L’Arabe Du Futur 4 – Une jeunesse au Moyen-Orient (1987-1992)

L’Arabe Du Futur 4 – Une jeunesse au Moyen-Orient (1987-1992)

Riad Sattouf continue à nous parler de lui… et de notre monde, en même temps ! Un « journal » dessiné qui se démarque par sa lucidité, son intelligence, son humanisme !

L’Arabe Du Futur 4 © Allary Editions

 

Il n’y a, disait (entre autres) Brel, que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis…
Et j’avoue que les livres de Riad Sattouf ne m’attiraient en aucune manière. Bien sûr, je les avais ouverts, feuilletés, mais sans jamais avoir envie de m’y arrêter, le temps d’une lecture.
Et, avec ce quatrième volume de son « journal », je me suis finalement décidé à oublier mes préjugés graphiques et à lire (un peu distraitement…) les premières pages. Et puis, avec de moins en moins de distraction… Et enfin, avec un plaisir encore plus total du fait qu’il m’était inattendu !

L’Arabe Du Futur 4 © Allary Editions

 

C’est de lui que parle Riad Sattouf. De son enfance, de sa façon de vivre avec des parents  » mixtes « , selon l’expression (un peu stupide) consacrée…
Une mère française, un père arabe. Une mère qui éprouve toutes les peines du monde à nouer les deux bouts, un père professeur qui de plus en plus quitte la maison pour aller travailler au Moyen-Orient. Et y devenir de plus en plus croyant, d’une foi mêlée de préceptes, de lois, de rumeurs, de racismes pluriels, de haines de plus en plus assumées. Une foi qui, tout compte fait, n’est pas plus  » lourde  » que la volonté machiste du grand-père maternel français de Riad de le voir draguer les filles pour devenir  » un homme « .
Deux cultures en partage, en héritage même, celle de l’Europe et celle de l’Afrique du Nord, deux univers dans lesquels ce jeune garçon devenant peu à peu adolescent ne se sent nullement à l’aise.
Dans ce quatrième volume, on parle de la vie sociale, en France comme au Moyen-Orient, d’un contexte politico-historique qui fait s’opposer les Occidentaux et le régime de Saddam Hussein. D’un Moyen-Orient qui peu à peu se plonge dans un intégrisme dont on connaît aujourd’hui les tristes et inacceptables dérives.

 

L’Arabe Du Futur 4 © Allary Editions

 

Ce livre, cette  » série  » plutôt, se révèle être un  » Journal « , au sens le plus noble du terme. Un Journal graphique, un journal dessiné.
Nombre d’écrivains, depuis le dix-neuvième siècle, ont ainsi longuement rédigé le compte-rendu plus ou moins littéraire de leur existence. Qu’est-ce qui fait que la grande majorité de ces journaux est aujourd’hui totalement oubliée, alors que certains d’entre eux, très peu, ont traversé le temps pour continuer à éblouir les lecteurs d’aujourd’hui? … C’est que, tout simplement, des auteurs comme Léautaud, Gide, Renard sont des  » VRAIS  » auteurs, qui pratiquent un langage qui leur est totalement propre, avec des qualités littéraires que personne ne peut nier, et que même en nous parlant de leur quotidien, c’est toujours de nous aussi qu’ils parlent.
Il en va de même avec la bande dessinée, de nos jours. Un neuvième art qui, reconnaissons-le, en multipliant ce genre de productions plus ou moins nombrilistes multiplie les œuvres vides et inutiles !
Pour qu’un journal en BD puisse avoir une chance de traverser les années, il lui faut, à la base, de véritables qualités. Le contenu, bien entendu, le texte, évidemment, le dessin en osmose avec les mots et, essentiellement, que le propos de l’auteur ne soit pas uniquement un miroir dans lequel il se contente de se regarder.
Et, à ce titre, sans aucun doute possible, Riad Sattouf ne ressemble nullement à tous ces tâcherons qui ne savent ni dessiner ni écrire et qui croient (et une certaine critique bobo avec eux) primordial de nous parler de leurs quotidiens sans intérêt, et de le faire avec des dessins sans âme !

 

L’Arabe Du Futur 4 © Allary Editions

 

Riad Sattouf est  un véritable auteur, pleinement, totalement. Et, oui,  je m’en veux d’être passé à côté de son œuvre depuis si longtemps!
Son dessin est simple, mais d’une souplesse extraordinaire, le tout dans un découpage qui lui permet de mettre ici en évidence les traits caricaturaux et expressifs de ses personnages, là de nous montrer un paysage, un décor, un mur qui s’effrite, une cour de récréation, une école délabrée…
Son texte, lui, sous des aspects très simples aussi, parvient à nous restituer l’âme de chaque personnage, et de le faire sans manichéisme et sans nostalgie, avec, tout au contraire, une façon très douce presque de nous restituer une époque, des êtres qui luttent au quotidien pour vivre plus que survivre, même face au cancer. C’est  d’adolescence que Riad Sattouf nous parle, c’est son adolescence qu’il nous raconte, et il le fait avec pudeur, sans gommer cependant les élans du corps qui furent les siens.
Et puis, il y a le travail sur la couleur. Des vignettes presque monochromes, variant leurs tonalités et leurs intensités, rythment l’écriture graphique, la narration littéraire, et la lecture, en bout de course.

 

L’Arabe Du Futur 4 © Allary Editions

 

Ce  » journal  » en bd est un livre important, un livre qui réussit à nous faire le portrait d’une époque, d’une enfance perdue dans des mondes qu’il ne comprend pas, d’une enfance qui rêve et qui se réfugie dans l’ailleurs, dans le dessin, pour faire de ses rêves des réels tangibles.
Et ce faisant, ce livre nous permet, mieux que mille discours politiques ou sociologiques, de comprendre l’intégrisme, d’en découvrir les errances, les trajets… Les manipulations…
Les plus vrais des psychologues, comme le disait un de mes professeurs il y a bien longtemps, ne sont pas à chercher dans la population des diplômés universitaires, mais dans le monde des écrivains… Des auteurs de bande dessinée, aussi, de nos jours. Et Riad Sattouf fait partie, incontestablement, de ces auteurs, de mots et de dessins, cherchant à comprendre le monde et à nous le faire comprendre.

 

Jacques Schraûwen
L’Arabe Du Futur 4 – Une jeunesse au Moyen-Orient (1987-1992) (auteur : Riad Sattouf – éditeur : Allary Editions)

Emilio Van Der Zuiden : Male Call Club

Femmes de papier aux érotismes évidents.

Emilio Van Der Zuiden est un auteur de bande dessinée auquel on doit, entre autres, quelques aventures de Margot, celles du détective McQueen aussi. Dans cet « art-book », il se révèle illustrateur de la féminité impudique !

Emilio Van Der Zuiden © Paquet

 

Plonger le regard dans un « art-book », c’est se plonger dans l’œuvre d’un auteur, d’un dessinateur, d’un graphiste… Pour certains d’entre eux, il s’agit d’une rétrospective, d’un hommage, presque, à une carrière riche et reconnue. Pour d’autres, il s’agit, plus simplement, de la mise en évidence d’un travail graphique, à un moment donné de l’histoire de son auteur. Et c’est bien devant ce deuxième cas qu’on se retrouve ici, avec Emilio Van Der Zuiden qui, sans complexe, nous avoue, sans aucun mot, son amour du dessin quand il se fait érotique !

 

Emilio Van Der Zuiden © Paquet

 

Il est vrai que, dans ses livres « tous publics », on pouvait déjà se rendre compte de tout l’intérêt qui était le sien pour les héroïnes. Il y avait même, dans le traitement graphique qu’il en faisait, qu’il en fait toujours d’ailleurs, comme une espèce de retour en arrière, dans le monde du cinéma des années 50 et leurs vamps si peu farouches, ou même dans l’univers des pin-up.
Ces deux axes d’un érotisme tout compte fait bon enfant, même s’il n’est pas à mettre entre toutes les mains, sont bien présents dans cet art-book. On y retrouve margot, bien entendu… Mais aussi l’iconique Betty Page, les amies de McQueen, mais aussi Mata-Hari… On y retrouve des crayonnés, des mises en couleur lumineuses, des profonds contrastes entre noir et blanc, quelques planches de bd aussi… Mais on y côtoie surtout des jolies filles, toutes plus souriantes les unes que les autres, même dans des situations parfaitement scabreuses, des filles libertines, certainement, et vivant dans des décors variés, de la jungle au bureau, d’un ouest américain sauvage à la tranquillité d’une salle de bains.

 

Emilio Van Der Zuiden © Paquet

 

Trouver une définition au mot « érotisme » s’avèrera toujours chose impossible, tant cette réalité profonde de l’âme humaine, qu’elle soit féminine ou masculine, évolue selon les époques de l’Histoire, mais aussi selon les moments de l’existence, tout simplement.
L’érotisme d’Emiio Van Der Zuiden est un érotisme léger, mais qui n’a pas peur, ici ou là, de s’aventurer dans des territoires de désirs sans aucune ambigüité. C’est un érotisme de mouvements, souvent, mais aussi de corps immobiles pour mieux s’offrir au rêve. Et puis, c’est surtout un érotisme de regards, des
regards pluriels que toutes les femmes présentes dans ce livre posent sur le lecteur… Ce sont des regards qui ne sont jamais agressifs, qui ne sont jamais vulgaire ni gratuitement provocateurs non plus. Ce sont des regards amusés, oui, des regards de partage de sentiments, de sensations…
Et ce livre est un livre qui ravira ceux qui aime qu’un artiste n’ait pas peur de perdre toute sagesse !…

Jacques Schraûwen
Emilio Van Der Zuiden : Male Call Club (éditeur : Paquet)

 

Emilio Van Der Zuiden © Paquet

Un Faux Livre 2

Le Meilleur De Un Faux Graphiste

Humour déjanté, détournements presque surréalistes de BD et d’illustrations « libres de droits »… Un petit livre pour sourire, sans faux-fuyant, mais avec plein de faux-semblants!

 

Un Faux Livre 2 © Delcourt

 

C’est une technique utilisée depuis bien longtemps, celle qui consiste à détourner des images existantes pour leur donner une tout autre signification, pour en décaler le sens. Les collages de Jacques Prévert, et les jeux, auparavant, des surréalistes, ont abondamment usé de ce moyen de « faire et défaire de l’art ».
Plus tard, le fameux magazine Hara Kiri a pratiqué cet amusement pour un humour qui oubliait la bienséance et choisissait avec une délectation quelque peu perverse la voie de la vulgarité et de la provocation.
Bien d’autres se sont lancés dans le plaisir d’ajouter des  » bulles  » à des dessins puisés ici et là, comme les artistes de Fluide Glacial, et, de temps à autre, le papa du Chat, Philippe Geluck.
Et avec ce  » Faux livre « , c’est dans ces univers-là que nous plongeons…

 

Un Faux Livre 2 © Delcourt

 

C’est un plongeon dans quelques vagues d’humour très particulier, reconnaissons-le, et reconnaissons qu’on ne rit pas à chaque page, loin s’en faut.
Mais, par contre, ce qu’on fait à chaque page de ce faux livre, c’est prendre plaisir à découvrir de vieilles illustrations, de vieilles bandes dessinées américaines aussi, avec des couleurs surannées, des traits trop marqués, des mouvements stéréotypés.
Et l’intérêt et l’intelligence de ce recueil de mauvais goût, c’est d’alterner des gravures extrêmement réussies avec des planches de bd particulièrement tristounettes.
Le mauvais goût, c’est aussi de l’humour, c’est une évidence. Et ici, comme dans une des pages de ce livre, c’est souvent de l’humour de beauf qui se dévoile. Et, ma foi, une fois de temps en temps, rire aussi de la grossièreté et de la vulgarité, ce n’est pas désagréable !

 

Un Faux Livre 2 © Delcourt

Partez à la découverte de Cyrano de Bergerac, pervers narcissique… D’un chasseur de chômeurs… De Billy the Kid affrontant Raspoutine… D’une jeune femme qui tombe amoureuse d’un vulgaire Playmobil… Du martyre de Saint Emilion… De l’utilité du trompe-l’œil en psychiatrie…
Rien ni personne, vous voyez, n’échappe aux envies perverses du  » faux graphiste « …
Et ce  » Faux Livre  » est à feuilleter, tranquillement, pour se laisser entraîner, au fil du hasard et des pages, vers des territoires de l’humour qui ne sont que rarement bien-pensants !…

Jacques Schraûwen
Un Faux Livre 2: Le Meilleur De Un Faux Graphiste (éditeur : Delcourt)

Un Faux Livre 2 © Delcourt