Les Enfants perchés de la Révolution – 3. Dans la Bastille

Les Enfants perchés de la Révolution – 3. Dans la Bastille

Revoici Michel, Charlotte et ses enfants perchés sur les toits de Paris… Une série qui, d’album en album, tient toutes ses promesses !

copyright casterman

Dans une histoire qui met en scène des enfants confrontés à la guerre, quelle qu’en soit la forme, il n’est pas évident, vu la pléthore d’albums bd abordant ce sujet, de se démarquer. Jean-Sébastien Bordas, l’auteur complet de ce livre, y parvient avec un style, dans le dessin comme dans le texte, souple, souriant, endiablé, humoristique et sans temps mort…

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Avec aussi un humour sans frein qui, au-delà de la caricature, nous fait sourire d’événements qui, pourtant, n’ont rien d’amusant… Une des constantes des (bons) livres qui nous parlent d’enfants perdus dans la grande Histoire, c’est de nous les montrer, non pas inconscients, mais acteurs, d’abord et avant tout, de leur propre histoire… C’est bien le cas dans ce troisième volume d’une série particulièrement réussie. La guerre (la révolution française ici) ne sont-ils pas, finalement, pour les Lulus comme pour les Enfants perchés, après la peur, l’occasion de vivre l’Aventure, avec un A majuscule… Mais une aventure à leur seule hauteur… A hauteur d’enfance, oui…

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Et nous retrouvons donc Michel, un gamin de onze ans curieux de tout ce qui est technique nouvelle. Nous retrouvons Charlotte, voleuse de haut vol, du même âge que Michel. Elle ne fait pas partie des privilégiés de la vie, tout comme sa « bande » qui vit sur les toits de Paris, dans un refuge secret.

Charlotte est libre comme le vent, sans morale, Michel rêve d’engins à inventer.

Et le père de Michel, en une époque de remous sociaux et politiques, de révoltes se faisant peu à peu révolution, disparaît… Après s’être enfui d’un orphelinat, Michel rencontre Charlotte… Et c’est avec elle et sa bande qu’il va tenter de retrouver son père.

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Dans l’album précédent, ils pensent que ce père a été emprisonné à la Bastille… Et donc, ils décident, tout simplement, de forcer les portes de cette prison parisienne pour aller le libérer ! Pour ce faire, ils se construisent une montgolfière, et parviennent à pénétrer, « par en haut », dans cette forteresse dite imprenable. Seulement, la date de cette expédition n’est pas n’importe laquelle… Nous sommes le 14 juillet 1789 !…

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Et donc, dans la rue, les révoltés ne demandent plus de pain, ils demandent que le gouverneur de la Bastille leur donne la poudre entreposée dans ce bâtiment… La grande Histoire rejoint l’aventure de quelques gamins… Quelques gamins qui, dans les couloirs de cette prison, cherchent le père de Michel, font des rencontres étonnantes avec des prisonniers, dont un sombre personnage qui fait penser au divin marquis de Sade… Et tout l’album, dès lors, se construit autour de plusieurs axes. La Révolution et sa marche inarrêtable… Le gouverneur de la Bastille et sa volonté de tout faire sauter… Les soldats du roi prenant parti pour les révolutionnaires… Des gardiens, dans la Bastille, soucieux surtout de leur tranquillité… Et ces enfants qui cherchent sans trouver…

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C’est vrai qu’il y a quelques anachronismes, bien savoureux d’ailleurs, dans les dialogues, par exemple, dans ce prisonnier sadien également, qui n’était déjà plus, ce 14 juillet, enfermé à la Bastille, si je ne m’abuse… Mais la base historique est extrêmement bien rendue, bien illustrée. Bordas nous fait entrer pleinement dans un Paris disparu, et la façon qu’il a, à la fois, de dessiner et de coloriser, rend cet album extrêmement vivant… Et j’attends la suite parce que ces mômes parisiens d’un siècle pivot dans l’Histoire de France, sont, ma foi, des personnages attachants, variés… Des vrais petits héros qu’on ne peut, à mon avis, qu‘avoir envie de continuer à découvrir…

Jacques et Josiane Schraûwen

Les Enfants perchés de la Révolution – 3. Dans la Bastille (auteur : Bordas – éditeur : Casterman – janvier 2026 – 64 pages)

Les foot maniacs : tome 24

Les foot maniacs : tome 24

De la bd gentillette et d’actualité…

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De la bd dans l’air du temps… Un album consacré, vous n’en serez pas surpris, au football ! Nous sommes en pleine coupe du monde, il était normal, donc, de parler ici, en quelques lignes, d’un album qui parle de foot, surtout, par le petit bout de la lorgnette, celui d’un humour bon enfant, potache, sans d’autre ambition que de faire passer un peu de bon temps entre deux mi-temps par exemple. Et nous en sommes au 24ème tome de cette série ! L’éditeur Bamboo aime ce genre de livres nous montrant un métier, un sport, une catégorie de gens, d’animaux, toujours par le biais du sourire, celui de l’humour…

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On peut parler de bd « tout-venant » parlant de catégories humaines très variées… Il y a les profs, les blagues à toto, la vie au zoo, la mythologie, l’équitation, etc. Et, donc, le foot ! Toutes ces séries utilisent le même canevas, des gags d’une page, un dessin souple, des couleurs très présentes, des personnages bien typés, et des « vannes » toujours sans méchanceté ! De quoi amuser un lectorat jeune, mais pas seulement… Parce qu’il s’agit quand même de caricatures sympas et parfois très justes… Celles des supporters… Celles des joueurs qui rêvent d’être stars…

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Et puis, coupe du monde oblige, donc, on y parle un peu de la coupe du monde ! Avec tous les proches du football club Palajoy qui vont suivre de près cette coupe du monde… Buts ratés, tacles loupés, blessés imaginaires… Tout y est. Même, comme l’annonce un petit autocollant en couverture, un rêve à réaliser : « album remboursé si la Belgique bat la France » ! A vérifier, on ne sait jamais, en allant voir sur le site de cet éditeur. Cela dit, il y a peu de chance que cela arrive, au vu de la piètre prestation des « diables », au vu de l’adulation imbécile offerte à « saint Lukaku » (je n’invente rien, ce sont des propos « sanctifiés » dits, stupidement et en outre erronément, par un commentateur sportif !) !

Jacques et Josiane Schraûwen

Les foot maniacs 24 – dessin : Saive – scénario : Sti – éditeur : Bamboo – 2026 – 48 pages)

Le Cabaret Voltaire – une aventure littéraire essentielle du début du vingtième siècle

Le Cabaret Voltaire – une aventure littéraire essentielle du début du vingtième siècle

Cet album est, à l’image des livres dûs au scénariste José-Louis Bocquet, un portrait… Mais pas celui d’un seul personnage comme Alice Guy ou Kiki de Montparnasse ! Ici, c’est à un « mouvement » qu’il consacre son talent…

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La gageure était évidente… Quand on parle de mouvements artistiques et littéraires du vingtième siècle, c’est surtout le surréalisme qui vient à la mémoire, de manière immédiate. Mais dans le monde de l’art et la culture, toutes les évolutions, toutes les révolutions ne naissent pas spontanément ! Pour que le surréalisme existe, il a fallu que la mouvement Dadaïste existe d’abord… Et pour que Dada existe, il a fallu, auparavant, des poètes comme Rimbaud, comme Villon, des écrivains comme Lautréamont. Et ce n’est donc pas un hasard si ce livre-ci, nous contant l’histoire du dadaïsme, commence par un poème de Rimbaud, justement !

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« Tandis que les crachats rouges de la mitraille

Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;

Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,

Croulent les bataillons en masse dans le feu… »

Un poème dit, sur scène, en novembre 1914, à Berlin… Quatre mois après le début d’un conflit d’une horreur démesurée… La femme qui dit ce texte du poète français, c’est Emmy Hennings, une chanteuse et comédienne qui a découvert à Paris les cabarets de Montmartre, et qui en retrouve quelque peu l’âme à Berlin… Avec Hugo Ball, avec qui elle va vivre au long des années une relation amoureuse, Hugo Ball, anti-guerre, qui va devenir un pivot dans la création du mouvement dada !

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A partir de ce poème rimbaldien, le livre, peu à peu, se construit comme une distribution de rôles au théâtre… Ce sont des chapitres qui s’ouvrent, qui nous font entrer dans l’intimité, parfois, dans la vie sociale surtout, de tous les personnages qui, au fil du temps, ont fait de Dada ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui un phénomène de société. Ces « acteurs » de l’histoire littéraire et artistique en marche furent nombreux, issus de bien des horizons différents, politiques, artistiques, des horizons parfois opposés. Mais tous ne sont pas présents dans ce livre… On n’y trouve pas Picabia, par exemple. La raison en est simple : le récit de cet album suit, essentiellement, une période de quatre mois, à Zurich, en 1916.

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Une période pendant laquelle les bases du dadaïsme ont été posées dans un cabaret créé par ces artistes frondeurs, un cabaret qu’ils ont appelé du nom d’un autre révolté : « le cabaret Voltaire ». Tous ces artistes estiment, mais chacun à sa manière, qu’à la base de tout, donc de leurs démarches plurielles, il y a l’abstraction. Et puisqu’il n’y a plus de langage à respecter, il faut le réinventer, et ce dans tous les domaines de l’expression artistique. Les collages picturaux comme les collages de mots, comme la création de poèmes « onomatopoétiques »… Comme l’intrusion dans le spectacle d’une grosse caisse tonitruante… Le scénario de Bocquet est, comme à son habitude, extrêmement fouillé. Le dessin de Kent accompagne ce récit multiforme avec une simplicité tranquille, avec des envolées graphiques, aussi, de temps à autre, qui font presque résonner les pages d’une musique de mots et de sons.

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La mouvement dada n’a pas existé bien longtemps… Mais il a accompagné, de loin, des artistes comme Modigliani, Picasso, il a croisé la route de Lénine… Dada, ce fut un monde d’adultes en révoltes adolescentes, avec des modèles fugitifs, Rimbaud, Villon, bien plus que Lamartine et Baudelaire… Dada, ce fut celuide Tristan Tzara, dont le nom reste le symbole de cette approche, éphémère mais essentielle, de l’art, de ce qu’il peut être, de ce qu’il doit devenir…Dada, ce fut le creuset du surréalisme, aussi… Et ce livre foisonne de personnages historiques, il nous les montre tels qu’ils ont été, des humains conscients de faire quelque chose, non pas d’important, mais de différent, et, ce faisant, de donner un sens à leurs existences.

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C’est, je l’ai dit, un livre « littéraire », un livre « intellectuel ». Intelligent, plutôt… Cela se lit avec le plaisir d’un amoureux de la culture… Cela rappelle des souvenirs d’école, peut-être, cela surtout raconte une épopée qui a, bien au-delà de sa propre existence, influencé des révoltes de toutes sortes ! Et le moment n’est-il pas bien choisi, dans notre monde où seul le fric donne de plus en plus souvent de la valeur à une œuvre d’art, pour rappeler que la culture, oui, se doit d’être révoltée ?

Je tiens à souligner que se livre se complète d’un dossier qui raconte la vie de tous les personnages croisés au fil des pages… Un dossier qui donne l’envie, en le lisant, de relire l’album… Et qui résume les existences d’artistes qui ont marqué, chacun à sa manière, l’histoire du vingtième siècle !

Jacques et Josiane Schraûwen

Le Cabaret Voltaire (dessin : Kent – scénario : José-Louis Bocquet – éditeur : Delcourt – mai 2026 – 224 pages)