Une exposition à Bruxelles, consacrée à un dessinateur de chez Marvel au talent impressionnant
Une fois n’est pas coutume, la galerie Champaka, au Sablon, accueille un dessinateur d’outre-Atlantique, un des auteurs les plus originaux des comics américains !
A 57 ans, Mike Deodato a déjà derrière lui une carrière impressionnante.
Ce Brésilien a peaufiné son talent pendant quelques années chez des petits éditeurs, au Brésil d’abord, aux USA ensuite. Des éditeurs souvent proches d’un univers créatif assez underground… Peaufiner : le verbe est bien choisi pour un auteur graphique qui, au fil des années, s’est frotté à des influences de toutes sortes. Et ce sont ces influences qui, petit à petit, lui ont créé un style personnel, un style qui a attiré l’attention des éditions Marvel.
Chez Marvel, il a commencé par une adaptation de Wonder Woman, fidèle, certes, au personnage originel, mais avec déjà un sens du découpage narratif s’apparentant à de la mise en scène à la fois extrêmement réaliste et à la fois d’une audace visuelle envoûtante.
Aujourd’hui, Mike Deodato a abandonné Marvel et ses super-héros, les Avengers et Hulk, Batman et Thor. Utilisateur désormais de la palette graphique, sans doute s’est-il éloigné des démesures de noir, de blanc et de puissants contrastes qui, aujourd’hui, sont à découvrir aux cimaises de la galerie Champaka. Et c’est un plaisir, même pour ceux qui ne sont pas amateurs de comics, de pouvoir admirer ces planches originales qui osent des perspectives étonnantes et qui, assumant pleinement des influences variées, comme celle de Frazetta, de Corben, de Buscema, ou de Whrigtson, révèlent un talent sans cesse surprenant.
Les super-héros dessinés par lui sont des personnages de légende, certes, manichéens même, mais qui s’ancrent avec force et folie dans un monde qui est le nôtre…
Une belle exposition, donc, à découvrir jusqu’au 26 septembre prochain.
Jacques Schraûwen
Mike Deodato Jr. s’expose jusqu’au 26 septembre 2020 dans la galerie Champaka à Bruxelles, rue Ernest Allard.
C’est à partir de ce 12 août que vous allez pouvoir, en famille, aller voir le film Yakari, particulièrement bien réussi !… A découvrir dans une interview en vidéo visible dans cette chronique !
Derib est un dessinateur suisse qui appartient au renouveau thématique de la bande dessinée, dès les années 70. Avec, tout d’abord, deux séries destinées plus spécifiquement à un jeune public : Attila, d’une part, scénarisé par Rosy, et Yakari d’autre part, scénarisé par Job. Dans les années 70, il va se lancer dans une série qui, très vite, va devenir essentielle dans l’histoire du neuvième art, dans celle du récit western également : Buddy Longway. Avec, dans le journal Tintin, une scène d’amour mythique entre Buddy et Chinook… Une scène qui, à l’époque, fut redessinée par Eddy Paape…
Derib, copyright Cinéart
Au fil des années, Derib a dessiné bien d’autres héros, de «Arnaud de Casteloup » à « Go West », de « Tu seras reine » à « Jo », de « Pythagore » à « Red road ».
Mais cet auteur éclectique, capable tout autant de parler de Sida que de culture peau-rouge, d’une vache que d’un poulain, n’a jamais délaissé ses deux séries phares, Buddy Longway, jusqu’à ce qu’il décide lui-même de terminer cette série définitivement, comme dans la vraie vie, en 2006, et Yakari. Deux séries dans lesquelles Derib se plonge dans une culture, celle des Indiens d’Amérique du nord, loin des clichés, de quelque ordre qu’ils soient.
Yakari en est à une quarantaine d’albums, à un jeu vidéo, à des adaptations télévisées plus ou moins réussies aussi. Et il a droit aujourd’hui à un long métrage.
Au vu de pas mal de films adaptés de bd de ces dernières années (non, je ne citerai personne…), on pouvait avoir peur de cette adaptation-ci. Mais il n’en est rien, que du contraire, tout l’esprit de la série dessinée se retrouve sur grand écran, avec une image lumineuse qui ne trahit en rien le dessin de Derib, avec un scénario qui s’inspire réellement des aventures vécues par le petit indien depuis 1969…
Ce film nous raconte une aventure, celle vécue par Yakari, un petit Sioux, et de son cheval, Petit Tonnerre, celle du pouvoir de ce gamin de parler avec les animaux, celle de la rencontre avec de terribles chasseurs. Ce film, c’est à la fois le récit d’une quête initiatique et la description d’une enfance capable de n’avoir aucun préjugé et d’aimer la nature pour ce qu’elle est : vivante, passionnée, passionnante…
Loin des mièvreries trop souvent présentes dans les films dits pour enfants, loin de la trahison quelque peu débilisante de bien des films inspirés par des bandes dessinées, ce Yakari est une excellente surprise, graphiquement et scénaristiquement. Un vrai film familial, oui, qui nous parle aussi des enfants que nous avons étés un jour… Une première vision de ce film eut lieu , avec une interview de Derib que j’ai eu le plaisir de faire…
Une exposition consacrée à et un renouveau à venir…
Le musée de la bande dessinée de Bruxelles rouvre ses portes, et une exposition consacrée à Guarnido, cela ne se rate pas, même avec les protocoles de sécurité qui sont en vigueur pour le moment !
Pendant cette longue période pendant laquelle les autorités politiques et certaines autorités scientifiques ont décidé de notre confinement, la culture a été contrainte de se retrouver aux abonnés absents.
Voici qu’enfin renaît une forme de liberté, celle de choisir ses émerveillements, celle de vibrer à des rencontres artistiques accrochées aux cimaises de nos musées. Des musées qui ont besoin, eux aussi, d’être soutenus…
Il y a un verbe qui est particulièrement à la mode, aujourd’hui : « se réinventer » !
Et il est vrai que, pour cette exposition, il a fallu aménager le CBBD de manière à ce que les « protocoles » sanitaires qui continuent à être de mise soient respectés. Cet aménagement, tout compte fait, n’est pas énormément contraignant. On ne flâne plus, certes, mais en suivant des chemins balisés, on découvre des paysages qu’on n’aurait sans doute pas vus autrement.
Et le but cette bal(l)ade, aujourd’hui, c’est de rencontrer le « maestro » Guarnido, dessinateur d’une série devenue culte, Blacksad. Une bande dessinée anthropomorphique, qui nous raconte les aventures d’un chat détective privé, dans la plus pure tradition des romans noirs américains de Chandler, Brown, Hadley Chase, mais avec pas mal de distanciation. Avec l’envie, dans chaque album, de dépasser la seule anecdote narrative. Ce qui a fait de ce héros un personnage important de la bd du vingt-et-unième siècle, c’est son côté observateur d’un monde dans lequel les valeurs essentielles, amour, amitié, solidarité, tolérance, résistance, sont sans cesse mises à mal.
Guarnido a commencé par travailler dans les revues espagnoles dépendant de Marvel, avant de travailler pour les studios Disney, comme dessinateur d’abord, comme animateur ensuite. Après cela, il y a eu l’époustouflant Blacksad, et puis une immersion dans le merveilleux, avec Sorcières, une incursion dans la science-fiction avec Voyageur, et, dernièrement, un album à la fois historique et picaresque, « Les Indes Fourbes », graphiquement parfaitement réussi, scénaristiquement un peu confus, à mon humble avis.
Et cette exposition a pris le parti de nous immerger dans la carrière de Guarnido de manière chronologique, tout simplement. Avec plus de 150 documents originaux, elle permet vraiment, au visiteur de rentrer dans l’œuvre d’un dessinateur qui occupe une place importante dans le paysage du neuvième art.
Cette exposition est comme le survol passionné, et passionnant, de l’œuvre d’un artiste amoureux du geste et de la couleur ! Et la simplicité tranquille de sa scénographie, due à Mélanie Andrieu, la commissaire de cette manifestation, est exactement ce qu’il fallait pour faire de cette exposition un but de balade, graphique, poétique, lumineuse !
Commisaire: Mélanie Andrieu
Cela dit, je parlais plus haut du verbe « se réinventer ».
Ce long confinement, cette longue solitude imposée a poussé le Centre Belge de la Bande Dessinée à accélérer le mouvement dans sa volonté de s’ancrer plus profondément dans la réalité quotidienne
des auteurs. Il s’agit moins de « réinvention, d’ailleurs, que de retour aux sources mêmes de ce haut lieu national, et international, du neuvième art !
Revenir aux sources, c’est abandonner, simplement, le seul aspect muséal de ce lieu, un aspect, avouons-le, qui a souvent une connotation poussiéreuse.
Les sources, c’est de rendre compte de la réalité de la présence de la bande dessinée dans le paysage socio-culturel, celui d’hier et d’avant-hier, certes, de cette époque qu’on appelle parfois l’âge d’or de la bd. Mais aussi, et surtout sans doute, de sa présence actuelle, de sa multiplicité, tant graphique que littéraire, de ses inventions et de ses filiations.
Directrice: Isabelle Debecker
Il y a là un beau pari, je pense, pour le Centre Belge de la Bande Dessinée : celui de revenir à ses fondamentaux, sans, pour autant, estomper son travail patrimonial.