Les 400 Coups – Certains les font, d’autres les prennent

Les 400 Coups – Certains les font, d’autres les prennent

Je cite à peu près ce que nous dit la quatrième de couverture : « d’anciens élèves livrent leurs souvenirs scolaires, invitent à la réflexion… » ! Est-ce là une promesse tenue ? Analyse rapide…

copyright fluide glacial

Ma première remarque, avant même d’ouvrir les pages de cet album de bandes dessinées, c’est que je ne dois quand même pas être le seul lecteur à en avoir un peu marre de ces thématiques nées d’une mode, d’une actualité ! Ma deuxième remarque, en feuilletant ce livre, est plus positive, elle, face à une pléthore de dessinateurs très différents les uns des autres présents au long des pages de ce bouquin de « souvenirs ». Un album réalisé par plusieurs auteurs permet en effet à tout un chacun d’y trouver de quoi sourire, de quoi rêver, de quoi se souvenir et réfléchir, aussi…

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Se souvenir… Sans réinventer son passé… Sans vouloir à tout prix le faire correspondre, justement, à ces thématiques, parfois idéologiques, qui fleurissent aux quatre coins de tous les médias actuels… Et puis m’est venue, immédiatement, une deuxième interrogation. Comment allais-je pouvoir parler de cet ensemble de souvenances d’école, moi qui n’ai jamais été harcelé, moi qui n’ai jamais subi de contraintes inacceptables sans y réagir ? Moi dont le seul souvenir de harcèlement que j’ai me montre, moi, en « harceleur »… Peu de temps certes, mais ce fut ben le cas à l’aube de mes quatorze printemps… Et n’en déplaise aux penseurs idéologiquement laïques, c’est bien un prof prêtre qui m’a permis de comprendre le con que j’étais en train de devenir !

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Comment aborder ce sujet, donc ?… Eh bien, tout simplement, en donnant mes impressions de lecteur, sans les édulcorer ou les aggraver d’aucune manière ! Ce qui, de petite histoire en petite histoire, me frappe, d’abord, c’est cette volonté commune de pas mal d’auteurs de montrer du doigt les coupables de leurs mauvais souvenirs en les intégrant dans un catholicisme répugnant ! Je tiens à dire que cela fait longtemps que je me définis comme agnostique… L’anticléricalisme militant me déplaît autant que les forcenés de la foi ! Efix, à ce titre, comme Gally et Evemarie, axent trop ouvertement leurs récits dans une forme d’attaque de l’enseignement catholique, ce qui, intellectuellement, les rendent peu crédibles… Pour le reste des auteurs, à l’exclusion de Soulcié dont je ne vois pas ce que sont ses qualités graphiques et scénaristiques, ils réussissent, chacun à sa manière, à parler de qui ils ont été, dans l’élaboration succincte de quelques souvenirs épars de leurs jeunesses. Même si la petite nouvelle dessinée d’Erre, dont j’apprécie pourtant le talent, me semble décevante, j’ai bien aimé Bob, qui porte un regard objectif sur l’enseignement… J’ai bien aimé Bouzard aussi, qui nous montre que la réaction peut être (ou devrait être) possible à tous les harcèlements en milieu scolaire. J’ai énormément aimé James, dont le récit de souvenir est véritablement empreint de vérité, d’objectivité dans la relation d’une souvenance… Dans la réactivité… Dans l’obéissance… Dans le questionnement… Dans ce que furent, pour lui, les rapports entre un enseignant et lui-même… J’ai bien dit UN enseignant…

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La qualité de cet album réside donc, pour moi, dans sa « variété », de témoignages, parfois plus ou moins réinventés malheureusement, et dans les différences évidentes entre les auteurs… Sans avoir été emballé par ce livre, je l’ai cependant lu avec plaisir… Et excusez le vieux con que je suis sans doute, mais cela m’a remis en mémoire ce que je dois, aujourd’hui, à ce qui m’a été offert tout au long d’une scolarité qui m’a appris la tolérance, la curiosité, la réflexion, la culture… Des pôles humains essentiels, dont, malheureusement, je ne vois plus vraiment la trace dans ce que l’enseignement, pour des raisons de basse politique imbécile, est devenu au fil des ans…

Jacques et Josiane Schraûwen

Les 400 Coups (une vingtaine d’auteurs différents – éditeur : Fluide Glacial – août 2026 – 112 pages)

Airborne 44 – Philippe Jarbinet expose à Bruxelles, jusqu’au 31 octobre, dans la galerie Champaka

Airborne 44 – Philippe Jarbinet expose à Bruxelles, jusqu’au 31 octobre, dans la galerie Champaka

Cela fait 17 ans que Philippe Jarbinet nous raconte, à sa manière, la deuxième guerre mondiale… Cela fait 17 ans que son dessin et ses scénarios sont œuvres à la fois de mémoire et de fidélité historique…

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Il y a dans la vie des rencontres qu’on ne peut pas oublier… J’ai cette chance, depuis des années maintenant, de croiser la route d’auteurs dont j’aime les œuvres, et que j’ai découverts humains, merveilleusement humains, tout simplement… Certains sont devenus des amis, beaucoup ont marqué, dans ma petite existence, des jalons importants…

copyright jarbinet

C’est le cas de Philippe Jarbinet… Je me souviens d’une belle journée de presse du côté de Stavelot, en un moment difficile pour moi… Cet homme est un homme de « regard »… Il pose sur la vie, la sienne, celle des gens qui l’entourent, des yeux qui restent toujours lucides, et, en même temps, accueillants. C’est aussi, je pense, la caractéristique de ses albums : il s’y intéresse, de près, à des individus, à des êtres qui ne sont pas des héros et que l’Histoire, la grande Histoire sans cesse répétée, ballote d’horreur en horreur.

copyright jarbinet

Ses scénarios, ainsi, construits en diptyques, n’ont strictement rien de manichéen. Ils ne sont pas non plus l’apologie d’une forme d’héroïsme revenant de plus en plus à la mode en nos tristes jours… Ses scénarios relatent des petites histoires, presque quotidiennes, perdues dans des quotidiens inacceptables, mais survivant par le simple fait de le vouloir… Airborne 44, c’est le récit éclaté de destins à taille d’hommes et de femmes, et il en résulte une forme de réflexion qui, au fil des années, s’aiguise de plus en plus…Une réflexion sur ce qu’est l’être humain, sur ce que nous sommes, toutes et tous, sur ce que sont les réactions que nous pourrions avoir face à l’indicible…

copyright jarbinet

Et son dessin, réaliste, jouant avec les couleurs et les ambiances, faisant frissonner en hiver ses lecteurs, les faisant suer aux étés de ses récits, ce dessin est somptueux… Et une exposition comme celle-ci permet d’en découvrir toutes les évolutions, toutes les réussites, toutes les émotions… Philippe Jarbinet s’expose dans la galerie Champaka, et c’est un événement à ne pas rater !

copyright champaka

Face aux planches et dessins originaux accrochés aux cimaises de cette galerie, j’ai rencontré Philippe Jarbinet… Voici, in extenso, ce que fut notre conversation…

Philippe Jarbinet

Jacques et Josiane Schraûwen

Exposition de Philippe Jarbinet dans la galerie Champaka, 27 rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles. JUSQU’AU 31 OCTOBRE !

Le Chat Président – Une chronique qui parle du Chat, de son dernier opus, de l’humour, en compagnie de PHILIPPE GELUCK

Le Chat Président – Une chronique qui parle du Chat, de son dernier opus, de l’humour, en compagnie de PHILIPPE GELUCK

C’est presque une tradition, le félin caustique de Geluck est de retour sur les étals de toutes les librairies…

copyright casterman rtbf

Philippe Geluck est un dessinateur qui fait, tout compte fait, moins de bande dessinée que du dessin d’humour et d’humeur… On peut ne pas aimer sa manière de faire rire, ou sourire, je le comprends bien, on peut aussi, parfois, estimer qu’il s’essouffle, mais il est un des auteurs belges les plus connus à travers le monde, et j’ai toujours pensé que son humour, décapant, rarement bon enfant, cela faisait du bien à l’âme comme à l’intelligence ! Et je vais vous parler aujourd’hui de cet album, sans digressions inutiles…

copyright casterman

Depuis 1983, date de sa création, le chat a vécu plus de 25 albums…

Et le titre de celui-ci, « Le Chat Président », augure d’un contenu basé sur l’actualité de nos voisins français, c’est assez évident. Mais, malgré tout, ce titre n’est finalement qu’anecdotique, qu’une accroche de marketing pour les lecteurs de l’outre-Quiévrain… Ici, en fait, et c’est d’ailleurs clairement indiqué dès la couverture, il s’agit d’un best of… Un recueil, donc, de gags récents, d’autres anciens, dans un mélange, ma foi, réjouissant…

copyright geluck

Et ce mélange est réussi, il tient parfaitement la route. Parce que Le Chat, c’est une suite de gags, certes, mais c’est aussi, et surtout, une suite de mots d’auteurs, absurdes, surréalistes, provocateurs… On sent chez Geluck qu’il a beaucoup lu et beaucoup aimé des auteurs comme Wilde, Dac, Blanche, Guitry, Allais ! Il y a ainsi des dialogues savoureux, comme ce Chat, couché sur un divan, disant « docteur, je ne suis pas fou », et s’entendant répondre par un homme sur un autre divan « ça tombe bien, je ne suis pas docteur ». J’aime cet absurde qui fait plus sourire que rire, oui… Comme cette espèce d’aphorisme : « Chacun de nous est certes unique. Mais moi, j’ai une particularité que personne d’autre n’a. Je suis le seul à être moi. » Et dire que cela fait 43 ans que ce félin de papier vit ainsi des aventures immobiles et essentiellement littéraires ! Un chat qui s’adresse toujours directement au lecteur… Et je vous propose maintenant, tout simplement, d’écouter in extenso la conversation que nous avons eue, Philippe Geluck et moi…

Jacques et Josiane Schraûwen

Le Chat Président (auteur : Philippe Geluck – éditeur : Casterman – octobre 2026 – 48 pages)

Philippe Geluck au micro de Jacques Schraûwen