Marc Ogeret n’est plus.

Marc Ogeret n’est plus.

Ceci n’est pas de la BD mais tellement important à savoir et se souvenir ou à découvrir.

Marc Ogeret n’est plus…. Dans l’univers de la chanson actuelle, il n’avait d’ailleurs plus beaucoup de place…. Comment la qualité des mots et de la voix peut-elle en effet résister à la banalisation des Obispo et consorts qui dorment avec un dictionnaire de rimes sous l’oreiller… Comme le disait Ferré, à l’école de la poésie, on n’apprend pas, on se bat! Ogeret s’est battu, toute sa vie, avec des mots et de la musique, et son ombre planera toujours sur ce qu’on peut et doit appeler la chanson française de qualité! Je l’ai découvert, il y a longtemps, grâce à ce disque, que j’ai toujours d’ailleurs…

Julio Ribera : la mort d’un artiste qui a aimé toucher à tout, souvent avec humour !…

Il n’y a pas un seul amateur de bande dessinée qui ne connaît pas Julio Ribera. Il a à son actif plus de cinquante albums qui ont accompagné pleinement l’évolution de la bande dessinée, des années 50 jusqu’aux années 2010 !

 

Vagabond des Limbes © Dargaud

 

Sa « série » la plus connue, c’est évidemment « Le Vagabond des Limbes ». Une saga SF qui compte plus de trente albums, et qui met en scène Axle Munshine, dans un univers où toutes les monstruosités sont possibles, et son compagnon Musky qui a la capacité de choisir son sexe… donc ses amours !  Une série qui a enchanté bien des générations, qui me semble même, d’un avis tout personnel, supérieure à « Valérian »… Grâce à un scénario, entre autres, de Godard, qui a toujours cultivé avec talent un ton résolument politiquement incorrect !
Mais Ribera, c’est aussi l’auteur d’une bd fantastico-érotico-humoristique, Dracurella, qui a enchanté bien des lecteurs de Pilote dans les années 70 !

 

Le fils de Dracurella @ Dargaud

 

Julio Ribera, c’est aussi un artiste à la fidélité évidente. Ses collaborations avec Christian Godard, par ailleurs le dessinateur du fabuleux Martin Milan, prouvent que leur amitié n’était pas que professionnelle.
Dans « Le Grand Scandale », c’est l’univers glauque des Etats-Unis et de leurs corruptions que Ribera et Godard visitent, avec un personnage qui est dessinateur de bd, des bd dans lesquelles il mêle l’érotisme et la révélation de quelques secrets d’Etat…

 

Le grand scandale © Dargaud

 

Et puis, Ribera, c’est aussi, et toujours avec Godard, ce qui me semble être leur meilleure série : « Chroniques du temps de la vallée des Ghlomes ». Une suite d’albums totalement délirants, réjouissants, dans lesquels le plaisir d’un érotisme bon enfant, provocateur mais jamais vulgaire, une thématique qui a toujours plu aux deux compères, fait réellement merveille !…

 


Glhomes©Dargaud

 

Ces dernières années, Julio Ribera s’est attaché à des œuvres beaucoup plus personnelles, centrées sur ses souvenirs intimes, ceux de la guerre d’Espagne, entre autres, ceux de la dictature de Franco… Ceux de son arrivée en France dans les années cinquante, également.
Et aujourd’hui, après s’être ainsi replongé dans ce que fut son existence, Julio Ribera, âgé de 91 printemps, a donc rejoint ces limbes dans lesquelles il va pouvoir retrouver ses personnages, leurs rires, et leurs courbes sensuelles…

Jacques Schraûwen

William Vance : la disparition d’un des grands de la bande dessinée classique !…

William Vance : la disparition d’un des grands de la bande dessinée classique !…

A 82 ans, William Vance vient de tirer sa révérence et de rejoindre dans l’ailleurs quelques-uns des personnages emblématiques nés sous ses pinceaux et ses plumes…

C’est au tout début des années 60 que William Vance a entamé sa carrière, dans les pages du journal Tintin, avec essentiellement des histoires complètes historiques, souvent scénarisées par Duval, un peu comme ce qui existait chez le concurrent Spirou avec les histoires de l’Oncle Paul.

C’est en se frottant ainsi à des formats courts que William Vance, très vite, a abandonné un style qui attachait trop d’importance au détail pour s’intéresser à la construction de ses planches, à la mise en évidence de ses personnages. Et c’est ainsi qu’est né en 1965 Ringo, un western qui montrait un héros buriné, avec toutes les caractéristiques du cow-boy aventurier, se baladant dans des paysages dont la création permettait de découvrir tout le talent graphique de Vance.

 

Ensuite vinrent quelques séries qui, sans aucun doute, ont marqué l’histoire de la bande dessinée tous publics, certes, mais capable aussi d’aborder des thèmes très adultes, comme la compromission politique, les réalités géopolitiques des années70 jusqu’aux années 2000 :  Bob Morane, bien sûr… Mais aussi l’extraordinaire Bruno Brazil, scénarisé par Greg… Et puis la grande Histoire, avec Ramiro, et la marine, avec Howard Flynn…

Et enfin, en 1984, il entame avec Treize scénarisé par Van Hamme une des séries les plus vendues qui soit, une longue saga d’espionnage politico-policière-financière, avec des personnages  soucieux de pouvoir et d’argent, et qui font bien évidement penser à des politiciens connus, comme le clan Kennedy… Avec à la clé un succès public absolument démesuré, qu’aurait sans doute mérité également Bruno Brazil…

William Vance ne dessinait plus depuis une petite dizaine d’années, atteint par la maladie de Parkinson. Je l’ai rencontré à Saint-Gilles, en compagnie d’Henry Vernes, à l’occasion de l’annonce d’une fresque consacrée à Bob Morane, qui n’a jamais été faite d’ailleurs. Et je me souviens d’un homme discret, souriant, s’effaçant, en quelque sorte, derrière ses albums, des albums qui, aujourd’hui, sans aucun doute possible, forment une véritable œuvre qui appartient totalement à la grande Histoire d’une bande dessinée devenant, dès les années 60, de plus en plus adulte, dans ses thèmes comme dans ses graphismes….

 

Jacques Schraûwen

15 mai 2018