Le loup En Slip

Le loup En Slip

Cahier d’activités: à offrir aux enfants sages (et aux autres aussi!…)

 

Le Loup En Slip © Dargaud

 

Wilfrid Lupano n’est pas seulement aux commandes des extraordinaires Vieux Fourneaux!… Il s’occupe aussi, du bout des mots, de ce fameux Loup en Slip qui enchante petits et grands!

« Le Loup en Slip » apparaît ici et là dans l’extraordinaire série des « Vieux Fourneaux ». Mais cet animal a également son existence propre, dans une collection de livres pour enfants. Pour enfants, et pour « grands », tant il est vrai que le contenu de ces livres nous parle d’abord et avant tout, avec des dessins simples et des mots qui le sont tout autant, de notre société et des problèmes (petits et grands, eux aussi!) qui y naissent au quotidien.

Mayana Itoïz, utilisant une figure iconographique des contes pour enfants, en a fait un être profondément humain, résolument humaniste. Avec lui, de livre en livre, les auteurs (Itoïz et Lupano), détruisent en souriant tous les préjugés, tous les jugements à l’emporte-pièce portant sur les apparences.

Et aujourd’hui, voici ce Loup en slip se livrant à des activités ludiques et à des jeux idiots. Des jeux, avouons-le, parfois un peu déjantés, toujours souriants, et qui gagnent, j’en suis certain, à être joués main dans la main par les enfants et leurs parents.

Wilfrid Lupano

On relie des points pour recréer des images, on colorie, on lit, on s’amuse avec des autocollants, on résout quelques labyrinthes, on s’intéresse à quelques dictons…

Ce cahier d’activités et ces jeux idiots se teintent d’un surréalisme parfois un peu provocateur, toujours intelligent, et méritent donc, croyez-moi, que vous vous y intéressiez!

Jacques Schraûwen
Le loup En Slip – Cahier d’activités (dessin: Mayana Itoïz – scénario: Wilfrid Lupano – éditeur: Dargaud)

Milo Manara

Milo Manara

Un nouvel album et une exposition à Bruxelles, une exposition faisant la part belle à ses illustrations érotiques !

Dans cette chronique, écoutez Milo Manara vous parler de la beauté, de l’érotisme, et du dessin… Une rencontre passionnante !

 

Milo Manara © Milo Manara

 

Milo Manara… Un des grands noms du neuvième art, sans aucun doute… Cet Italien a commencé sa carrière, longue et abondante, en 1968, par des petits récits, marqués par leur érotisme.
Mais, très vite, c’est avec des histoires « sérieuses » qu’il se fait connaître : « Le Singe », plusieurs récits dans « L’Histoire en bandes dessinées », chez Larousse, et, enfin, les aventures de Giuseppe Bergman qui paraissent dans le mythique « A Suivre ».
Reconnu dès lors à la fois par les professionnels et par les lecteurs, Milo Manara va prendre un virage qui restera sa caractéristique première, celle de l’érotisme, un érotisme qui ose tout dire, tout montrer, s’enfouir dans les méandres du désir humain.
Et ce furent des livres comme « Le Déclic », « Le Parfum de l’Invisible », « Nouvelles Coquines »… Ce furent aussi des recueils d’illustrations, « L’Art de la fessée », par exemple.
En une époque où se multipliaient des livres marqués par une certaine pornographie dessinée sans beaucoup de talent, par un érotisme explicite et sans relief, Manara s’est lancé, lui, dans des livres qui, graphiquement, n’ont jamais eu peur de dévoiler le corps et l’âme au travers d’érotismes pluriels, créateurs de rêves, certes, mais également et surtout d’aventures s’écartant résolument des sentiers battus. L’érotisme des uns n’a véritablement pas grand-chose à voir avec celui de Manara…

 

Milo Manara © Milo Manara

 

Milo Manara: l’érotisme

 

Marcuse comme référence philosophique à une œuvre de plaisirs et de désirs sans cesse mêlés, excusez du peu !… Et c’est bien un érotisme transgressif et ludique, récréatif, oui, qui s’expose aujourd’hui à Bruxelles.
Il faut dire que, pour Milo Manara, l’acte gratuit, dans l’amour comme dans le dessin, se doit d’être source de sensations, de sentiments. D’esthétisme aussi… D’un esthétisme qui naît des propres rêveries, et donc fantasmes, de Manara, très certainement, et de sa formation… Une formation classique qui le pousse, de livre en livre, à dessiner en quelque sorte toujours la même femme, ou presque, une femme qu’on retrouve dans les illustrations accrochées aux cimaises de la galerie du Châtelain. Toutes les femmes de Milo Manara sont fines, élancées, avec des jambes qui n’en finissent pas, avec des courbes affriolantes, des sourires charmeurs, des regards très directs, aussi… Qu’on retrouve dans cette exposition, à l’exception d’une femme aux évidentes maturités, toute vêtue, qui donne à l’ensemble des œuvres exposées une certaine distance poétique.
Si Marcuse préside à son sens de l’érotisme, ce sont Platon et le monde classique qui éclairent sa notion de la beauté !

Milo Manara © Milo Manara

Milo Manara: La beauté

 

Cela dit, et pour rester objectif, cet auteur qui a travaillé avec des gens comme le génie Fellini ou l’exceptionnel Hugo Pratt n’a pas fait que des chefs d’œuvre, il faut le reconnaître.
Pendant une certaine période, il a même réduit au minimum les décors de ses récits, comme pour laisser la féminité de ses personnages occuper toute la place, d’une façon pratiquement intemporelle.
Mais, avec les Borgia d’abord, et avec « Le Caravage » aujourd’hui, Manara revient en arrière, avec un talent extraordinaire. Ses décors, encore plus qu’à ses débuts, font partie intégrante de ses intrigues, ils accompagnent et montrent le cheminement des personnages. Et ils prennent vie, de page en page, grâce aussi à un travail sur la couleur dans lequel excelle Manara, de plus en plus, une excellence que je ne peux que vous inviter à découvrir dans son dernier album, mais aussi dans cette exposition qui lui est consacrée !

 

Milo Manara © Milo Manara

Milo Manara: le décors

 

 

Mes souvenirs concernant Milo Manara sont nombreux. Comme bien des lecteurs de ma génération, il a accompagné la re-naissance de la bande dessinée, en osant, simplement, montrer et raconter le désir charnel. Et il l’a fait, toujours, avec un sens aigu de la mise en scène, et un sens littéraire (et cinématographique) du dialogue.
Fidèle à ce qu’il était il y a cinquante ans, Milo Manara continue à être le chantre de l’érotisme. Et à être, dans son album consacré au Caravage, chantre d’un personnage subversif, celui d’une œuvre picturale qui appartient au patrimoine mondial, et, surtout peut-être, chantre de décors et de paysages d’une extraordinaire facture classique.

Jacques Schraûwen
Milo Manara s’expose à Bruxelles – Galerie Huberty & Breyne, Place du Châtelain à Ixelles (Bruxelles), jusqu’au 5 janvier.
Milo Manara – Le Caravage, tome 2, paru chez Glénat.

Milo Manara © Milo Manara

L’Arabe Du Futur 4 – Une jeunesse au Moyen-Orient (1987-1992)

L’Arabe Du Futur 4 – Une jeunesse au Moyen-Orient (1987-1992)

Riad Sattouf continue à nous parler de lui… et de notre monde, en même temps ! Un « journal » dessiné qui se démarque par sa lucidité, son intelligence, son humanisme !

L’Arabe Du Futur 4 © Allary Editions

 

Il n’y a, disait (entre autres) Brel, que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis…
Et j’avoue que les livres de Riad Sattouf ne m’attiraient en aucune manière. Bien sûr, je les avais ouverts, feuilletés, mais sans jamais avoir envie de m’y arrêter, le temps d’une lecture.
Et, avec ce quatrième volume de son « journal », je me suis finalement décidé à oublier mes préjugés graphiques et à lire (un peu distraitement…) les premières pages. Et puis, avec de moins en moins de distraction… Et enfin, avec un plaisir encore plus total du fait qu’il m’était inattendu !

L’Arabe Du Futur 4 © Allary Editions

 

C’est de lui que parle Riad Sattouf. De son enfance, de sa façon de vivre avec des parents  » mixtes « , selon l’expression (un peu stupide) consacrée…
Une mère française, un père arabe. Une mère qui éprouve toutes les peines du monde à nouer les deux bouts, un père professeur qui de plus en plus quitte la maison pour aller travailler au Moyen-Orient. Et y devenir de plus en plus croyant, d’une foi mêlée de préceptes, de lois, de rumeurs, de racismes pluriels, de haines de plus en plus assumées. Une foi qui, tout compte fait, n’est pas plus  » lourde  » que la volonté machiste du grand-père maternel français de Riad de le voir draguer les filles pour devenir  » un homme « .
Deux cultures en partage, en héritage même, celle de l’Europe et celle de l’Afrique du Nord, deux univers dans lesquels ce jeune garçon devenant peu à peu adolescent ne se sent nullement à l’aise.
Dans ce quatrième volume, on parle de la vie sociale, en France comme au Moyen-Orient, d’un contexte politico-historique qui fait s’opposer les Occidentaux et le régime de Saddam Hussein. D’un Moyen-Orient qui peu à peu se plonge dans un intégrisme dont on connaît aujourd’hui les tristes et inacceptables dérives.

 

L’Arabe Du Futur 4 © Allary Editions

 

Ce livre, cette  » série  » plutôt, se révèle être un  » Journal « , au sens le plus noble du terme. Un Journal graphique, un journal dessiné.
Nombre d’écrivains, depuis le dix-neuvième siècle, ont ainsi longuement rédigé le compte-rendu plus ou moins littéraire de leur existence. Qu’est-ce qui fait que la grande majorité de ces journaux est aujourd’hui totalement oubliée, alors que certains d’entre eux, très peu, ont traversé le temps pour continuer à éblouir les lecteurs d’aujourd’hui? … C’est que, tout simplement, des auteurs comme Léautaud, Gide, Renard sont des  » VRAIS  » auteurs, qui pratiquent un langage qui leur est totalement propre, avec des qualités littéraires que personne ne peut nier, et que même en nous parlant de leur quotidien, c’est toujours de nous aussi qu’ils parlent.
Il en va de même avec la bande dessinée, de nos jours. Un neuvième art qui, reconnaissons-le, en multipliant ce genre de productions plus ou moins nombrilistes multiplie les œuvres vides et inutiles !
Pour qu’un journal en BD puisse avoir une chance de traverser les années, il lui faut, à la base, de véritables qualités. Le contenu, bien entendu, le texte, évidemment, le dessin en osmose avec les mots et, essentiellement, que le propos de l’auteur ne soit pas uniquement un miroir dans lequel il se contente de se regarder.
Et, à ce titre, sans aucun doute possible, Riad Sattouf ne ressemble nullement à tous ces tâcherons qui ne savent ni dessiner ni écrire et qui croient (et une certaine critique bobo avec eux) primordial de nous parler de leurs quotidiens sans intérêt, et de le faire avec des dessins sans âme !

 

L’Arabe Du Futur 4 © Allary Editions

 

Riad Sattouf est  un véritable auteur, pleinement, totalement. Et, oui,  je m’en veux d’être passé à côté de son œuvre depuis si longtemps!
Son dessin est simple, mais d’une souplesse extraordinaire, le tout dans un découpage qui lui permet de mettre ici en évidence les traits caricaturaux et expressifs de ses personnages, là de nous montrer un paysage, un décor, un mur qui s’effrite, une cour de récréation, une école délabrée…
Son texte, lui, sous des aspects très simples aussi, parvient à nous restituer l’âme de chaque personnage, et de le faire sans manichéisme et sans nostalgie, avec, tout au contraire, une façon très douce presque de nous restituer une époque, des êtres qui luttent au quotidien pour vivre plus que survivre, même face au cancer. C’est  d’adolescence que Riad Sattouf nous parle, c’est son adolescence qu’il nous raconte, et il le fait avec pudeur, sans gommer cependant les élans du corps qui furent les siens.
Et puis, il y a le travail sur la couleur. Des vignettes presque monochromes, variant leurs tonalités et leurs intensités, rythment l’écriture graphique, la narration littéraire, et la lecture, en bout de course.

 

L’Arabe Du Futur 4 © Allary Editions

 

Ce  » journal  » en bd est un livre important, un livre qui réussit à nous faire le portrait d’une époque, d’une enfance perdue dans des mondes qu’il ne comprend pas, d’une enfance qui rêve et qui se réfugie dans l’ailleurs, dans le dessin, pour faire de ses rêves des réels tangibles.
Et ce faisant, ce livre nous permet, mieux que mille discours politiques ou sociologiques, de comprendre l’intégrisme, d’en découvrir les errances, les trajets… Les manipulations…
Les plus vrais des psychologues, comme le disait un de mes professeurs il y a bien longtemps, ne sont pas à chercher dans la population des diplômés universitaires, mais dans le monde des écrivains… Des auteurs de bande dessinée, aussi, de nos jours. Et Riad Sattouf fait partie, incontestablement, de ces auteurs, de mots et de dessins, cherchant à comprendre le monde et à nous le faire comprendre.

 

Jacques Schraûwen
L’Arabe Du Futur 4 – Une jeunesse au Moyen-Orient (1987-1992) (auteur : Riad Sattouf – éditeur : Allary Editions)