Je viens d’apprendre la mort d’un des plus grands dessinateurs bd qui ont jamais existé, Hermann… Un homme que j’ai rencontré bien des fois… Un homme avec lequel j’ai bien souvent parlé, à bâtons rompus, de tout et de rien… Du cancer, aussi, ces derniers temps… De l’art, de Schiele, des livres qu’il avait envie d’encore dessiner… De l’amour et des passions vécues au long d’une existence riche de partages… De son épouse, malade, à qui, me disait-il, il devait tant…
Lors de notre dernière rencontre, à Ath, mon micro a enregistré quelques propos dans lesquels Hermann a longuement parlé de lui, de son métier, de qui il était…
Je n’ai pas encore utilisé ce son… Je ne l’ai même pas encore réécouté… Je ne sais pas pourquoi… Peut-être le trouvais-je trop personnel, trop empli d’une véritable émotion.
Je vais le faire, désormais… Laissez-moi le temps… Parmi les nombreux auteurs de BD que j’ai eu le plaisir de rencontrer, de « véritablement » rencontrer, Hermann m’a fait l’honneur d’être autre chose qu’un interviewé face à un interviewer…
Je suis triste, simplement, aujourd’hui, de ce départ vers des ailleurs dont il n’avait nulle peur… Je n’ai, pour le moment, rien d’autre à ajouter…
Entre fiction et réalité, un trajet de vie se raconte, un auteur se dessine, se devine…
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D’une part, il y a un dessinateur qui raconte une vieille expédition au mont Cervin, une aventure réelle qu’il aménage pour la rendre plus dramatique, plus mélodramatique même. D’autre part, il y a les quotidiens de cet homme, sa compagne, son métier de professeur qu’il est obligé d’abandonner… Il y a également une lettre retrouvée d’un père mort depuis un certain temps déjà, une lettre-testament qui demande à cet auteur, à ce dessinateur, d’aller disperser les cendres de son père au sommet de ce fameux mont Cervin… Et puis, il y a la souvenance de la mort de ce père, suicidé par pendaison…
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Tout cela peut sembler hétéroclite, mais cela réussit à ne pas l’être. Benoit Roels, l’auteur de cet album, nous dit lui-même que cette histoire est vraie à nonante pour cent. Qu’il n’a rien enjolivé… Que la trame de ce récit est la relation simple, et fidèle, d’une part de sa propre existence… Du défi qu’il s’est posé, un jour, en lisant cette lettre-testament de son père, d’obéir à cette demande, et donc d’escalader ce mont mythique ! Un défi, oui, pour un individu qui n’est absolument pas sportif, et qui ne connaît des grandes aventures humaines que ce qu’il en dessine, que ce qu’il en lit.
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A partir de là, à partir de cet axiome important, celui de coller à la réalité, avec ses éblouissements, ses désespérances, ses angoisses, ses réussites, ses délires, son égocentrisme aussi, Benoit Roels ose nous faire son autoportrait, sans auto-flatterie, que du contraire ! Et, ce faisant, il aborde au fil des pages bien des thèmes qui, du singulier, se font généraux… Universels parfois…
Avec une référence rapide au scoutisme, il nous parle de valeurs qui n’ont rien à voir avec quelque morale que ce soit… En parlant de son propre égoïsme, il nous parle de tous nos égoïsmes aussi… Il nous parle des problèmes qu’un couple rencontre en dépit de l’amour, il se met en scène, se remet en scène plutôt, face à la mort, face au suicide, face à l’amitié, face au hasard… Face au poids de la famille, et de ses deuils… Il nous décrit à sa manière, très personnelle, ce que peut être, dans toute existence, « l’impermanence du chaos » !
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Il y a quelques petites incohérences dans le déroulé « temporel » du récit. Mais qui ne gênent pas vraiment… Pour le reste, avec un dessin très lumineux, avec la présence de la montagne et de ses paysages, avec la centralisation d’un personnage central qui est l’auteur lui-même, ce livre qui mêle adroitement différentes époques, mélangeant ainsi par petites touches plusieurs vérités, dont celle de l’imaginaire, Benoît Roels nous raconte une idée obsessionnelle qui devient sa raison d’être, il pratique, grâce à son art, une forme d’autothérapie qui se révèle parfaitement accessible, dans la mesure où, justement, elle dépasse le simple cas particulier…
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Je pense que toute création artistique n’a d’intérêt que lorsqu’elle met à nu quelque chose de son auteur… C’est bien le cas ici, avec un livre qui se lit d’une traite, un livre graphiquement très agréable, un livre qui, j’en suis persuadé, occupe une place essentielle chez son auteur, et une place vibrante chez ses lecteurs ! Avec tous les soleils de la neige comme ligne d’horizon…
Un album jeunesse, une aventure « fantastique », une adolescente et ses pouvoirs…
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Un magasin de fleurs et de plantes… Un homme âgé, barbu, en est le propriétaire. Sa petite fille, Mina, fête ses treize ans. L’âge est venu, pour elle, de devenir apprentie magicienne de son grand-père Maurice, et de découvrir les secrets qui se cachent dans une arrière-boutique du magasin… A treize ans, Mina va se découvrir appartenir à une guilde dont la mission est de protéger des créatures étranges, toutes nées des peurs qui se baladent au quotidien de la vie, aux quotidiens de la cité.
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Seulement, Mina est aussi une adolescente qui vit une normalité tranquille, naturelle… Donc, des émois amoureux, vis-à-vis du beau Clem… Des sentiments de jalousie aussi vis-à-vis de la très jolie Alexis tournant, elle également, autour de Clem… Il va donc lui falloir réussir à allier ces deux axes de son existence. Dans un premier temps, elle va d’abord s‘éblouir en découvrant toutes ces créatures bizarres qui peuplent la cachette à laquelle elle a désormais accès : des Mignoignons, petits êtres légendaires liés à la nature, inoffensifs mais primesautiers… D’autres créatures dangereuses gardées dans des boîtes-mondes recréant leur habitat naturel, idéal en tout cas… Mina est devenue la gardienne d’un monde qu’il faut protéger, parce que, finalement, sans magie, la vie n’existerait pas…
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Mina entend alors son grand-père lui dire qu’elle n’a aucun pouvoir magique… Mais apparaît en pleine rue un oiseau aux ailes de feu, un phénix, un animal qui se nourrit de rumeurs, de ragots, qui les fait enfler en provoquant colères et violences dans la vie normale… Un Gossipi… Un phénix qui n’a rien à voir avec celui de La Fontaine, qui n’a rien à voir avec quelque élite que ce soit… Une créature bizarre dangereuse… Qui va obliger Mina à se poser des questions surs ses propres pouvoirs…
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Je ne vais pas vous raconter la suite, bien entendu ! Mais sachez que Clem va y occuper une place importante, tout comme un autre garçon, blond, insistant pour que Mina accepte ses pouvoirs de magicienne, contre l’avis de son grand-père… Un grand-père immobilisé, par magie aussi… C’est donc une sorte de combat qui s’ouvre devant les pas de la jeune fille : un combat contre quelque chose qui, incontestablement, ne fait pas partie des êtres inoffensifs… Un combat contre son grand-père, également, puisqu’elle veut savoir qui elle est… Un combat pour l’amour, aussi, avec en face à face deux garçons très différents l’un de l’autre. Ce premier tome, ainsi, dans une thématique de magie à la Harry Potter, mais plus sereine, moins en bute à des violences haineuses totales, nous ouvre les portes d’un monde dans lequel, on le devine, bien des irréalités vont être à découvrir !
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Le scénario de Valentina Venegoni est bien construit, même s’il y a parfois quelques raccourcis occupant, en texte, bien de la place… Le dessin, en rondeur, en lumière, n’a rien de très original, mais il est joli, il est parfaitement assumé, et on sent que sa dessinatrice, Ofride, s’amuse en créant des personnages bizarres, et qu’elle en garde pas mal sous le pied (ou la main), on le devine, pour la suite des aventures de Mina ! Un album jeunesse qui promet, sans aucun doute, et qui peut être lu à partir de onze ans, sans problème ! Et avec plaisir…
Jacques et Josiane Schraûwen
Le Bazar Bizarre : 1. Le Gossipi (dessin : Ofride – scénario : Valentina Venegoni – éditeur : Jungle – 56 pages – février 2026)