Valois : 2. Si Deus Pro Nobis, Quis Contra Nos ?

Valois : 2. Si Deus Pro Nobis, Quis Contra Nos ?

C’est une époque particulièrement animée de l’Histoire de France et d’Europe qui nous est contée dans cette série. Et qui l’est de manière à la fois romanesque et soucieuse de vérité historique !

Valois © Delcourt

Le premier volume de cette série mettait en scène tous les personnages principaux, et lançait un récit d’aventures basé sur une réalité historique. Le scénariste, incontestablement, aime l’Histoire et aime surtout s’y aventurer en y ajoutant des personnages qui, de par leur présence, humanisent un propos qui, sinon, aurait pu n’être qu’un pensum presque scolaire… C’est que l’Histoire de France est tout sauf aisée à suivre et, parfois, à comprendre!

Nous sommes en 1483 : voilà quelque temps déjà que les Capétiens ont laissé la place, à la tête de la France, aux Valois. La guerre de cent ans est terminée, certes, mais le roi Charles VIII ne manque pas d’ambition et rêve de gloire.

Valois © Delcourt

Dans la tourmente des luttes d’influence qui émaillent cette époque de l’Histoire, Thierry Gloris, le scénariste, introduit deux personnages très différents, qui vont être obligés par le destin de suivre d’identiques chemins.

Il y a Blasco Zuninga, d’abord, un Espagnol qui refuse d’être moine et rejoint une armée italienne se vendant à qui paie le mieux.

Il y a ensuite Henri Guivre de Tersac, jeune nobliau désargenté, qui, d’espion cultivé devient, lui aussi, mercenaire.

Et les voilà tous deux, ensemble, mêlés à une guerre dans laquelle le pouvoir religieux et le pouvoir royal s’affrontent sur tous les fronts, celui de la diplomatie comme celui de la mort sur les terrains de bataille.

Valois © Delcourt

Et c’est là que le talent de Gloris est évident. Il parvient à être presque didactique dans sa façon de nous parler de la France, de l’Italie, de la papauté, il parvient à rendre épiques les complots de salon, les traîtrises et les renoncements. Il parvient, surtout, à ce que le lecteur entre, sans connaissance préalable, dans une période de l’aventure humaine où l’humain, finalement, n’avait que peu d’importance !

Valois © Delcourt

Cette série, dont deux volumes sont déjà parus, est une belle réussite pour tous les amateurs d’Histoire, certes, mais aussi pour tous les amoureux d’une BD romanesque et violente en même temps, réaliste et puissamment documentée.

A ce titre, il faut souligner le dessin extrêmement réaliste de Jaime Calderon. S’inspirant, incontestablement, dans sa composition, de la peinture italienne, celle de Venise entre autres, il nous dessine des visages expressifs et vivants, des décors somptueux, des mouvements et des perspectives qui accentuent de page en page le rythme du récit.

Et n’oublions surtout pas la couleur de « Felideus », qui, plus inspirée, elle, par l’école flamande, donne un vrai relief à chaque protagoniste, de Charles VIII aux Borgia, d’Anne de Bretagne à Della Rovere.

Une série bien faite, passionnante, avec des vrais personnages qui ont de la « chair », comme on dit : la bande dessinée, c’est aussi ça !

Jacques Schraûwen

Valois : 2. Si Deus Pro Nobis, Quis Contra Nos ? (Dessin : Jaime Calderon. Scénario : Thierry Gloris. Couleurs : Felideus. Editeur : Delcourt

Valois © Delcourt
Duke : 3. Je Suis Une Ombre

Duke : 3. Je Suis Une Ombre

Etrange personnage que ce « Duke », et qui, malgré son nom, n’a rien à voir avec John Wayne ! Etrange, envoûtant, déroutant. Et dessiné par l’immense Hermann !

Duke 3 © Le Lombard

Oui, je suis inconditionnel du travail d’Hermann, je l’avoue. Depuis des années et des années, il a enchanté mes lectures. Comment oublier Bernard Prince, comment oublier Comanche, deux séries qui auraient pu n’être que codifiées « en tradition » mais qui, cependant classiques, osaient s’aventurer dans d’autres chemins que ceux de la ronronnante bande dessinée des années 60.

Ensuite, il y a eu plusieurs one-shots, avec différents scénaristes, dont Van Hamme qui, avec Hermann, est parvenu à varier ses thèmes d’inspiration habituels et redondants. Il y a eu ses propres scénarios, et des séries qui, de plus en plus, ont permis à son graphisme de se personnaliser totalement, de par le sens de la laideur embellie qu’Hermann pratique avec un talent exceptionnel…

Avec Duke, on se retrouve dans une série western, une série pure et dure, sans concessions, avec un personnage central qui n’a rien d’un héros, loin s’en faut.

Duke 3 © Le Lombard

Disons-le tout de suite, j’ai une critique à formuler quant à cette série. Le scénario d’Yves H. y manque parfois de consistance et pratique un peu trop le raccourci. Mais, surtout, il est impossible d’entrer dans un album, le trois en l’occurrence, sans avoir lu les précédents, et les avoir gardés en mémoire ! Un petit résumé ne serait pas de trop, loin s’en faut, pour que le lecteur ne se perde pas en route.

Parce que cette route, graphique et colorée, mérite, assurément, qu’on s’y plonge… L’histoire, le récit, les récits plutôt, abordent bien des thèmes qui dépassent la simple anecdote narrative.

Duke se donne l’illusion d’être un homme droit, entier, honnête. Mais il découvre lentement que ce n’est pas le cas. Et que, finalement, il n’est qu’une ombre, celle de la grande faucheuse, une ombre dont toutes les attaches humaines se détruisent, s’effacent, famille et amis, par sa seule présence, par se seule vérité de tueur…

Duke 3 © Le Lombard

Duke, c’est une bande dessinée très sombre, désespérée, désespérante. Classique de par son contenu immédiat : il y a des bons, il y a des méchants, il y a une diligence, une attaque, de l’argent volé, des duels, des coups de feu, des morts, encore des morts. Mais le tout est montré et raconté dans un style qui s’éloigne complètement de celui de John Ford ou de même de Giraud ! La violence et la mort sont omniprésentes et font partie du décor. A ce titre, j’ai adoré cette séquence pendant laquelle débarquent des tueurs dans un village mexicain, un village en fête et qui n’arrête pas cette fête malgré les coups de feu et les cadavres.

Il y a ainsi toujours, chez Hermann, le besoin, sans discours, de montrer la réalité telle qu’elle est, telle qu’elle était, telle qu’elle pourrait être, et de dévoiler, en même temps, tout ce que cette réalité peut cacher comme mensonges et comme vérités sans cesse emmêlées, pour le meilleur et le pire, pour la trahison et le partage, pour la vie et la mort.

Duke 3 © Le Lombard

Dans chacun de ses livres, Hermann réussit à éblouir par quelques planches somptueuses… Par l’utilisation de la couleur, aussi, par la façon qu’il a de toujours envisager ses découpages par séquences, à la fois graphiques et colorées.

J’ai toujours trouvé exceptionnel, chez lui, le fait que, quel que soit le scénariste avec lequel il travaille, c’est sa « patte » qui prend toujours le dessus !

Et sa « patte », dans cet album-ci, est à admirer, totalement, dans les quelques planches, en fin de livre, qui nous montrent Duke et toute une ville se perdant dans la grisaille d’une pluie plus désespérante encore que les personnages.

Duke, c’est de l’excellent western… Mais, s’il vous plait, pour le prochain album, que l’on n’hésite surtout pas à l’introduire par un petit résumé !

Jacques Schraûwen

Duke : 3. Je Suis Une Ombre (Dessin et couleurs : Hermann. Scénario : Yves H. Editeur : Le Lombard)

Duke 3 © Le Lombard
Femmes – 40 Combattantes Pour L’Égalité

Femmes – 40 Combattantes Pour L’Égalité

« Bam ! » : une collection pour adolescents (mais pas seulement !!!!) de chez « Gallimard Jeunesse », des livres didactiques, instructifs, un regard humaniste sur notre monde, des petits ouvrages importants !

Femmes © Gallimard Jeunesse

Le féminisme n’est pas une émanation spontanée de ces dernières années, marquées entre autres par l’affaire Weinstein. Le féminisme, c’est la concrétisation essentielle d’idées égalitaires dans un monde qui ne l’est jamais vraiment. Le féminisme, c’est définir la différence comme une forme d’égalité supérieure, une égalité qui fait de l’humain un possible humaniste.

Le féminisme, c’est un combat qui a commencé il y a bien longtemps, un combat dont les héroïnes, le plus souvent, ne sont pas citées dans les livres d’histoire.

Le féminisme, ce n’est pas la recherche d’une domination, d’un changement de centre de gravité d’une société, que du contraire, mais la volonté d’un droit élémentaire, celui de tout être humain à avoir droits à des droits, tout simplement !

A ce titre, ce livre arrive à son heure, certes, mais il est là aussi pour rappeler que rien, jamais, n’est acquis, lorsqu’il s’agit de liberté, la liberté individuelle, la liberté sociale, la liberté politique.


Femmes © Gallimard Jeunesse

Ce petit livre, écrit dans un langage clair, et s’adressant VRAIMENT à tous les publics, dresse le portrait d’une quarantaine de femmes qui, depuis le dix-septième siècle, ont marqué leur époque par leur présence féminine dans un univers d’hommes. Et tous les domaines de l’existence sont abordés, grâce à cette galerie de personnages qui ont vécu pour l’art, pour l’enseignement, pour le journalisme, pour la puissance des droits de l’homme, pour la littérature, pour la liberté de l’âme et du corps.

Comment ne pas admirer la force, par exemple, de la peintre Gentileschi, qui a à la fois réussi à être une femme dans une corporation qui les refusait, et à faire condamner son violeur par la justice italienne du 17ème siècle ?

Comment ne pas admirer le travail de Flora Tristan, journaliste qui, en pleine révolution industrielle du dix-neuvième siècle a eu le courage de décrire la réalité du monde ouvrier, hommes et femmes perdus dans la même dictature du patronat ?

Comment, bien entendu, ne pas admirer Simone Veil, dont on sait tout ce qu’elle a réussi à changer, politiquement, dans la société qui est nôtre ?

Comment ne pas admirer Angela Davis, icône de la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains, mais icône en même temps d’un combat tout aussi ardu, au sein même de son « groupe » révolutionnaire, le combat contre le sexisme le plus banal et le plus méprisable ?


Femmes © Gallimard Jeunesse

Ce n’est pas de la bande dessinée, à proprement parler.

Ce sont des textes succincts, qui réussissent, en petits tableaux, à écrire les grandes lignes de l’existence d’une femme, des textes illustrés, simplement, sans effets spéciaux, par des dessins qui ne cherchent qu’à compléter le « journalisme » du texte, en quelque sorte.

Sans avoir envie de tomber dans l’excès qui pourrait amener à une guerre des sexes bien plus qu’à une revendication légitime d’égalités de droits comme de devoirs, de liberté comme d’engagement, les auteurs de ce livre font un travail qui me semble salutaire. Celui, tout simplement, de faire de la mémoire collective et historique une arme efficace pour que s’humanise l’existence.

Ce livre est à mettre entre toutes les mains, il est à faire lire aux élèves, aux jeunes, eux qui de nos jours perdent tellement facilement le souvenir de ce qui leur a permis d’être ce qu’ils sont…

Jacques Schraûwen

Femmes – 40 Combattantes Pour L’Égalité (texte : Isabelle Motrot – dessin : Véronique Joffre – éditeur : Gallimard Jeunesse)


Femmes © Gallimard Jeunesse