Les Prix Artemisia 2021

Les Prix Artemisia 2021

Je ne suis pas, vous le savez, très « branché » prix…

Mais pour une fois, je veux me faire l’écho de quelques récompenses « différentes », qui, à l’instigation il y a quelque 14 années, de Chantal Montellier et Jeanne Puchol, mettent en évidence la production féminine dans le monde de la bande dessinée.

Je vous avoue ne pas avoir lu tous ces livres, mais je tenais vraiment à ce que ces prix intéressants, intelligents, aient quelques échos !

Le GRAND PRIX : Moi, Mikko et Annikki (auteure : Tiitu Takalo – éditeur : rue de l’échiquier)

Moi, Mikko et Annikki © Rue de l’échiquier

D’inspiration autobiographique, ce récit passionnant se veut à la fois social et intimiste, historique et très personnel. Il nous fait partager la lutte menée par une petite communauté joyeuse et marginale afin de sauver l’îlot historique d’Annikki, dans la ville finlandaise de Tampere. Tiitu Takalo relate avec talent et précision le combat acharné que mènent les habitants de ces maisons de bois jadis habitées par une population ouvrière, entrés en résistance contre des promoteurs immobiliers aux énormes appétits, et des édiles locaux trop souvent complices.

PRIX SPECIAL : Sourvilo (auteure : Olga Lavrentieva – éditeur : Actes Sud)

Sourvilo © Actes Sud BD

Une grand-mère se souvient de ses années de jeunesse, passées entre Guerre mondiale, bombes, obus, purges politiques et privations de toutes sortes !

Cet album nous ramène un imaginaire russe dépaysant et des dessins poétiques dépourvus de toute artificialité. Une sincérité au service d’une réalité souvent douloureuse, mais très édifiante et ré-humanisante, à tous points de vue.

PRIX JEUNESSE : Melvina (auteure : Rachele Aragno – éditeur : (Dargaud)

Melvina © Dargaud

Rachele Aragno entraîne son héroïne dans un univers étrange à la Lewis Carroll où l’on croise une reine à la tête coupée, des enfants qui attendent de naître, une abeille transformée en amulette, des pensées heureuses transformées en lucioles, des tigres sauvages de l’aurore et une sorte de croquemitaine résidant dans des marais métaphysiques.

PRIX ECOLOGIE : La Déesse Requin (auteure : Lison Ferné – éditeur : CFC)

La Déesse Requin © CFC

Dahut, une belle et trop curieuse jeune fille qui ne craint pas de braver les interdits de sa mère, la déesse Boddhisatva, cherche à s’affranchir et à découvrir le monde par elle-même.

Un dessin totalement au service du vivant et de ses souffrances. Au plus près de ce réel-là que nous refusons trop souvent de voir.

PRIX SOCIÉTÉ : Hippie Trail (dessin : Elléo Bird – scénario : Séverine Laliberté – éditeur : Steinkis)

Hippie Trail © Steinkis

Ce roadtrip, en 4L, sur la célèbre Hippie Trail, nous plonge en plein cœur des seventies, nous invite à sillonner dangereusement les routes orientales, de la Yougoslavie de Tito jusqu’en Afghanistan en passant par la dictature des colonels grecs, là où est née la scénariste. Ces pérégrinations mêlent avec subtilité récit intime et immersion dans la grande Histoire.

COUP DE CHAPEAU : On baise (auteure : Catherine Beaunez – éditeur : La folle du logis) (un livre que j’ai chroniqué : https://bd-chroniques.be/index.php/2021/03/25/on-baise/

On baise © La folle du logis

Des strips rapides, en quelques dessins, qui nous montrent comment une femme française comme toutes les femmes vit le confinement, ses obligations, ses trajets interdits, ses rêves éteints, ses solitudes assumées ou pas. Il en résulte, graphiquement, des tas de petites tranches de vie qui semblent presque dessinées, comme pour graver une mémoire immédiate dans un déroulement du temps totalement dérèglé…Catherine Beaunez nous parle ainsi de tout ce qui a fait l’existence, il y a un an, de tout ce qui, aujourd’hui encore, aujourd’hui plus, même, encadre les heures et les minutes de nos vies.

Jacques Schraûwen

Le Neuvième Art s’expose à Bruxelles ! Deux lieux, deux rencontres…

Le Neuvième Art s’expose à Bruxelles ! Deux lieux, deux rencontres…

La bande dessinée est un univers éclectique, et c’est ce qui en fait sa richesse, sa nécessaire présence aux quotidiens de nos découvertes artistiques… Poussez la porte de ces deux galeries bruxelloises pour voir vivre cette bd !

Yslaire à la galerie Champaka jusqu’au 19 juin– Baudelaire, d’abord et avant tout…

J’ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de « Mademoiselle Baudelaire », exceptionnelle plongée graphique et littéraire dans l’existence d’un des plus essentiels des poètes français. https://bd-chroniques.be/index.php/2021/05/04/mademoiselle-baudelaire/

Yslaire, au-delà de la rime qui le relie quelque peu à son anti-héros, a trouvé chez lui comme une sorte de miroir de ses propres folies, de ses propres failles, de ses propres dérives. Et son dessin, dès lors, s’est fait démesures… Démesures visuelles, d’abord, démesures de sensations, de sentiments, aussi, surtout sans doute.

Même dans l’excellent « Sambre », Yslaire faisait œuvre réfléchie, construite… Ici, il en va tout autrement. Il y a, comme dans le monde de l’abstraction lyrique, une importance superbe accordée à la gestuelle dans ses dessins, à l’improvisation dans son approche d’un personnage à toujours redécouvrir.

Et c’est cette puissance du trait et de la couleur que je vous invite à découvrir dans la galerie Champaka, au Sablon, pour une exposition envoûtante…

http://www.galeriechampaka.com/

Judith Vanistendael et Simon Spruyt à la galerie Huberty & Breyne jusqu’au 26 juin – La nouvelle vague du Lombard

Deux auteurs belges qui s’exposent aux cimaises de la galerie bruxelloise de la place du Châtelain… Deux auteurs résolument modernes dans leur approche de la bande dessinée… Deux artistes qui font de leur art un dialogue avec la poésie, la mémoire, la culture…

D’un côté, Judith Vanistendael dévoile dans cette exposition sa manière très personnelle d’entrer dans une histoire, dans un récit, de le construire. Pour elle, le dessin doit aller à l’essentiel, sans s’encombrer d’éléments qui ne participeraient pas au récit. Et dans son nouveau livre, « La Baleine Bibliothèque, on la sent heureuse de se laisser aller au gré d’un scénario poétique de Zidrou.

De l’autre côté, Simon Spruyt nous prouve, une fois de plus, combien son dessin aime à ne jamais s’enfoncer dans la routine. A chaque album, cet auteur passionné et passionnant, qui aime utiliser l’Histoire comme canevas pour des réflexions très actuelles, nous offre une approche graphique différente. Et son dernier livre, « Le Tambour de la Moskova », qui nous donne à voir une rencontre imaginaire entre Tolstoï et un ancien tambour de l’armée napoléonienne, est d’une beauté presque expressionniste qui mérite d’être regardée de tout près…

Deux artistes belges qui appartiennent totalement au neuvième art dans toute sa diversité, que je vous invite, ardemment, à découvrir dans cette galerie bruxelloise !

https://hubertybreyne.com/fr/expositions/presentation/417/la-nouvelle-vague-du-lombard

Jacques Schraûwen