Manger – quatre couleurs pour parler des troubles du comportement alimentaire

Manger – quatre couleurs pour parler des troubles du comportement alimentaire

En bande dessinée comme en littérature, il faut oser quitter les sentiers battus, et c’est bien le cas avec cette bd signée par Eléonore Marchal, et qui a reçu le prix « l’Espiègle » de la première œuvre en bande dessinée, prix décerné par la Fédération Wallonie Bruxelles.

copyright cambourakis

Dès la première page, Eléonore Marchal nous dit qu’il ne s’agit pas d’une autobiographie, mais d’un récit inspiré par sa propre existence. On y suit le trajet de Miss, en bute aux troubles du comportement alimentaire, anorexie, boulimie… Miss, qui se sait n’être pas assez mince pour être heureuse, dans un monde d’apparences, le nôtre.

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Mais Miss veut aussi devenir créatrice de couleurs. Ce livre, ainsi, se partage en chapitres, chacun dominé par une couleur. Ce qui en fait une œuvre extrêmement artistique… Dans ses références par exemple, à Matisse entre autres, dont une danse passe d’une tonalité à une autre, d’une déformation à une autre, au fil des pages, en accompagnement symbolique, en quelque sorte, du trajet humain de l’héroïne.

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C’est un livre qui se nourrit à la fois de réalité, de rêveries, de symbolismes pluriels, un livre qui se balade entre réalité et sensation, un livre qui utilise l’onirisme pour mieux raconter ce qu’est l’émotion du corps, un livre hors des normes de la narration et qui, de ce fait, revêt une forme unique et follement séduisante. Et les dérèglements qui y sont décrits le sont par un biais qui évite toute lourdeur, tout côté didactique trop pesant. C’est un livre qui se feuillette en se laissant envahir par ses mouvances de couleurs… Mais ce livre est sérieux, également, et nous montre le déroulé d’une existence, et de tous les a-priori détruisant la richesse des différences.

copyright cambourakis

Avec ces deux phrases, que je veux épingler : « Pourquoi préfère-t-on quand tous les corps des brins d’herbe sont coupés à la même taille ? », et « Pourquoi as-tu décidé de mincir ? Tu étais bien AUSSI avant. » Et puis, il y a ces cinq dernières pages, jaunes, dans lesquelles les brins d’herbe sont libres, vivants, et beaux… C’est un livre qui surprend, avec talent !

Jacques et Josiane Schraûwen

Manger (autrice : Eleonore Marchal- éditeur : Cambourakis – 260 pages.

60 Ans Déjà – Ah, vieillir !…..

60 Ans Déjà – Ah, vieillir !…..

Du haut de mes 71 printemps, et en fouillant ma mémoire, je ne me souviens pas d’avoir eu peur d’arriver à 50 ans, 60, ou 70… Mais, pour d’aucuns, il y a dans ces passages à la dizaine une vraie angoisse !

copyright anspach

Jim, l’auteur de ce livre, a à son actif pas mal d’albums. Et, donc, il approche à très grands pas de ses soixante printemps… Et, vieillissant, il se sent habité par des tas d’angoisses… Les siennes et celles des hommes et des femmes de son âge, peut-être (ou pas…)… N’a-t-il pas raté son existence, n’aurait-il pas dû être « artiste » ?… Les statistiques de durée de vie ne le condamnent-elles pas à mourir bientôt ?… La prostate devient-elle le centre de toutes les dépressions ?… Pourquoi la jeunesse, désormais, chante-t-elle à d’autres le printemps, comme l’écrivait Aragon?…

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Le dessin de Jim se reconnait toujours par sa fluidité… Une fluidité du trait mise le plus souvent au service de romances amoureuses aux éternités très éphémères. Ici, c’est d’un album amusant qu’il s’agit. Avec un dessin particulier, minimaliste, puisque chaque page, chaque gag, se construit à partir d’un seul dessin recopié de case en case… J’avoue trouver bizarre cette démarche, de plus en plus utilisée, il faut le reconnaître. Mais pourquoi pas, puisque l’humour est an rendez-vous, malgré tout. Et que lire ce livre, ma foi, c’est passer un bon moment ! Sans aucune angoisse, parce que les âges, finalement, ne sont que des fausses barrières ! Et, comme l’écrivait aussi Aragon: « Maintenant que la jeunesse chante à d’autres le printemps, il faut beau comme jamais… »!

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Jacques et Josiane Schraûwen

60 Ans Dejà (auteur : Jim – éditeur : Anspach – 2025)

A La Vie A La Mort – chronique express

A La Vie A La Mort – chronique express

Un livre sérieux, très sérieux, destiné plus aux parents qu’aux enfants, sans doute, même s’il est annoncé comme accessible dès neuf ans. Un livre utile…

copyright casterman

La mort est partie intégrante de l’existence, de toute existence. Elle est probablement même la seule certitude que nous pouvons avoir de ce qu’est la vie, notre vie. Je l’ai déjà dit souvent, l’expression « faire son deuil » me flanque des boutons à l’intelligence. On ne fait pas son deuil, on est en deuil, on le vit, chacun à sa manière, depuis l’aube des temps. La mort que l’on croise est un passage, le deuil est une réalité que chacun subit et assume, et je pense que les aides « psychologiques » tellement à la mode ne servent le plus souvent qu’à donner bonne conscience aux vivants observateurs du deuil des autres…

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Cela dit, et pour l’avoir vécu, comme vous toutes et tous, probablement, au moment de la mort de quelqu’un de proche, le besoin vient, au moins, de parler… D’avoir des regards à croiser, tout en faisant du souvenir une route de survie. Cela dit, aussi, dans notre société de plus en plus formatée, la sympathie, l’empathie ne sont devenus que des mots presque électoraux, et le désarroi est bien présent lorsqu’on assiste aux larmes qu’un décès provoque…

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Et ce désarroi est encore plus grand face au chagrin d’un enfant, face aux questions que cet enfant peut poser. Adultes, nous voilà alors dans l’obligation, éducative ai-je envie de dire, de répondre à ces questions, d’aider l’enfant en face de nous à apprivoiser en quelque sorte la mort toujours horrible, presque toujours inacceptable. Et dans ce livre-ci, un livre de Marine Nina Denis au texte et de Mikankey au dessin, ce sont des pistes de dialogue qui s’ouvrent. Une façon, en quelque sorte, d’offrir des outils aux parents qui, emplis de chagrin eux aussi, se doivent d’être « présents »…

copyright casterman

Oui, c’est un livre qui, à sa manière, peut aider à ce que naisse un vrai dialogue entre adultes et enfants autour de ce sujet universel qu’est la mort. C’est psy, certes, mais ce n’est pas mal fait du tout… Et, même si je continue à penser que chaque être humain devrait être capable de retrouver au fond de lui les ressources nécessaires à vivre, et à aider, à vivre, ce livre peut se révéler utile… Grâce aussi au dossier de fin d’album, qui concrétise différentes possibilités d’approche moins psys parfois, comme des bd à lire, comme des films à regarder… Et je tiens à souligner, aussi, la qualité du dessin de Mikankey qui permet d’aérer le propos et de montrer que le vie peut et doit rester souriante…

Jacques et Josiane Schraûwen

A La Vie A La Mort (texte : Marine Nina Denis – dessin : Mikankey – éditeur : Casterman – octobre 2025 – 64 pages)