Depuis 2010, Patrick Pinchart préside aux destinées de cette maison d’édition exclusivement financée grâce au crowdfunding. Ancien de chez Spirou, Patrick Pinchart se voit obligé aujourd’hui de mettre cette
maison d’édition en liquidation.
Sandawe a été à l’origine de quelques très belles découvertes : Sara Lone (d’Arnoux et Morancho), Les anges visiteurs (de Barboni et Murzeau) , les superbes livres de Gilles Le Coz, Quipou (de Benoît Roels),
ou Joseph Carey Merrick (de David Van P.), par exemple… Tout comme » Sourire 58 » (de Baudouin Deville et Patrick Weber), dont l’édition s’est faite, pour Nicolas Anspach, via Sandawe…
Sourire 58 ® Anspach
Force est de reconnaitre cependant que le catalogue de cet éditeur brillait par un éclectisme qui, souvent, ne privilégiait pas vraiment la qualité. Mais la fin d’une telle aventure éditoriale pose cependant
question : plusieurs projets étaient en cours, comme la suite, justement, de « Sourire 58 » qui fut un des succès de l’année 2018…
Qu’adviendra-t-il de ces projets, qu’adviendra-t-il, aussi, de tous les internautes qui ont, financièrement, apporté leur soutien à l’une ou l’autre des créations proposées en crowdfunding ?
Ce qui est sûr, par contre, c’est que bien des espérances de jeunes auteurs sont aujourd’hui détruites… Sandawe était une plate-forme qui, en effet, offrait la possibilité à ceux qui, pour différentes raisons,
ne trouvaient pas d’éditeur traditionnel (ou ne le voulaient pas…), de pouvoir se faire connaitre, se faire découvrir.
A qui la faute ?…
Difficile à dire… Mais je pense qu’une des erreurs a été, en pré-crowdfunding, d’avoir un peu accepté n’importe quoi comme propositions… Et ainsi, on peut dire que la ligne éditoriale de Sandawe, au vu du
catalogue, manquait vraiment de consistance, de clarté en tout cas…
Nestor Burma, ce n’est pas uniquement Guy Marchand, même si cet acteur a réussi à incarner en profondeur ce détective privé parisien.
Nestor Burma, c’est un anti-héros créé par un auteur inclassable et, j’ose le dire, génial, Léo Malet.
C’est en 1943 que Nestor Burma, sans doute le premier vrai détective privé de la littérature française, a vu le jour, en une époque où l’interdiction, plus ou moins, de la littérature américaine en France Occupée laissait l’opportunité à des auteurs français de se lancer dans un genre littéraire très particulier, celui des polars, des romans noirs.
« Les Nouveaux Mystères de Paris », titre générique des enquêtes de Nestor dans la seule capitale française, enquêtes entamées dans les années 50, était un hommage à la littérature feuilletonnesque du dix-neuvième siècle. C’est que Léo Malet est un écrivain qu’il est impossible d’enfermer dans une seule case.
Politiquement anarchiste, d’abord, proche, ensuite, du mouvement dada et puis du surréalisme, Léo Malet a toujours eu, semble-t-il, l’écriture chevillée autant au corps qu’à l’âme. Une âme révoltée, toujours. Contre un monde qui, au fil des aventures qu’il a imposées à son détective de choc, se fait de plus en plus éloigné de « l’humain ». Contre les profiteurs de la guerre, contre les traîtres à leur propre enfance, contre les cons toujours proches de ceux d’Audiard.
Nestor Burma, aujourd’hui, redevient un personnage littéraire actuel, contemporain. Avec trois livres dans lesquels je me suis plongé.
Le premier, « Les loups de Belleville » est, à mon humble avis, à très vite perdre dans les oubliettes des nanars inutiles…
Le deuxième, « Crime dans les Marolles », aurait pu être plus intéressant. Mais l’auteure, Nadine Monfils, se perd dans une intrigue inspirée par la réalité, elle se veut presque enquêtrice elle-même, elle essaie de faire preuve d’un humour qui tombe à plat, et tout cela fait de ce livre quelque chose d’indigeste, déjà pour le Belge que je suis, certainement pour tous ceux qui ne connaissent que peu les Marolles, traitées ici comme en une carte postale presque exotique et un peu ridicule !
Deux déceptions, donc, et pas qu’un peu !
Et puis, il y a Michel Quint, enfin ! Un écrivain, un vrai, qui a su retrouver le style de Malet sans pour autant le copier, qui a su insuffler à son récit tous les codes qui semblaient n’appartenir, pourtant, qu’au seul Léo Malet.
Il y a dans ces « Belles de Grenelle » quelques pages rythmées comme des poèmes, il y a des descriptions de lieux (la foire du livre, à Paris, par exemple) que Malet aurait certainement adoré faire, il y a, comme avec le Nestor Burma originel, l’omniprésence de la boisson comme révélateur de nostalgie, de mélancolie, d’inventivité, de douce folie, de rêveries s’ouvrant à la réalité.
Comme Malet, Michel Quint parle de la vie et de la mort, toujours intimement mêlées, chacune se nourrissant de la puissance de l’autre pour créer des paysages dans lesquels les sentiments, au sens large du terme, occupent tout l’espace.
Et comme chez Léo Malet, c’est aussi d’amour que ce livre nous parle, puisque Nestor Burma enquête sur le meurtre de celle qui fut le premier amour de sa vie, égorgée dans le parc Georges Brassens.
Michel Quint aime les mots, il les apprivoise, avec un naturel presque poétique, il aime les symboles, il aime les personnages, les « trognes », et il écrit avec un plaisir communicatif… Il y a dans son style littéraire quelque chose de Malet, mais aussi de Dimey.
Et ces « Belles de Grenelle » deviennent ainsi, de par sont talent et son intelligence, plus qu’un hommage à Léo Malet : une vraie continuité !…
Jacques Schraûwen
Les nouvelles enquêtes de Nestor Burma : Les Belles de Grenelle (auteur : Michel Quint – éditeur : French Pulp Editions)
Marc Wasterlain, grand raconteur d’histoires, se laisse découvrir, sous toutes ses facettes (talentueuses) au Centre Belge de la Bande Dessinée! Une rencontre passionnée et passionnante!
Marc Wasterlain
A presque 73 ans, Marc Wasterlain est un ce qu’on peut appeler un auteur complet de la bande dessinée. A son actif, plus de cinquante histoire dessinées, de Bob Moon à Monsieur Bonhomme, de Jeannette Pointu aux Pixels. Mais à son actif également, des scénarios pour Natacha, La Patrouille des Castors, Jess Long, et les Schtroumpfs !
A ce titre, le nom que porte l’exposition qui lui est consacrée jusqu’en septembre, au Centre Belge de la Bande Dessinée, est parfaitement choisi. Marc Wasterlain, dessinateur, coloriste, scénariste, auteur de décors, c’est d’abord et avant tout un raconteur d’histoires…
Cette exposition, particulièrement riche en documents, et qui nous fait voyager réellement dans l’œuvre de Wasterlain, vient couronner, sans aucun doute possible, un des vrais grands de la bande dessinée « tous publics »…
François Walthéry: Marc WasterlainMarc Wasterlain: raconteur d’histoires
François Walthéry n’est pas qu’un ami de Marc Wasterlain. Il est aussi celui qui a fait entrer le jeune dessinateur dans le studio de Peyo, l’immortel créateur des Schtroumpfs, mais aussi de Johan et Pirlouit et de Benoît Brisefer.
Et c’est là, dans ce studio où, certes, le travail était la règle première, mais dans lequel l’amitié était également une réalité, c’est dans cet environnement créatif que le jeune Wasterlain a appris réellement son métier. Ses métiers, en fait…
Marc Wasterlain: Les apprentissages
Sans vouloir ici parler de nostalgie, sans vouloir dire qu’hier était mieux qu’aujourd’hui, force est de reconnaître que l’émulation et la solidarité qui régnaient dans le monde de la bande dessinée, « en ce temps-là », étaient un privilège important pour nombre de jeunes auteurs de cette époque… Gos, Derib, par exemple, ont également, tout comme Wasterlain et Walthéry, fait partie du studio Peyo.
Un studio studieux… Un lieu, aussi, et surtout peut-être, dans lequel Marc Wasterlain a rencontré quelques-uns de ceux qui furent et restent les grands maîtres d’un neuvième art s’adressant, avec intelligence, à tous les publics !
Cette exposition, donc, se devait d’être un jour organisée. Et, ma foi, sa » scénographie » est particulièrement réussie, et ludique en même temps. On se balade, vraiment, dans les différentes réalités de ce que fut et de ce qui est le travail de Wasterlain. Et on le fait pratiquement comme dans une bd actuelle : par séquences, bien découpées, bien différenciées les unes des autres, mais toutes se réunissant pour former un vrai récit. Le récit d’une existence vouée à offrir à la bande dessinée des sourires, des aventures, un peu de fantastique, et énormément de poésie !
Et à ce titre, et pour l’avoir rencontré quelques fois, je peux affirmer que la Docteur Poche est le personnage qui ressemble le plus à son créateur !
Le CBBD a comme mission d’être le miroir de ce qu’est, de ce que fut, de ce que devient la bande dessinée. Le CBBD a donc pour mission, aussi, de se plonger, et de nous plonger, dans l’histoire du neuvième art.
Et c’est bien ce qui est fait, aujourd’hui, avec cette excellente exposition consacrée à un excellent auteur !
Jacques Schraûwen
Wasterlain, raconteur d’histoires – une exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée, rue des Sables à Bruxelles, jusqu’au 15 septembre 2019)