La suite des souvenirs d’une tueuse en série de plus de cent ans ! Le retour de Berthe Gavignol, et de sa cave pleine de cadavres…

Kéramidas continue donc, avec un talent extrêmement personnel, à adapter le roman éponyme de Benoît Philippon. Le premier volume nous plongeait dans la jeunesse rieuse, belle, désirable, de Berthe, dans ses aventures amoureuses, dans une société provinciale qui n’acceptait pas qu’on puise vivre librement quand on était femme… Le premier volume nous montrait cette vieille dame, cette très vieille tueuse, être arrêtée pour avoir tiré sur un homme, et, interrogée par l’inspecteur Ventura, se laisser aller à des confidences pour le moins étonnantes : les deux assassinats dont elle a été l’autrice dans son jeune temps, un mari et un violeur ss…

Dans ce deuxième volume, les services de police, diligentés par l’inspecteur Ventura, découvrent dans la cave de la centenaire bien plus que les deux cadavres qu’elle a avoué y avoir enterrés ! Ce sont sept restes humains qui ont été mis à jour dans ce cimetière intime bien caché ! L’audition de Berthe va donc, au fil de 88 pages, lui permettre d’égrener de nouveaux souvenirs, amoureux, sanglants surtout…

Tout commence, dans ce livre-ci, par un souvenir heureux… Amoureux, oui, et heureux, avec un soldat américain à la peau noire… Une histoire d’amour sans lendemain possible, qui et pour Bethe comme un rayon de soleil et de plaisir dans une vie jusque là plongée dans la violence et le non-amour… Mais ensuite, il y eut d’autres hommes… Et Berthe parle de ses souvenirs comme si de rien n’était, avec un naturel tranquille, à un Ventura empathique sans le vouloir ni le pouvoir ! Le tout dans le cadre d’un vingtième siècle empli des remous d’une société à la recherche d’elle-même…

« Suis-je un monstre ? Non, c’est eux les monstres » nous dit Berthe… Et il est brai qu’au fil de ses confidences, de ses aveux, se dessine un monde dans lequel le racisme, la haine, la guerre, la soumission et la violence quotidiennes sont monnaie courante pour la majorité des femmes… Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : Philippon comme Kéramidas nous dressent deux portraits dans leur œuvre, celui d’une femme et celui d’un monde dans lequel la femme n’avait droit qu’à se perdre dans la masse… Un monde dans lequel Berthe ne parvenait pas à donner la vie mais excellait à donner la mort… Il en résulte une histoire qui est en vérité un mélange très bien construit, à la fois trivial, social, féministe, révolté et révolutionnaire, un mélange de sensations, de sentiments, dé réalités qui fait de cette Mamie Luger une anti-héroïne exceptionnelle !

Et donc, dans ce deuxième tome, après avoir avoué et raconté en détails les meurtres de Lucien et d’un nazi, Berthe nous décrit presque minutieusement l’assassinat de deux autres hommes, de deux autres amants, Luigi et Marcel… On en est à quatre victimes… Il en reste donc trois pour le prochain opus de cette adaptation ! Que j’attends déjà avec impatience !
Jacques et Josiane Schraûwen
Mamie Luger : 2. L’Amour Aux Trousses (auteur : Kéramidas d’après Benoît Philippon – éditeur : Casterman – octobre 2026 – 88 pages)











