Pico Bogue : 13. Sur Le Chemin

Je commence à rattraper mon retard de lecture(s). Il était temps, me direz-vous, et sans doute aurez-vous raison ! Voici donc mes mots concernant l’extraordinaire Pico Bogue, une des meilleures séries qui soit !

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Nous sommes toutes et tous des êtres de mémoire, des porteurs de souvenances.

Et je n’oublierai jamais la première rencontre que j’ai vécue avec Dominique Roques et Alexis Dormal, il y a bien longtemps déjà. Cela s’est vécu à la maison communale de Saint-Gilles, à Bruxelles, pour un petit salon bd… A une table, en attente de passants en mal de dédicaces, ils étaient là, tranquilles, souriants, devant leur livre, que je ne connaissais pas. Que nous ne connaissions pas, mon épouse et moi, puisque nous étions deux, ce jour-là comme chaque jour de notre éphémère existence.

Et c’est Josiane, mon épouse, qui a feuilleté le livre et m’a dit qu’il fallait l’acheter.

Chose faite… Lecture, le soir même, à deux… Eblouissement fait de références, certes, mais aussi d’un ton très particulier, très personnel. Et, depuis lors, Pico Bogue nous a été, m’est à moi seul désormais, un compagnon fidèle d’humour, d’intelligence, de tendresse et de réflexion.

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Je me souviens aussi d’avoir chroniqué ce premier album surs le site de la RTBF où je travaillais, et d’avoir eu des messages assassins de la part de la « patronne » culturelle de ce site… Cette femme aux compétences fonctionnarisées, que je me refuse de nommer, estimait que Pico Bogue ne méritait pas qu’on en parle, que ce n’était qu’une imitation de ce qui était déjà existant, et que cette série, à l’en croire, serait vite terminée !

N’en déplaise à cette visionnaire éclairée, Pico Bogue existe toujours, il en est, dans sa série principale, à sa treizième apparition ! Et j’en suis toujours aussi fan, comme des milliers et des milliers de lecteurs, d’ailleurs ! Fan n’est pas un mot qui plairait à ce gamin déluré et amoureux de la langue… Aucun fanatisme, non, mais le plaisir, simplement, d’album en album, de voir évoluer cet enfant qui réussit à vivre son enfance dans un monde terriblement adulte.

Je vous invite donc à suivre le chemin de Pico, en ma compagnie, si vous le voulez bien.

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Avec Pico Bogue, quels que soient les chemins qu’il emprunte, ce sont toujours les mots qui sont les vecteurs de la pensée, la sienne, et, dès lors, la nôtre.

Si nous rêvons, toutes et tous, en images, nous pensons et nous réfléchissons, chacun et chacune, en mots, en phrases. Et Pico, comme ses compagnons de jeu, de famille, de hasard, ne rêvent pas leur présent. Ils le vivent, ils le réfléchissent, il s’en jouent, ils en rient.

J’ai déjà, auparavant, souligné le cousinage entre Pico Bogue, le Petit Nicolas, Mafalda ou les Peanuts. Mais il y a une différence fondamentale entre tous ces « enfants » de papier. Pico est et reste un enfant, tout comme sa sœur Ana Ana, qui a bien grandi, comme tous ses copains de classe qui, discutant au sujet d’un exposé scolaire sur a violence, gardent sur cette réalité un regard à la fois direct et décalé. Le regard de l’enfance, oui… Avec ce plaisir élémentaire de se parler e de ne jamais le faire pour ne rien dire.

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Et donc, sur le chemin de Pico, le nôtre, la vraie vie apparaît, avec ses dérives, ses rires, ses horreurs.

Dans un album précédent, les thèmes de la maladie, de la mort même, ont été abordés avec une vraie tendresse lucide. Avec surtout, de la part des auteurs, un intérêt humaniste à une vérité que le monde adulte ne cesse de nier : les enfants se posent de questions ! Et, ma foi, ils sont souvent capables d’y trouver les bonnes réponses !

C’est encore le cas dans ce livre dont le propos principal est celui de la violence. Celle qui commence dans les cours de récréation et devient universelle… Mais on y parle aussi d’argent qui n’a de valeur que partagé… On y parle de conscience… Du monde animal et du respect de la vie…

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Pico Bogue, c’est un ton, graphique et littéraire, unique.

C’est la puissance tranquille de la spontanéité, de l’observation, et, surtout peut-être, c’est la liberté, celle de penser, celle de dire, celle de ruer dans les brancards. Mais toujours, toujours, avec un humour et une dérision extraordinaires !

Jacques et Josiane Schraûwen

Pico Bogue : 13. Sur Le Chemin (dessin : Alexis Dormal – scénario : Dominique Roques – éditeur : Dargaud – septembre 2021 – 48 pages)

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