Yan Lindingre (Fluide Glacial) et Florence Mixhel (Spirou)

Spirou et Fluide Glacial : une lutte acharnée dans le cadre de la Fête de la BD à Bruxelles

Est-ce une querelle de clocher entre deux revues de bande dessinée ?…. Est-ce une lutte fratricide entre des dessinateurs jaloux les uns des autres ?… Vous saurez tout sur ce combat acharné en écoutant, dans cette chronique, les deux rédacteurs en chef en parler !

 

A ma droite, le journal de Spirou, fier de ses quelque 80 printemps d’existence, fier de ses gloires incontestables de la bd pour tous : Cauvin, Peyo, Hardy, Franquin, Jijé…
A ma gauche, Fluide Glacial, jeune challenger de 43 hivers, gardant la mémoire de ses créateurs, Gotlib et Alexis, et fier de ses lecteurs adultes ouverts à l’humour provocateur, au sens large du terme.
Premier round : deux magazines, parus en même temps, il y a quelques jours, et dans lesquels quelques dessinateurs se sont glissés insidieusement chez l’ennemi…
Résultat : on retrouve dans Spirou le sublime Masse, le toujours étonnant Goossens, l’iconoclaste Jean Solé… Et dans Fluide Glacial, c’est Munuera qui s’amuse avec Spirou et quelques piranhas, c’est Lucques qui nous dessine une très peu sexy Gastounette Labaffe… entre autres !
Ces deux revues, vous l’aurez compris, sont à lire en « miroir »…
Et on sent, dans ces deux numéros parallèles, une vraie complicité qui dépasse le clivage adultes/enfants. Ces deux magazines se répondent, s’amusent, jouent le jeu, se font membres d’une seule et même famille, en quelque sorte, celle d’une bd d’abord et avant tout ludique. Et complice…

JOURNAL

JOUER LE JEU

 

LECTORATS

 

 

Mais cet affrontement amusé et décalé se doit quand même de se terminer par un combat visible par toutes et tous ! Ce combat aura lieu le samedi 15 septembre, à Bozar, à 18h, et prendra la forme d’un match d’impro-bd… On parle de la présence, sur le ring, de Bercovici, de Munuera, de Chauzy aussi… On attend la mise en place de batteries puissantes de tartes à la crème, peut-être… Y aura-t-il un vainqueur? Oui, sans aucun doute: la bande dessinée, sous toutes ses formes!

MATCH

 

Cela fait quelques années, maintenant, que Bruxelles occupe une place importante dans l’univers du neuvième art, grâce à cette fête de la bd… Une place qui, d’année en année, devient plus complète, devient plus ouverte à des réalités parallèles à la seule bande dessinée…
Qu’elle soit franco-belge ou belgo-française, la bande dessinée aura totalement sa place dans le parc de Bruxelles, en face du Palais Royal, entre le 14 et le 16 septembre, qu’on se le dise !

Jacques Schraûwen

Dickie Au Musée

Le regard d’un gentil iconoclaste sur le « Grand Art »…

Il y a déjà eu « Les Bidochon au musée », des albums à la fois décalés et extrêmement sérieux quant au fond. Il y a aujourd’hui le regard de De Poortere, graphiquement gentillet mais superbement provocateur et déjanté !

 

Dickie©Glénat

Quelles sont les raisons qui nous font sourire ? Qui nous font rire ?

Je pense qu’il y en a autant qu’il y a d’individus. Et que personne ne s’amuse comme quelqu’un d’autre, même si c’est à propos de sujets identiques.

Nul ne pourra jamais définir l’humour, fort heureusement, et c’est peut-être le propre de l’homme d’assumer, dès ce domaine très « visible » finalement, son goût pour la différence, son besoin de se singulariser ou, en tout cas, de se sentir singulier au milieu de mille pluriels…

Et pour le prouver, je vous invite à vous plonger dans ce livre qui revisite quelques artistes mythiques et leurs œuvres immortelles !

Dickie©Glénat

 

Belge néerlandophone, Pieter De Poortere pratique ce qu’on pourrait appeler une « ligne claire » appuyée… Un dessin tout en courbes, des contours extrêmement prononcés tant pour les personnages que pour les décors, un découpage de gags en une page tout à fait classique, tout cela se révèle d’une belle efficacité de lecture, tant il est vrai que cette simplicité pousse le lecteur, en quelque sorte, à voir tout de suite l’ensemble du dessin, et, ensuite, d’y trouver tout aussi vite l’élément perturbateur, celui qui, justement, porte à rire, à sourire… Quant à ses scénarios, muets, ils, vont à l’essentiel, eux aussi, grâce à la gestuelle plus qu’aux expressions.

 

Dickie©Glénat

 

Quant au contenu, au-delà même des « gags », ce livre est extrêmement ludique. Parce chaque planche est consacrée à un tableau, bien précis… Et que tout cela ressemble presque à un jeu de piste qui entraîne le lecteur dans le monde de l’art, mais qui le fait en usant d’un miroir déformant… C’est un peu comme si, avec Dickie, De Poortere nous racontait l’histoire qui se cache derrière des tableaux emblématiques de la grande Histoire de l’Art majuscule. Picasso et Guernica, la Vénus de Milo et sa nudité, Magritte, Hopper ou Man Ray, tous ces artistes et leurs œuvres perdent en sérieux, dans cet album… Mais ils le font avec une sorte de tendresse iconoclaste mais respectueuse qui rend hommage plus qu’il ne détruit. Une manière comme une autre de nous dire qu’il y a mille et une manières de regarder une œuvre d’art, comme il y a mille et une manières de sourire et de rire !

 

Jacques Schraûwen

Dickie Au Musée (auteur : Pieter De Poortere – éditeur : Glénat)

Dickie©Glénat