La Femme-Chat – Jean-Claude Servais et la faune symbolique

La Femme-Chat – Jean-Claude Servais et la faune symbolique

Toutes les mythologies, sans exception, font la part belle aux animaux… A travers elles, religions ou traditions, c’est un peu comme si l’homme, finalement, ne pouvait se définir que par rapport à la faune dont il fait, pourtant, partie totalement…

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Et c’est à ce rapport-là, entre humains et animaux, que le dessinateur belge Jean-Claude Servais s’intéresse depuis quelques albums… Dont celui-ci, après les corbeaux, qui termine son cycle de bandes dessinées intitulé « la faune symbolique ». C’est une bande dessinée gaumaise, issue de cette région entre Ardenne et France, dans laquelle vit Jean-Claude Servais, un des dessinateurs les plus essentiels de notre petite Belgique, une bd qui parle des félins qui depuis très longtemps, vivent aux côtés de l’homme, ces chats qui ont été adorés, qui ont fait peur…

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Il y a chez Jean-Claude Servais une véritable unité dans ce qui construit son œuvre, l’ensemble des albums dont il est le dessinateur et, parfois aussi, souvent même, le scénariste, comme dans cette série « symbolique ». Oui, plusieurs axes sont évidents, thématiquement et graphiquement, dans ses choix, dans ses récits. Il y a la nature, bien sûr, surtout celle de sa Gaume… Il y a les légendes, aussi, celles qui existent, et celles qu’il invente ou réinvente… Il y a l’Histoire, et ses injustices, et ses combats, la grande Histoire et les petites histoires des petites gens… Il y a la femme, forte et révoltée, séduisante et souveraine… Et il y a, évidemment, les animaux !

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Et ce livre-ci mêle tout cela, avec infiniment de talent. Parce que, oui, Jean-Claude Servais est un de ces dessinateurs dont le talent est incontestable, dont les inspirations ne sont jamais lassantes… Avec « La femme-chat », il nous emmène dans un village de Gaume, à quelques kilomètres de Florenville, à quelques pas aussi de sa demeure… Dans ce village, une demeure abandonnée reprend vie, des chats se multiplient, en même temps, et un vieux secret va tuer… Tuer à nouveau, sans doute, au gré d’un temps qui réveille sans cesse les mêmes superstitions… Ou les mêmes vérités cachées ou oubliées…

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Au centre de tout cela, une femme qui se transforme en chat, ou un chat qui se transforme en femme… Cette histoire-là est un peu le fil conducteur de cet album… Mais Jean-Claude Servais, comme dans les autres volumes de cette série de la faune symbolique, prend le temps de découper ce récit en petits chapitres, et de profiter de ces « entractes » pour aborder des tas de thématiques concernant les chats. Il nous parle de l’Egypte, dans laquelle les chats étaient vénérés, les chats noirs, dont la couleur exprimait une réalité positive… Il nous parle de l’Europe et du chat devenant symbole satanique… Il nous parle de Baudelaire pour qui « le chat est l’esprit familier du lieu, il juge, il préside, il inspire toutes choses dans son empire. Peut-être est-il fée, est-il dieu »… Il met en dessins la mère Michel et le compère Lustucru… Il rappelle que, plus que probablement, le chat est le seul animal à avoir domestiqué l’être humain !

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Le dessin de Servais est, comme toujours, d’un réalisme poétique époustouflant, et si cet album se termine sans dessins, c’est que la culture de cet artiste aime à mélanger les genres… Les dernières pages de ce livre sont consacrées à une nouvelle choisie de manière parfaite, « le chat noir », de Edgar Allan Poe, dans une traduction de Baudelaire… La Femme-chat, vous voyez, c’est un album poétique, cruel, passionnant ! Et j’aime cette ombre de Baudelaire qui l’illumine de part en part…

Jacques et Josiane Schraûwen

La Femme-Chat (auteur : Jean Claude Servais – couleurs : Guy Raives – éditeur : Dupuis – octobre 2026 – 80 pages)

Airborne 44 – Philippe Jarbinet expose à Bruxelles, jusqu’au 31 octobre, dans la galerie Champaka

Airborne 44 – Philippe Jarbinet expose à Bruxelles, jusqu’au 31 octobre, dans la galerie Champaka

Cela fait 17 ans que Philippe Jarbinet nous raconte, à sa manière, la deuxième guerre mondiale… Cela fait 17 ans que son dessin et ses scénarios sont œuvres à la fois de mémoire et de fidélité historique…

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Il y a dans la vie des rencontres qu’on ne peut pas oublier… J’ai cette chance, depuis des années maintenant, de croiser la route d’auteurs dont j’aime les œuvres, et que j’ai découverts humains, merveilleusement humains, tout simplement… Certains sont devenus des amis, beaucoup ont marqué, dans ma petite existence, des jalons importants…

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C’est le cas de Philippe Jarbinet… Je me souviens d’une belle journée de presse du côté de Stavelot, en un moment difficile pour moi… Cet homme est un homme de « regard »… Il pose sur la vie, la sienne, celle des gens qui l’entourent, des yeux qui restent toujours lucides, et, en même temps, accueillants. C’est aussi, je pense, la caractéristique de ses albums : il s’y intéresse, de près, à des individus, à des êtres qui ne sont pas des héros et que l’Histoire, la grande Histoire sans cesse répétée, ballote d’horreur en horreur.

copyright jarbinet

Ses scénarios, ainsi, construits en diptyques, n’ont strictement rien de manichéen. Ils ne sont pas non plus l’apologie d’une forme d’héroïsme revenant de plus en plus à la mode en nos tristes jours… Ses scénarios relatent des petites histoires, presque quotidiennes, perdues dans des quotidiens inacceptables, mais survivant par le simple fait de le vouloir… Airborne 44, c’est le récit éclaté de destins à taille d’hommes et de femmes, et il en résulte une forme de réflexion qui, au fil des années, s’aiguise de plus en plus…Une réflexion sur ce qu’est l’être humain, sur ce que nous sommes, toutes et tous, sur ce que sont les réactions que nous pourrions avoir face à l’indicible…

copyright jarbinet

Et son dessin, réaliste, jouant avec les couleurs et les ambiances, faisant frissonner en hiver ses lecteurs, les faisant suer aux étés de ses récits, ce dessin est somptueux… Et une exposition comme celle-ci permet d’en découvrir toutes les évolutions, toutes les réussites, toutes les émotions… Philippe Jarbinet s’expose dans la galerie Champaka, et c’est un événement à ne pas rater !

copyright champaka

Face aux planches et dessins originaux accrochés aux cimaises de cette galerie, j’ai rencontré Philippe Jarbinet… Voici, in extenso, ce que fut notre conversation…

Philippe Jarbinet

Jacques et Josiane Schraûwen

Exposition de Philippe Jarbinet dans la galerie Champaka, 27 rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles. JUSQU’AU 31 OCTOBRE !

Le Chat Président – Une chronique qui parle du Chat, de son dernier opus, de l’humour, en compagnie de PHILIPPE GELUCK

Le Chat Président – Une chronique qui parle du Chat, de son dernier opus, de l’humour, en compagnie de PHILIPPE GELUCK

C’est presque une tradition, le félin caustique de Geluck est de retour sur les étals de toutes les librairies…

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Philippe Geluck est un dessinateur qui fait, tout compte fait, moins de bande dessinée que du dessin d’humour et d’humeur… On peut ne pas aimer sa manière de faire rire, ou sourire, je le comprends bien, on peut aussi, parfois, estimer qu’il s’essouffle, mais il est un des auteurs belges les plus connus à travers le monde, et j’ai toujours pensé que son humour, décapant, rarement bon enfant, cela faisait du bien à l’âme comme à l’intelligence ! Et je vais vous parler aujourd’hui de cet album, sans digressions inutiles…

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Depuis 1983, date de sa création, le chat a vécu plus de 25 albums…

Et le titre de celui-ci, « Le Chat Président », augure d’un contenu basé sur l’actualité de nos voisins français, c’est assez évident. Mais, malgré tout, ce titre n’est finalement qu’anecdotique, qu’une accroche de marketing pour les lecteurs de l’outre-Quiévrain… Ici, en fait, et c’est d’ailleurs clairement indiqué dès la couverture, il s’agit d’un best of… Un recueil, donc, de gags récents, d’autres anciens, dans un mélange, ma foi, réjouissant…

copyright geluck

Et ce mélange est réussi, il tient parfaitement la route. Parce que Le Chat, c’est une suite de gags, certes, mais c’est aussi, et surtout, une suite de mots d’auteurs, absurdes, surréalistes, provocateurs… On sent chez Geluck qu’il a beaucoup lu et beaucoup aimé des auteurs comme Wilde, Dac, Blanche, Guitry, Allais ! Il y a ainsi des dialogues savoureux, comme ce Chat, couché sur un divan, disant « docteur, je ne suis pas fou », et s’entendant répondre par un homme sur un autre divan « ça tombe bien, je ne suis pas docteur ». J’aime cet absurde qui fait plus sourire que rire, oui… Comme cette espèce d’aphorisme : « Chacun de nous est certes unique. Mais moi, j’ai une particularité que personne d’autre n’a. Je suis le seul à être moi. » Et dire que cela fait 43 ans que ce félin de papier vit ainsi des aventures immobiles et essentiellement littéraires ! Un chat qui s’adresse toujours directement au lecteur… Et je vous propose maintenant, tout simplement, d’écouter in extenso la conversation que nous avons eue, Philippe Geluck et moi…

Jacques et Josiane Schraûwen

Le Chat Président (auteur : Philippe Geluck – éditeur : Casterman – octobre 2026 – 48 pages)

Philippe Geluck au micro de Jacques Schraûwen