en janvier 40, et tout le monde a une totale confiance dans les forts belges censés arrêter la déferlante allemande.
Mais voilà, l’Histoire en décide autrement, et Spirou et Fantasio se retrouvent sur les routes de l’exode, comme des milliers et des milliers de Bruxellois, de Belges.
Ces routes sont des routes bombardées, mais elles permettent aussi, et malgré tout, quelques belles rencontres… Des enfants perdus, un paysan lucide et intellectuel, par exemple…
Et Emile Bravo profite de cette errance pour rappeler que la frontière française fut fermée pendant un certain temps aux migrants réfugiés belges… Le temps passe, les mentalités, elles, ne changent jamais vraiment…
Fidèle aux événements qui servent de décor au récit, le scénario, ainsi, remet les réalités de cette époque en perspective.
Cela dit, ce livre est d’abord et avant tout une aventure humaine et humaniste.
Il y a des rencontres, des coups de foudre, des amourettes, des larmes…
il y a le retour à Bruxelles, il y a le scoutisme et, en face, un mouvement de jeunesse belgo-nazi, il y a des références à Hergé, et à son personnage de Tintin qui continue à faire rêver les jeunes dans un journal, Le Soir (volé), aux mains de l’occupant… Un journal, d’ailleurs, dans lequel travaille finalement Fantasio qui n’y voit aucun mal…
C’est un portrait d’une époque, un portrait qui semble tracé au vitriol…
Un portrait qui crée des liens avec notre aujourd’hui, et qui nous montre que le « politiquement correct » n’est jamais le bon chemin de vie à prendre !

 

Spirou©Dupuis

HISTOIRE HUMANISME

 

Emile Bravo est un dessinateur extrêmement talentueux. Son dessin, vif, classique et pourtant sans cesse inventif, rend plus qu’hommage à se grands aînés, Jijé et Franquin. Ce dessin les continue, en quelque sorte, et le graphisme de Bravo devient comme un langage, foisonnant de détails parfois, privilégiant cependant, toujours, l’humain par rapport au décor.
La manière dont le récit utilise les couleurs n’a rien de gratuit, elle non plus. Les Allemands qui sont montrés, hommes et matériel militaire, le sont de façon à faire ressentir profondément le poids de l’occupation. Un poids plus moral que physique, souvent.
Et puis, il y a la colorisation générale, un peu désuète, mais d’une richesse évidente, due à Fanny Benoit… Et le papier, aussi, choisi pour avoir presque l’impression, en lisant cet album, de toucher un vieux livre oublié. De redécouvrir Spirou comme être humain à part entière!…

 

Spirou©Dupuis

DESSIN

COULEUR DU PAPIER

 

Bien sûr, comme dans tout livre, on peut trouver quelques petites choses à reprocher à cet album… Trop de texte, à certains moments, par exemple…. Mais même ce texte qui, parfois, prend beaucoup de place, participe pleinement à la construction d’une histoire passionnante, intelligente, souriante, historique, et, ma foi, ouverte à tous les publics… Ce Spirou-ci est vraiment un petit bijou, à tous les points de vue… Il se doit d’avoir sa place dans toutes les bibliothèques bd dignes de ce nom !…

Jacques Schraûwen
Spirou : L’Espoir Malgré Tout (auteur : Emile Bravo – couleurs : Fanny Benoit – éditeur : Dupuis)

 

Emile Bravo