Le Chat Président – Une chronique qui parle du Chat, de son dernier opus, de l’humour, en compagnie de PHILIPPE GELUCK

Le Chat Président – Une chronique qui parle du Chat, de son dernier opus, de l’humour, en compagnie de PHILIPPE GELUCK

C’est presque une tradition, le félin caustique de Geluck est de retour sur les étals de toutes les librairies…

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Philippe Geluck est un dessinateur qui fait, tout compte fait, moins de bande dessinée que du dessin d’humour et d’humeur… On peut ne pas aimer sa manière de faire rire, ou sourire, je le comprends bien, on peut aussi, parfois, estimer qu’il s’essouffle, mais il est un des auteurs belges les plus connus à travers le monde, et j’ai toujours pensé que son humour, décapant, rarement bon enfant, cela faisait du bien à l’âme comme à l’intelligence ! Et je vais vous parler aujourd’hui de cet album, sans digressions inutiles…

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Depuis 1983, date de sa création, le chat a vécu plus de 25 albums…

Et le titre de celui-ci, « Le Chat Président », augure d’un contenu basé sur l’actualité de nos voisins français, c’est assez évident. Mais, malgré tout, ce titre n’est finalement qu’anecdotique, qu’une accroche de marketing pour les lecteurs de l’outre-Quiévrain… Ici, en fait, et c’est d’ailleurs clairement indiqué dès la couverture, il s’agit d’un best of… Un recueil, donc, de gags récents, d’autres anciens, dans un mélange, ma foi, réjouissant…

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Et ce mélange est réussi, il tient parfaitement la route. Parce que Le Chat, c’est une suite de gags, certes, mais c’est aussi, et surtout, une suite de mots d’auteurs, absurdes, surréalistes, provocateurs… On sent chez Geluck qu’il a beaucoup lu et beaucoup aimé des auteurs comme Wilde, Dac, Blanche, Guitry, Allais ! Il y a ainsi des dialogues savoureux, comme ce Chat, couché sur un divan, disant « docteur, je ne suis pas fou », et s’entendant répondre par un homme sur un autre divan « ça tombe bien, je ne suis pas docteur ». J’aime cet absurde qui fait plus sourire que rire, oui… Comme cette espèce d’aphorisme : « Chacun de nous est certes unique. Mais moi, j’ai une particularité que personne d’autre n’a. Je suis le seul à être moi. » Et dire que cela fait 43 ans que ce félin de papier vit ainsi des aventures immobiles et essentiellement littéraires ! Un chat qui s’adresse toujours directement au lecteur… Et je vous propose maintenant, tout simplement, d’écouter in extenso la conversation que nous avons eue, Philippe Geluck et moi…

Jacques et Josiane Schraûwen

Le Chat Président (auteur : Philippe Geluck – éditeur : Casterman – octobre 2026 – 48 pages)

Philippe Geluck au micro de Jacques Schraûwen

Nestor Burma Dans L’île – Le retour du détective qui met le mystère k.o. !

Nestor Burma Dans L’île – Le retour du détective qui met le mystère k.o. !

Jacques Tardi a donné vie et dessin au personnage mythique de Léo Malet. François Ravard, dans ce quatorzième (quinzième?) album, continue une aventure bd exceptionnelle…

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En me tournant vers mon passé, vers mes jeunes années, je pense avoir toujours cultivé, dans mes goûts de lecture, un certain éclectisme, un éclectisme certain, même ! Et je ne parle pas que de la bande dessinée ! J’ai dévoré, pré ado, ado ensuite, des policiers de toutes sortes… Simenon et ses Maigret, Exbrayat, que je me promets de relire un de ces prochains jours, Carter Brown, tellement sexy, Hadley Chase et son sens du destin inarrêtable… Et puis un jour, dans les rayons de la librairie de quartier de mes parents, j’ai découvert (et « emprunté »…) des livres de poche au titre générique des « Nouveaux mystères de Paris »… Immédiatement, l’auteur de cette « série » de polars français, est entré dans ma vie… Léo Malet… L’écrivain noir, bien sûr, mais, ensuite, le poète surréaliste, l’anarchiste militant, l’auteur de livres de cape et d’épée aussi… Et lorsque, des années plus tard, Jacques Tardi a fait de Nestor Burma un des héros les plus essentiels de l’histoire de la bd, ma passion pour cet univers à la fois noir et souriant, à la fois brutal et tendre, m’a encore plus enthousiasmé…

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Cela dit, mes lectures en ces temps lointains (comme aujourd’hui d’ailleurs) étaient celles de la collection Signe de Piste, illustrée par Joubert, de Boris Vian, de Cronin, de Cesbron, de Prévert, de Michaux, de Rimbaud, de Baudelaire, de Béalu, de Prévot… Et tous ces auteurs, étrangement, participaient du même réel : rendre de la vie les éblouissements comme les horreurs, la poésie comme le drame, le rêve comme le désespoir… Et Nestor Burma réunit tout cela, avec un style littéraire incontestable, et Tardi a réussi à perpétuer, grâce à un dessin exceptionnel, la vie de ce détective privé recevant autant de coups sur la cafetière que d’énigmes à résoudre !…

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Depuis plusieurs albums, Jacques Tardi a laissé la place à d’autres artistes… Avec toujours, pour ma part, un identique plaisir de lecteur… Dans cet album-ci, c’est François Ravard qui assure et assume, pour la deuxième fois, la pérennité de Nestor Burma… Ce qui peut paraître étonnant, lorsqu’on connaît cet auteur pour ses albums à l’humour serein, aux aquarelles lumineuses, comme le superbe « Vague d’Amour », que j’ai d’ailleurs chroniqué ici. Mais l’univers de Ravard est fait de poésie, lui aussi, de regard à la fois placide et aigu sur le monde et ses ravages… Et cet univers-là fusionne avec celui de Malet comme de Tardi avec une vraie réussite !

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Cet album nous emmène loin de Paris et de ses mystères, puisqu’il se déroule sur une île bretonne (imaginaire), celle de Men-Bahr… La Bretagne, un pays à part entière dans lequel Ravard comme Burma se baladent avec une sorte de mélancolie sans nostalgie. Et si Burma se rend dans cette île, c’est parce qu’il y est appelé par une ancienne cliente… Une vieille femme qu’il n’a pas le temps de rencontrer avant son enterrement… Il est question d’une lettre jamais reçue, de revues policières, de vieux crimes… Et d’un meurtre, d’un héritage, de chutes dans le cirage pour un Burma toujours attiré par les belles blondes libres et, ma foi, libertines…

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Un scénario touffu, donc, comme d’ailleurs dans toutes les adaptions dessinées de Burma… Mais un traitement qui, par une sorte de magie, reste limpide, de bout en bout… François Ravard privilégie, comme le faisait d’ailleurs Léo Malet dans ses romans, l’ambiance… La complicité avec le lecteur… Le plaisir des digressions… Les faux fuyants et les apparences trompeuses… En me plongeant dans cet album, j’y ai en effet trouvé le souffle de Malet, mais intégré par celui de Ravard… Une fusion, oui, comme ce fut le cas avec Tardi… Et donc, un livre intelligent, agréable, à placer sans retard dans votre bibliothèque…

Jacques et Josiane Schraûwen

Nestor Burma Dans L’île (auteur : François Ravard, d’après Malet et Tardi – éditeur : Casterman – septembre 026 – 88 pages)

Le Dernier Rivage – Un livre sombre signé Jean Dufaux

Le Dernier Rivage – Un livre sombre signé Jean Dufaux

Je suis ici pour parler de bande dessinée… Pour chroniquer des livres, pas pour les « critiquer »… Et certainement pas, ou alors exceptionnellement, pour en alimenter une polémique que, personnellement cependant, je trouve inutile…

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Mais je vous invite cependant, ardemment, à lire la préface de Jean Dufaux, en entrée de cet album… Tout y est dit, simplement, tranquillement… Et j’ajoute que mon épouse a travaillé plusieurs années dans une asbl de réinsertion des prisonniers… Je pense, totalement, humainement, qu’on ne peut pas être contre la peine de mort et, en même temps, contre la réinsertion…

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Cela dit, ce « dernier rivage » est un vrai album de bd ! Il est à inscrire dans la lignée des grands romans noirs américains, ceux de Hadley Chase, de Faulkner aussi, dans la lignée également des films policiers français des années 50/60, ceux de Granger par exemple. On y suit la vie, la fin de vie même, de Julien Chevalier. Un truand retiré des voitures, comme on dit, vivant au Cap Ferret en compagnie d’une femme qui ne réussit pas à lui faire oublier son passé et la mort, il y a bien longtemps, du grand amour de sa vie. Et ce passé qu’il fuit revient soudain à la surface du quotidien, un quotidien qui devient sombre, brutal, mortel… Oscillant alors entre hier et aujourd’hui, le récit devient une sorte de miroir d’une existence, de ses failles, de ses horreurs… Oui, c’est un hommage au polar, une aventure dans laquelle le passé occupe toute la place de la mémoire…

Jean Dufaux : le polar

Le but de tout récit, me semble-t-il, n’est pas ou, en tout cas, ne devrait pas être de porter un jugement… Toute œuvre d’imagination devrait être une porte ouverte vers une réflexion possible. Et c’est ce que Jean Dufaux, même dans ses séries les plus « imaginatives », a toujours fait. Et c’est ce qui fait également, ici, la force de cette histoire noire qu’il nous raconte.

Jean Dufaux : le jugement

Le dessin de Jean-Michel Arroyo, en noir et blanc, usant de la technique du lavis, accompagne parfaitement cette histoire que nous raconte Jean Dufaux. Il ne précède jamais l’ambiance créée par le scénariste, il l’illustre, en quelque sorte, et la complète en y mêlant lumière et obscurité, en une forme de métaphore graphique accompagnant celle du scénario, la continuant parfois…

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On se retrouve ainsi dans une bande dessinée qui, en utilisant les codes qui sont ceux du polar pur et dur, aborde par petites touches les remous d’une existence, de plusieurs existences, avec cette constante des récits de ce genre : l’impossibilité, finalement, pour le héros, ou l’anti-héros, d’échapper à son destin. L’histoire de Julien Chevalier dépasse tout ce qu’elle pourrait avoir d’anecdotique, en nous parlant d’un passé inacceptable, d’un présent qui n’est plus qu’une fuite, d’un futur dont l’ultime étape ne peut être que la mort… Julien Chevalier croyait avoir trouvé le lieu où tout oublier… Il n’y est, en fait, qu’entre deux rivages, toujours en déséquilibre…

Jean Dufaux : entre deux rivages

C’est un livre qui m’a plu… Le scénario, certes, peut sembler « éclaté », mes il reste de bout en bout lisible, grâce entre autre, par le dessin qu’on sent habité par le récit… C’est un album dans lequel la Mer est un personnage, cette mer à chérir pour ses gouffres, comme le disait Baudelaire, cette mer qui laisse glisser ses vagues sur un dernier rivage, y creusant peut-être les sillons d’une rédemption… J’aime ce livre, parce que Jean Dufaux est un grand scénariste, et que toute œuvre d’écriture ne peut être honnête qu’à partir du moment où son auteur y parle de lui… Aussi de lui, ai-je envie de dire… Et Jean Dufaux est un auteur honnête !

Jean Dufaux : le style

Jacques et Josiane Schraûwen

Le dernier rivage (dessin : Jean-Michel Arroyo – scénario : Jean Dufaux – éditeur : Anspach – septembre 2026 – 96 pages)

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