Et j’ai envie de dire : un beau dessin pour pas grand-chose !
Trois petites histoires font tout le contenu de ce petit livre pas cher, souple, tranquille.
Trois petites histoires qui mettent en scène, à Lutèce, Idéfix et quelques animaux opposés au pouvoir absolu de Rome. Il y a un molosse, une chienne toujours distraite, une chatte réfléchie, un hibou qui se prend pour un druide, et un pigeon continuellement affamé. Il y a aussi, bien sûr, des méchants : les chiens policiers aux ordres des Romains et d’une chatte qui ne rêve que de retourner à Rome avec son maître.
Les dessins, je le disais, sont d’une exemplaire fidélité à ceux d’Uderzo. J. Bastide et P. Fenech connaissent leur boulot et, usant d’un découpage tout ce qu’il y a de classique, donnent vie et mouvement à leurs personnages, à tous leurs personnages.
Les scénarios, dus à M. Choquet, Y. Coulon et J. Erbin, sont classiques, eux aussi. Ils se veulent humoristiques, le sont parfois, mais, le plus souvent, tombent quelque peu à plat. Il y a chez ces scénaristes la volonté, sans doute, de ne pas trahir l’œuvre originelle… Mais cette volonté, très vite, rend mièvre le contenu de ces historiettes, mièvre, oui, et, pire, convenu !
Cet album est donc une curiosité que les collectionneurs et fans d’Astérix apprécieront, à mon avis, moyennement. En se demandant, entre autres, pourquoi Idéfix se retrouve à Lutèce, et y croise même Abraracourcix et sa tendre épouse !
Pour les autres, ce livre me semble assez superflu, et répond surtout à des besoins éditoriaux mercantiles !
Jacques Schraûwen
Idéfix et les Irréductibles – Pas de quartier pour le latin ! (dessin : J. Bastide et P. Fenech – scénario : M. Choquet, Y. Coulon et J. Erbin – éditeur : Editions Albert René – 68 pages – juin 2021)
Le sujet de ce livre, premier tome d’une série de trois albums, est très à la mode, que ce soit aux Etats-Unis, pays de Lucy Knisley, auteure des aventures quotidiennes de Jen, ou dans notre vieille Europe : le retour à la terre…
Le résumé est simple. Les parents de Jen se séparent, et sa mère décide de suivre son nouvel amour à la campagne, pour y cultiver légumes et fleurs et gagner sa vie en vendant les produits de son travail sur le marché.
Et Jen, bien évidemment, gamine à l’orée de l’adolescence, est obligée de la suivre, de quitter le monde qui était le sien, celui de la cité, pour se voir imposer un univers dans lequel elle perd tous ses points de repère : plus d’amis, plus de librairies où feuilleter et acheter des livres, des bandes dessinées. Rien qu’un poulailler dont elle doit s’occuper, rien que l’obligation de se faire vendeuse au marché du village, rien que le travail de la terre…
Et puis, les week-end, Jen voit débarquer les enfants du compagnon de sa mère… Une petite fille quelque peu pleurnicharde et une autre fille de son âge, Andy, prétentieuse, sûre d’elle. Et c’est à partir de cette rencontre à laquelle elle ne peut échapper que Jen va découvrir les affres d’une famille recomposée…
Il y a des larmes, des colères, il y a l’attitude du beau-père qui manque, pour le moins, de finesse et de compréhension.
Il y a la vie, tout simplement… Et le besoin, pour faire plus que survivre, pour ne pas s’enfouir dans la peine et ses gouffres, de se laisser apprivoiser, et d’apprivoiser l’autre en même temps.
Tous les adultes, au travers de cette fable plus ou moins écologique, reconnaîtront leurs propres angoisses enfantines, et ces mélanges de chaque jour, en enfance, mélanges étranges et essentiels de sentiments et de sensations qui forgent, peu à peu, une existence empreinte de personnalité.
Ce livre est tendre. Il nous parle de l’attitude des adultes qui oublient leur propre enfance. Il nous parle du contact nécessaire et enrichissant avec la nature, certes, mais surtout avec d’autres personnes, d’autres vérités, d’autres habitudes. Il nous parle d’une famille qui n’est jamais toute rose ni toute sombre. Il nous parle de l’apprentissage de la tolérance. Il nous montre aussi, surtout même, le regard de l’enfance sur les adultes dont ils dépendent. Et il nous montre la réalité de la complicité entre enfants ballotés par les aléas de la vie de leurs parents…
Ce livre, inspiré de ce qu’a vécu l’auteure, est d’une justesse de ton parfaite. Le dessin est simple, sans être simpliste, et laisse toute la place, graphiquement, à la représentation des émotions et des sentiments d’une gamine à la recherche d’elle-même, comme le sont tous les enfants dans toutes les communautés humaines !
Un très joli livre à offrir à vos enfants, petits-enfants, un livre qui n’a rien de militant, ni de caricatural…
Jacques Schraûwen
La Ferme Petit Pois – 1. La Nouvelle Vie de Jen (auteure : Lucy Knisley – éditeur : Gallimard – 216 pages – janvier 2021)
Trois petits livres politiquement incorrects, et un album pour jeune public !
Un humour « bête et méchant » assumé, un humour « d’observation » dans lequel chacun se reconnaîtra, un humour « gris » au trait enfantin, et un humour » bon enfant » pour les enfants et leurs parents : de quoi passer de bons moments !
Les « seniors » (doux euphémisme…) sont à la mode depuis les époustouflants « Vieux Fourneaux ». On pourrait croire donc, en voyant le dessin de Julien Flamand, un graphisme souple, expressif, humoristique, qu’on se retrouve ici dans une histoire parallèle à celle de Cauuet et Lupano. Mais il n’en est rien ! Dans les vieux fourneaux, certes, les personnages ont tous, ou presque, une part d’ombre, de méchanceté même. Avec Anatole et Léontine, la méchanceté est la caractéristique première de ces personnages, et la part de tendresse existe au minimum !
Ces deux anti-héros se côtoient et se haïssent dans un home pour personnages âgées. Ils sont d’une méchanceté exemplaire, ils n’ont aucun respect pour leurs « collègues » de fin de vie.
On pourrait parler d’humour potache, mais il s’agit de bien plus, d’une façon de nous montrer qu’être vieux ou jeune, finalement, c’est une même vérité : il y a des bons et des méchants, il y a des cons et des génies, il y a ces crapules et des victimes… Et on peut même dire que pour le scénariste Lapuss’, il y a un vrai plaisir à la « Hara Kiri » dans la construction, en quelques dessins, de moments horribles vécus entre ses vieillards, des moments qui, parfois, se terminent de façon définitive !
Oui, c’est de l’humour bête et méchant, comme dans la bonne époque de Hara Kiri, et c’est servi clé sur porte par le dessin de Julien Flamand dont l’efficacité naît de la distorsion entre le trait et ce que dit le texte !
Au Grand Magasin
(dessin : auteurs : Marco Paulo & Bultreys – éditeur : Kennes – 62 pages – janvier 2021)
Avec des gags en quatre dessins, en noir et blanc, entrez dans l’univers impitoyable des « courses » en grand magasin ! Un grand magasin, ce lieu de confinement obligatoire si on veut survivre pendant plusieurs jours, cet endroit de corvée hebdomadaire, c’est un microcosme évident de tout ce qui constitue la société. Il suffit de se vouloir observateur, dans les rayonnages, dans le parking, dans les files aux caisses.
Les auteurs de ce petit livre sont observateurs, et ils nous restituent, avec un humour grinçant mais marqué du sceau de la vérité, ce que sont les petites haines au jour le jour, les incivilités, les moments de drague, les colères et les résignations. Et avec tout cela, on rajoute une jolie histoire d’amour qui, bien évidemment, ne peut que se terminer en eau de boudin, même si ce n’est pas au rayon boucherie !
Amusant, comme un miroir à peine déformant de nos propres attitudes dans un grand magasin !
Ne vous fiez pas au format ni au dessin qui, immédiatement, font penser à un livre pour enfants ! C’est un livre pour enfants, oui, mais qui ont grandi, et qui s’assument quelque peu pervers ! Même si, tout compte fait, les enfants peuvent franchement s’amuser, eux aussi, devant les aventures de ce loup sans cesse affamé.
Esope Le Loup ne cache pas ses origines, celle de celui dont les textes ont influencé (voire plus….) les écrits d’un certain Jean de la Fontaine !
Il s’agit donc de fables. Deux, dans cet album. Deux fables qui, volontairement, comme pour faire la nique au poète tristement cantonné aux livres scolaires, sont totalement muettes. Deux fables exclusivement dessinées, oui, qui, dans la lignée d’un Tex Avery au niveau du contenu, dans celle de la bd pour jeunes enfants au niveau du graphisme, nous montrent les efforts de cet animal dont le ventre gargouille sans arrêt. Avec quelle morale ?… Elle pourrait être : contentons-nous de ce qu’on a, mais n’hésitons pas à essayer d’en avoir plus !
Sympathique, voici un livre sans fioritures, pour le simple plaisir d’une rapide lecture. Et totalement amoral…
Passepeur : 1. Rue De La Trouille
(dessin : Jean-Marc Krings – scénario : Daniel Bultreys d’après le roman de Marilou Addison et Richard Petit– couleurs : Scarlett Smulkowski – éditeur : Kennes – 32 pages – janvier 2021)
Un vrai livre pour public jeune, une histoire animée, souriante, moderne, ne reniant pas ses influences (Uderzo et Goscinny, par exemple, ou Spirou et le maire de Champignac, ou encore la collection bd et romans « Mort de trouille »), et se laissant lire avec beaucoup de joie, ma foi !
Krings est un dessinateur prolifique. Classique, sans aucun doute, dans la lignée de ce qu’on appelle l’école de Charleroi, et qui a derrière lui une belle carrière, avec des reprises (la Ribambelle) mais aussi des très belles œuvres originales, même si elles ont souvent fait long feu…
Et le voici donc aux commandes graphiques d’une série qui devrait faire les beaux jours d’un jeune public aimant frissonner ! De plaisir, bien évidemment !
Il use ici d‘un trait vif, simple, rapide, qui va tout de suite à l’essentiel, servi par une couleur chaude et expressive. Et le résultat, c’est une aventure vécue par deux gosses qui reçoivent un colis qu’ils n’ont pas commandé, et qui contient une momie, celle de Hatchepsout, une reine d’Egypte… Une momie, bien entendu, qui va ressusciter, entraînant les deux petits chenapans (qui n’hésitent pas à utiliser la carte de crédit de leurs parents pour faire leurs achats par internet) dans une aventure animée, magique, humoristique aussi.