Un été loin des hommes

Un livre dans lequel on parle de vie, de mort, d’amour, de souvenances, d’identité…

copyright dargaud

Thomas Campi et un dessinateur pour lequel j’ai une vraie tendresse… Son dessin ne cherche jamais à briller, mais à accompagner des histoires qui parlent bien plus au cœur qu’à la raison. « Macaroni », ou « Magritte », deux albums que j’ai chroniqués en leur temps sur l’antenne de la rtbf, sont par exemple des bijoux de poésie, d’intelligence, d’observation sereine de la vie et de ses tourments… Campi aime les personnages qui jaillissent de sa plume, et il choisit toujours des scénarios qui à la fois parlent de ses propres univers et à la fois lui ouvrent des nouvelles palettes graphiques.

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Le scénario de cette bd-ci est signé de deux femmes, Fabienne Blanchut et Catherine Locandro. C’est un scénario extrêmement bien construit, à petites touches, un scénario sensuel dans la mesure où il raconte des sensations plus que des gestes… Un scénario qui montre, sans excès, l’importance, dans toute existence, du hasard, de ses opportunités, de ses colères, de ses désespérances, de ses éblouissements aussi.

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Nous sommes en 2022. Frédérique a 47 ans. Elle se rend à Nice, pour y retrouver son père et l’aider à organiser les funérailles de sa mère, pour le soutenir. Dans cet appartement familial, face à un père qui perd pied, Frédérique se veut efficace, d’abord et avant tout. Mais c’est en faisant un choix parmi les photos qui serviront au moment des funérailles que Frédérique va soudain voir se restaurer en elle la mémoire d’un été, en 1985, sous le soleil de Corse… Un été de vacances vécu essentiellement entre femmes.

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Un « drôle » d’été… Celui de la découverte par Frédérique, adolescente de 12 ans, d’un monde adulte qui peut faire souffrir… D’un père qui quitte le lieu des vacances pour des raisons professionnelles… Des raisons que Frédérique voit sa mère ne pas croire… Cette ado va, sans le comprendre, assister ainsi à une crise de couple grave… Elle va aussi s’affirmer face à ses cousines, un peu sauvage, n’aimant pas vraiment la plage, ni les jeux d’enfant de son âge, préférant la lecture, la solitude… Et, ainsi, se découvrir elle-même, intimement, en même temps qu’elle découvre que l’enfance n’a plus rien d’insouciant…

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Les deuils, ainsi, éveillent des passés que le temps a estompés. On ne fait pas son deuil, n’en déplaise aux psys omnipotents, on est en deuil, tout simplement. On ne refait pas sa vie, on la continue, c’est tout. Mais le deuil permet aussi de retrouver des liens entre hier et aujourd’hui, des liens qui, pour ténus qu’ils aient pu avoir l’air « avant », se révèlent comme des jalons essentiels dans sa propre histoire. A Nice, c’est tout cela que Frédérique va découvrir, comprendre, comprenant aussi l’Amour que ses parents ont vécu, envers et contre tout, envers et contre tous les aléas de la vie, de l’habitude. Frédérique se souvient, sans rien réinventer de ce qui fut, de cet été vécu essentiellement entre femmes, de cet ensoleillement de l’âme qui lui a fait découvrir qui elle était.. Qui elle est, là, à Nice, préparant un enterrement et attendant que la rejoigne sa compagne…

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On lit cet album, on le regarde, en prenant son temps. La bande dessinée est un art délicat et essentiel quand elle réussit, comme ici, à parler de deuil, d’amour, de différence, de sexualité, de regards d’enfance qui soudain deviennent des yeux d’adulte ouverts sur les mille réalités d’un temps qui passe et s’efface, et nous efface… Je le disais, cette bande dessinée est un vrai petit bijou, humain, superbement humain !… A ne rater sous aucun prétexte!

Jacques et Josiane Schraûwen

Un été loin des hommes (dessin : Thomas Campi – scénario : Fabienne Blanchut et Catherine Locandro – éditeur : Dargaud – mars 2026 – 133 pages)

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