Trois Petit Tours

Trois Petit Tours

Vacances de Printemps… Lire, c’est une excellente habitude, qu’il faut contracter dès que possible, en découvrant des livres qui, pour « enfantins » qu’ils soient, ne sont ni mièvres ni simplistes… Comme ce petit livre mignon tout plein, « Trois petits tours ».

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… et puis s’en vont… C’est en effet un livre construit comme une comptine. Un album qui débute, d’ailleurs, avec les mots d’une comptine bien connue : une poule sur un mur qui picore du pain dur ! Un enfant la regarde… Regarde les autres poules… Et découvre qu’il peut faire peur… A ces gallinacés, mais aussi à d’autres animaux, étonnés de découvrir un animal qu’ils ne connaissent pas…

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Un cochon, un serpent, des abeilles, un hérisson, un scarabée, une coccinelle vont ainsi accompagner les pas craintifs de cet enfant dans la nature qui lui est proche et qu’il va voir d’un tout autre œil… En répondant aussi à une question précise du cochon : ça fait quoi, un enfant ? « Oh, plein de choses… un enfant, ça ose construire des cabanes et des montagnes de babioles et des jouets, pour inventer des histoires toujours plus folles. Un enfant, ça rit, ça a peur, ça pleure, ça crie, ça se bagarre, ça grandit. » Entre autres…

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Sandra Edinger, l’autrice de ce petit livre sympathique en diable, dessine tout en couleurs lumineuses, tout en mouvements stylisés, avec des mots simples et souriants. Un enfant, ça aime les histoires, surtout celles qu’il peut se raconter. Et ce livre, comme une comptine justement, est un chemin d’aventures à s’inventer… Lire est une habitude… Un livre offre la chance aussi de se faire le miroir de ses lecteurs. En n’imposant rien, en laissant le regard de chacun décider de ses envies, de ses passions, de ses jeux.

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« Trois petits tours », c’est cela : ouvrir des portes intimes, en jeux, pour découvrir la nature, le monde, les autres… On n’est pas loin, finalement, mais de manière enfantine, des contes du chat perché de Marcel Aymé !

Jacques et Josiane Schraûwen

Trois petits tours, de Sandra Edinger, paru dans la collection Pastel de l’Ecole des Loisirs.

Martine au Louvre

Martine au Louvre

Une héroïne de papier, enfantine et souriante…

Il fut de bon ton, en une époque pas tellement lointaine, de dénigrer les « Martine » pour leurs valeurs dites désuètes… N’en déplaise aux intellectuels de tout poil, Marcel Marlier est un des illustrateurs les plus doués du vingtième siècle !

Martine au Louvre © Casterman

Ce n’est pas de la bd, c’est vrai. Mais bien des auteurs de bande dessinée ont souligné et soulignent encore le talent exceptionnel de Marcel Marlier, le créateur belge de Martine. Entre 1954 et 2011, date de la mort de Marcel Marlier, Martine a vécu quelque 60 aventures, écrites d’abord par Gilbert Delahaye, ensuite par Jean-Louis Marlier. On l’a vue à la ferme, rentrer à l’école, faire du camping, dans la forêt ou en montgolfière… On l’a vue faire le tour du monde, puisque ses aventures ont été traduites dans pas moins de 33 langues, de l’albanais au turc, en passant par le chinois, le russe ou l’arabe.

Martine au Louvre © Casterman

J’ai demandé à son fils, François Marlier, quel était l’héritage d’un tel père. Il m’a dressé le portrait d’un homme soucieux, d’abord, de simplicité et de passion.

François Marlier

Marcel Marlier est mort en 2011… Et, cependant, voici que paraît un nouvel album de Martine…

Martine au Louvre © Casterman

Martine, avec sa classe, visite le Louvre. Elle s’y perd, avec son copain Léo et son chien Patapouf, mais elle y découvre quelques-uns des chefs-d’œuvre de l’art mondial, de l’Egypte à la Grèce, de Georges De La Tour à Léonard de Vinci, d’Arcimboldo à Delacroix. Mais ne croyez pas qu’on a demandé à un nouveau dessinateur de prendre en charge cet album. Il s’agit de mise en scène, selon le désir du musée du Louvre… Une mise en scène qui, dans cet album, permet aux enfants de découvrir, avec une grande simplicité, quelques œuvres artistiques que Le Musée du Louvre trouve essentielles.

François Marlier

On ne peut pas nier, c’est vrai, le côté désuet des « aventures » de Martine. Et pourtant, ce sont des petites histoires qui se lisent toujours. Les petites filles des années 50 sont devenues des mères, des grands-mères, voire plus, et ce sont elles qui ont pérennisé cette série, dont les 60 titres sont réédités très régulièrement !

Et je pense aussi qu’on peut dire aussi que cette série dresse un portrait en continuelle évolution d’une société, la nôtre, pendant 57 ans.

Martine au Louvre © Casterman

Sans vouloir utiliser de grands mots, Martine nous offre un paysage souriant et presque sociologique de quelque 60 ans d’évolution des codes de notre société… Et c’est ce qui en fait, indubitablement, une héroïne d’abord et avant tout « humaine », donc humaniste !

François Marlier

Martine, c’est une alchimie réussie entre des petits textes simples et des illustrations lumineuses, extrêmement variées, qui créent à chaque livre des ambiances empreintes à la fois de réel et d’imaginaire. Ce sont aussi des sentiments et des sensations qui restent universelles : l’amitié, les animaux, la nature, les découvertes, la curiosité et la passion ! Martine plaît encore aujourd’hui, gageons qu’elle plaira encore demain, parce qu’elle est gentille, qu’elle pratique la main tendue, et qu’elle a sans cesse les yeux ouverts sur le monde qui l’entoure. Avec Martine, on se replonge, en racontant ses histoires à ses enfants ou à ses petits-enfants, dans un monde dans lequel la simplicité est de mise, un univers dans lequel la poésie et le rêve naissent de chaque regard posé sur ce qui nous entoure. Avec Martine, d’une certaine manière, on revient, oui, à des valeurs universelles et jamais idéologiques !

Martine au Louvre © Casterman
François Marlier

Martine au Louvre, un livre dans la vraie lignée du travail et de l’art de Marcel Marlier, pour les enfants et les grands enfants nostalgiques !

Jacques Schraûwen

Martine au Louvre (éditions Casterman)

François Marlier
Papi Génial et Esope le Loup

Papi Génial et Esope le Loup

Deux bandes dessinées muettes pour enfants sages ou pas…

Les vacances d’été sont en cours, même si elles ressemblent plutôt à un début d’automne, et les enfants ont droit, eux aussi, à leurs bds ! Je veux parler des jeunes enfants, à partir de 4-5 ans…

Je vous présente deux livres qui appartiennent à une collection qui s’appelle « ma première bd ». Une démarche originale et, ma foi, intelligente de l’éditeur Kennes !

Une collection qui va permettre, par le biais du plaisir des yeux, aux enfants de s’immerger, à leur rythme, dans le neuvième art.

Esope Le Loup © Kennes

En quoi les livres de cette collection sont-ils « pour enfants » ?

Par le graphisme et la mise en pages, le découpage, d’abord.

Par le fait, également, que ces bandes dessinées sont, tout simplement, muettes. Rien que du dessin, mais en construction « neuvième art », et les quelques bulles se remplissent de symboles, qui expliquent visuellement ce que les personnages disent.

Papi Génial © Kennes

C’est simple, c’est joli, c’est de l’animation sur papier, en quelque sorte, ça ouvre le sens de l’observation chez le lecteur, son imagination aussi, ça fait de même avec la maman ou le papa qui, pour une première « lecture », va aider l’enfant à comprendre les démarches qu’il va devoir faire pour entrer de plain-pied dans le récit.

Le premier des deux livres que je vous présente aujourd’hui est dû à Tony Emeriau, et s’intitule « Papi génial et sa bulle qui va partout ».

Papi Génial © Kennes

Deux enfants, Ninon et Oscar, accompagnés de robochien, ont papi qui a inventé une machine extraordinaire. Il suffit de montrer à cet engin une photo ou un dessin, et la machine vous transporte là où vit ce qui y est représenté. Dans cet album, ils partent à la rencontre d’un gros robot de l’espace qui n’est pas gentil du tout !

Papi Génial © Kennes

Tony Emeriau nous raconte une histoire simple, gentillette, extrêmement colorée, souriante aussi, avec un peu de sf, et une aventure avec des vrais rebondissements. Le dessin d’Emeriau, plein de symboles, est très efficace, inspiré par l’animation, par le graphisme manga aussi.

Le second album, Esope le Loup, n’est pas vraiment du même acabit.

Esope Le Loup © Kennes

Le principe est le même, pas de texte. Mais le personnage central, Esope le loup, est plus roublard que bien sage ! Il est même toujours prêt à faire des bêtises… Il y a, dans ce livre de Liroy, deux petites histoires.

Esope Le Loup © Kennes

La première nous montre Esope, en vacances, qui se vante d’être un athlète redoutable et qui va être obligé de ruser pour ne pas être ridiculisé.

La seconde nous le montre croyant qu’en plantant n’importe quoi, tout finit par pousser. Et obligé de déchanter, mais finissant quand même par se venger !

Le dessin, ici, est plus franco-belge, mais tout aussi coloré, et il fait preuve de prouesse dans les expressions des visages, très variées, très parlantes surtout !

Esope Le Loup © Kennes

Oui, laissez-vous tenter, parents, grands-parents, et prenez plaisir à lire ces « premières bd » avec des enfants qui, j’en suis certain, s’en régaleront !

Jacques Schraûwen

Papi Génial et Esope le Loup, deux bd pour enfants, éditées par les éditions Kennes.