En parlant du cul, des fesses plutôt, les Frères Jacques disaient : « s’il n’y en avait pas, on ne serait pas là » ! L’érotisme, depuis toujours, fait partie intégrante et du réel et de l’imaginaire. Ce livre nous le montre… Un ouvrage à ne pas mettre entre toutes les mains.

Dans ce livre, l’image de la femme est, évidemment, particulièrement sexuée ! Comme elle l’est dans une partie essentielle de la peinture, de la littérature aussi… Bien sûr, notre époque ne cultive plus les mêmes regards, mais n’oublions pas Rubens, Picasso, Restif de la Bretonne, Apollinaire, Sternberg… Et souvenons-nous que Jean-Jacques Pauvert, à l’aube des années 80 je pense, avait réuni de manière exceptionnelle une anthologie de la littérature érotique ! Je ne suis pas certain que de tels ouvrages pourraient se retrouver ouvertement sur les étals des libraires de nos jours ! L’Histoire est, on le dit, on s’en rend compte, un éternel recommencement, et Baudelaire comme Verlaine et Rops pourraient en témoigner s’ils revenaient aujourd’hui !

Et donc, dans ce livre, les choses sont claires dès la couverture, dès l’intitulé : on y parle et on y montre des filles de papier, au travers d’un choix subjectif de l’auteur, Nicolas Cartelet. Des filles dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles soient bien dénudées… Et qu’elles conjuguent le verbe aimer du mode érotique jusqu’à la déclinaison pornographique, sans pudeur, avec vice, perversité… Avec, surtout, l’aide de quelques dessinateurs aux talents le plus souvent évidents !
Je ne vais pas ici vous parler de tous les artistes présents dans cet ouvrage. Mais certains sont bien connus de tous les amateurs de bande dessinée, sans aucun doute possible. Gibrat, Serpieri, Zep (comme scénariste), Levis, Manara, Gillon, par exemple ! Le travail de l’auteur de cet album est justement de mettre ces auteurs en évidence, dans la pluralité de leurs formes artistiques, de leurs graphismes, de leurs inspirations.

« La pornographie, c’est l’érotisme des autres », disait André Breton. Une formule qui a fait couler beaucoup d’encre, une citation allant à l’encontre de la morale et de la classification des genres, une forme d’adage attaquant de front les bourgeoisies de la bonne pensée… Une formule qui a ensuite poussé bien des intellos fatigués à expliquer la différence entre érotisme et pornographie, réussissant ainsi à prouver qu’en effet, ce que disait Breton s’adaptait parfaitement à un monde dans lequel les gens bien pouvaient aimer l’érotisme, et les gens moins bien ne pouvaient que goûter à la vulgarité de la pornographie.

Et donc, dans cet album, foin des « genres » et des politesses… Tout érotisme, à un moment ou l’autre, quitte les sentiers bien sages de l’imagination pour pénétrer profondément dans l’univers des fantasmes sans frein… L’érotisme comme la pornographie ont pour but d’exciter l’âme et le corps, sans doute, mais aussi, lorsqu’on parle d’art graphique, de le faire avec une certaine personnalité. Dans ce bouquin, privilège a été donné, c’est un fait, à une bd souvent marginale. On aurait pu aussi, en voulant montrer les femmes les plus désirables de la bd érotique, quitter les routes balisées d’un genre de récit et d’en trouver dans des albums plus sages et cependant hantés, eux aussi, par les méandres de l’érotisme.

Qui sait, cela pourrait faire le sujet d’un second tome !… On y montrerait par exemple Natacha, quelques héroïnes de westerns, comme Comanche, des seconds rôles comme dans les bd classiques et trop classieuses scénarisées par Van Hamme. Mais tout compte fait, s’attarder justement sur les bandes dessinées dites « de seconde zone », c’est également parvenir à en montrer des véritables qualités, à y mettre en évidence des véritables talents, et, ce faisant, de faire preuve de liberté d’expression et de tranquille amoralité.

Et c’est ainsi que Nicolas Cotelet nous fait découvrir quelque 73 héroïnes de papier, délurées bien évidemment, et tout aussi évidemment très actives dans les jeux, variés, pervers, vicieux, poétiques, tendres de l’amour et du hasard. Un panorama d’un genre bd qui a eu ses vraies heures de gloire dans le monde de l’édition, à la fin du vingtième siècle. Il reste quelques éditeurs de ce genre de littérature dessinée, mais ils ne sont vraiment plus très nombreux, dans notre société de plus en plus formatée et de plus en plus frileuse. Et on ne peut, dès lors, que se balader avec un vrai plaisir dans l’univers de ce livre… Chaque « belle fille » a droit à sa présentation écrite, avec noms des auteurs, des revues dans lesquelles elle a été publiée. Chaque « belle fille » a droit à une ou plusieurs pages la montrant en pleine (et lubrique) action.

Le seul regret que je pourrais avoir en refermant ce livre, c’est qu’en rendant hommage à un « genre » de plus en plus décrié, l’auteur fait œuvre d’un certain apriori à son tour… en ne nous montrant que des pin-up, et en oubliant des héroïnes X physiquement « autres », comme « La grenouille » de Jacobsen… Mais je ne boude pas mon plaisir, et je trouve que ce livre mérite vraiment le détour, parce qu’il est, comme je le disais en préambule à cette chronique, extrêmement sensuel, sexuellement érotique, et merveilleusement amoral ! Et, je le répète, à ne pas mettre entre toutes les mains…
Jacques Schraûwen
Les Plus Belles Filles De La BD Érotique (auteur : Nicolas Cartelet – éditeur : Dynamite – novembre 2024 – 302 pages)











