Il avait 78 ans. Il avait au bout des doigts la jeunesse d’un talent de scénariste, d’un amoureux des mots agencés avec minutie… Les récits qui sont nés de son imaginaire montrent, depuis toujours, l’éclectisme total de ses intérêts. Il a pu ainsi, créer, avec le commissaire Raffini, un personnage à la fois très fidèle aux codes du roman policier à la Simenon, en y ajoutant des touches de désespérance, de fantastique, de plongée aussi dans des enquêtes révélatrices du monde dans lequel nous vivons. La dernière de ces enquêtes est parue il y a peu, et je l’avais chroniquée avec plaisir…

Dans sa carrière, je le disais, Rodolphe a partagé ses imaginaires avec énormément de grands dessinateurs, des imaginaires très variés… Il a ainsi scénarisé de l’heroic fantasy, avec Taï Dor. Il a scénarisé pour Marc-Renier l’étrange et sombre Melmoth… Il a également collaboré avec Hermann pour un Comanche, avec Dany pour Arlequin, en y réinventant un peu ce personnage caricatural que Van Hamme avait créé.

Travailleur infatigable, je pense que tous les éditeurs de bandes dessinées ont dans leur catalogue au moins un livre signé de sa main. Chez Delcourt, par exemple, il a scénarisé il y a une bonne année un album qu’on peut appeler jeune public et parlant du réchauffement climatique : Le pays de l’eau qui monte… Un vrai petit chef d’oeuvre!

Cela dit, Rodolphe a toujours été passionné par la déraison… Le déraisonnable, plutôt… Ce fantastique à la belge, à la Jean Ray, à la Gérard Prévot, qui voit s’ouvrir dans un quotidien banal des failles qui mènent vers des ailleurs, réels ou rêvés… Ce fut le cas, récemment, avec le superbe « rêve de pierre », paru chez Mosquito.

Touche à tout extraordinairement doué, grâce à une culture littéraire que je ne retrouve aussi essentielle que chez Jean Dufaux, Rodolphe, c’était aussi un compagnon de route pour bien des dessinateurs, comme Georges Van Linthout, dont un album de Bian Bones est sorti de presse il y a peu chez Paquet.

Rodolphe, c’était une voix, une voix de basse profonde, musicale… Un artiste qui faisait de chaque interview un vrai moment d’échange, loin des clichés, un moment pendant lequel, tranquillement, il partageait ses passions… Sa passion de la vie, comme dans cette chronique que j‘ai consacrée à un extraordinaire album paru chez Daniel Maghen, « écoute s’il pleut » ! (suivez le lien)
Le scénariste Rodolphe était, oui, un raconteur d’histoires… Mais un raconteur que toutes les histoires inspiraient, un raconteur capable de parler de Hugo comme de fantômes cruels… C’était, tout simplement, un grand, très grand nom du neuvième art, et ses albums les plus récents, parus chez Anspach, en sont encore la preuve…
Jacques et Josiane Schraûwen
Pour découvrir quelques albums de Rodolphe, suivez les liens
La poupée sans tête – Le pays de l’eau qui monte – Le rêve de pierre – Mustang – Victor Hugo















