Zélie la pirate : chapitre 1

Zélie la pirate : chapitre 1

Un cadeau à faire !

Un livre-disque pour enfants, « à l’ancienne » ! Un premier chapitre qui met en place des personnages qui ont tous un beau relief ! Une vraie réussite !!!

Zélie la pirate 1 © Baboo Music

Les plus anciens se souviennent de ces disques vinyles pour enfants qui étaient en même temps des livres illustrés, souvent des « Disney », de petit format… On écoutait l’histoire, on la suivait en tournant les pages. Sans télé, sans consoles, on s’enfouissait dans des mondes nouveaux, toujours renouvelés, ceux de l’imaginaire. Ceux de l’enfance…

« Zélie la pirate », c’est donc une sorte de retour aux sources des âges premiers de l’existence, ces âges qui ont le besoin de pouvoir rêver, de pouvoir s’inventer sans cesse, de pouvoir s’émerveiller.

Zélie la pirate 1 © Baboo Music

Bien sûr, n’oublions pas « Emilie Jolie », l’espèce de symphonie de l’époustouflant Philippe Chatel, ni, plus récemment, « Le soldat rose ». Mais il s’agissait là, dès le départ, de contes pour enfants imaginés comme des spectacles.

Avec Zélie, tel n’est pas le cas.

C’est un livre, un livre audio, avec une histoire construite, avec des chansons, mais surtout avec une aventure, une vraie, à taille d’enfance !

Zélie, c’est une adolescente qui, du haut de ses quinze ans, vit dans une famille décomposée. D’un côté, sa mère, commerçante tranquille. De l’autre, son père, Pirate de haute volée. Elle passe la moitié de son temps chez l’un, l’autre moitié chez l’autre, et ses préférences vont, incontestablement, à l’univers marin de son père, le capitaine Mac Pherson. Mais ce père ne veut pas que sa fille suive le même chemin que lui, et il la confie, loin des combats possibles, à un homme d’équipage, Barbemolle, et à un perroquet géant, Hashtag.

Zélie la pirate 1 © Baboo Music

Vous voyez, tous les ingrédients d’une bonne histoire de pirates sont en place. Il n’y manque qu’un méchant, qui va prendre les traits de Charles de la Mare de l’Etang Sec, second du capitaine.

Dès lors, il va y avoir kidnapping du perroquet, explication du secret de navigation du père de Zélie, et, bien évidemment, combat à l’épée qui va prouver que Zélie a tout pour être une grande pirate et prendre le relais de son père, très bientôt ! Il va y avoir aussi le premier amour de Zélie, sa première déchirure amoureuse, également, et la découverte des papillons dans la tête et de l’horreur de la trahison, et la conscience que la vie se doit de dépasser les seules apparences…

Zélie la pirate 1 © Baboo Music

Ce conte musical et écrit est le fait de quatre personnes, de quatre complices : Aurélie Cabrel, Esthen Dehut, Bruno Garcia, et Olivier Daguerre.

C’est vraiment toute une équipe qui est aux commandes de ce livre-disque, dans sa conception comme dans sa réalisation, avec des musiciens talentueux. C’est vrai qu’on s’attarde surtout, quand on parle de cette pirate Zélie, sur une des auteurs : Aurélie Cabrel. Mais c’est une erreur… Certes, il s’agit de la fille de Francis Cabrel (qui signe une courte préface et gratte un peu de la guitare dans le disque), mais ce livre ne doit rien à cette filiation médiatisée.

C’est un excellent livre-disque, un récit linéaire avec un beau lot d’action et de bons sentiments, avec des chansons bien écrites, littérairement et musicalement, avec des illustrations souriantes et superbement colorées, qu’on doit à Guylaine Lafleur et Aurélie Cabrel. Et j’aime assez la voix de la chanteuse, Nathalie Delattre, qui a un timbre rieur proche de celui de Sabine Paturel.

Zélie la pirate 1 © Baboo Music

N’hésitez pas, donc, à offrir ce livre à vos enfants et petits-enfants, à le lire et l’écouter en leur compagnie, devant un poste de télé éteint… En attendant que paraisse le deuxième chapitre d’une bien belle découverte !

Et n’hésitez pas non plus à aller voir la « bande de lancement de cet audio-livre plus que souriant !

Zélie la pirate 1 © Baboo Music

Jacques Schraûwen

Zélie la pirate : chapitre 1 (auteurs : Aurélie Cabrel, Esthen Dehut, Bruno Garcia, et Olivier Daguerre – éditeur : Baboo Music)

Berck

Berck

La mort d’un auteur populaire et efficace !

Qu’est- ce que l’efficacité, quand on parle de création, de littérature, de bande dessinée ? La capacité d’un créateur à se trouver proche de celles et de ceux qui regardent ou lisent ses œuvres.

Berck © Berck

A ce titre, on peut dire que Berck, qui vient de mourir à 91 ans, a été, tout au long de sa prolifique carrière, un dessinateur extrêmement efficace.

C’est dans l’hebdomadaire « Tintin » qu’il a débuté comme auteur de bande dessinée, après avoir fait de l’illustration et de la « réclame ». Et, excusez du peu, son premier personnage, Strapontin, est né sous la plume d’un scénariste exceptionnel, Goscinny.

Berck © Berck

C’est avec Vidal qu’il a créé Rataplan, également, parvenant à mélanger à l’histoire napoléonienne un humour parfois très acerbe.

Peut-être cet humour parfois débridé, parfois très critique aussi, n’a-t-il pas eu l’heur de plaire à d’aucuns, au Lombard, et faut-il voir là son départ pour le concurrent Spirou.

Berck © Berck

Là, il a dessiné avec des scénaristes comme Macherot ou Delporte, trouvant dans cet univers à a fois poétique, humoristique et décalé de quoi alimenter son dessin et le rendre de plus en plus parlant. Il faut dire qu’il côtoyait Franquin, pour qui il a toujours voué une admiration sans borne. Sans pour autant, loin s’en faut, l’imiter, le plagier, tout comme il ne l’a pas fait pour un autre de ses modèles, Macherot.

C’est chez Spirou aussi qu’il a créé, avec Raoul Cauvin, un scénariste qu’Angoulème ferait bien de couronner un jour, une série policière déjantée tout en restant accessible à tout le monde : Sammy.

Berck © Berck

Une série dont il a dessiné quelque trente-et-un albums, avant de laisser la place à Jean-Pol.

Parallèlement à cette saga, Berck assumait d’autres aventures graphiques en néerlandais, dont une histoire de scouts. Ce qui rappelle, également, qu’il fut aussi illustrateur de temps à autre, de la Fédération des Scouts Catholiques de Belgique, pour leurs calendriers.

La bande dessinée, bien des auteurs et des exégètes aujourd’hui l’oublient, n’existe dans sa diversité que parce qu’elle fut, dans son évolution, d’abord un art populaire méconnu, destiné à un jeune public. Berck fait partie de ces artistes-là, pour qui le plaisir de dessiner et de raconter des histoires ne pouvait se concevoir sans se rapprocher du plus près possible de son lectorat.

Berck © Berck

Avec lui, c’est un des derniers représentants d’un âge d’or de la bande dessinée qui disparaît. Un de ces artistes qui savait ne pas se prendre au sérieux et éviter les dérives d’un intellectualisme soi-disant élitiste ! C’est cela, oui, l’âge d’or du neuvième art !

Jacques Schraûwen

Juillard : Carnets Secrets 2004-2020

Juillard : Carnets Secrets 2004-2020

À l’instar de Herman, Juillard est de ces auteurs qui, nés dans la bande dessinée classique, ont réussi à y insuffler d’autres codes, à y creuser de nouveaux chemins, graphiques ou narratifs. A la rendre adulte, simplement, tout en se voulant aussi populaire.

Juillard : Carnets Secrets 2004-2020 © Daniel Maghen

Juillard est un créateur qui, depuis toujours, depuis ses premières armes dans Pif Gadget, s’intéresse essentiellement au réel, à sa représentation. Il le dit lui-même, en préambule à cet album étonnant : « j’assume sereinement cet asservissement à la réalité ».

Il y a des asservissements qui sont comme des fenêtres ouvertes à d’infinies libertés. Liberté de ton, liberté d’érotisme, liberté d’inspiration liberté de se laisser influencer sans jamais se laisser guider par d’autres artistes, contemporains, ou plus jeunes, ou plus anciens, de Klimt à Holbein, de Giraud à Boucher, de Crumb à Sieff.

Juillard : Carnets Secrets 2004-2020 © Daniel Maghen

Chez Juillard, on le sait désormais, deux univers se côtoient.

La bande dessinée, bien entendu, bien évidemment, avec ses séries historiques dans lesquelles, complice de quelques scénaristes aventuriers, il a modifié du tout au tout la façon de parler du passé, la manière de dépasser le style « cap et épée » pour faire d’une série comme « L’Epervier » un miroir à la fois d’une époque révolue et des affres et des dérives de notre propre époque. Féminisme, racisme, place de la différence dans la société, tous ces thèmes ont fait ensuite que, quittant le monde tout compte fait douillet de la grande Histoire, Juillard s’est lancé dans des projets et des réalisations bien plus personnelles, comme « Le Cahier Bleu ». Ou plus classiques encore, comme « Blake et Mortimer ».

Juillard : Carnets Secrets 2004-2020 © Daniel Maghen

Et puis, il y a ce qu’on découvre dans ce livre d’art, le plaisir et la nécessité qu’a toujours eues André Juillard de se raconter autrement, dans le silence feutré de carnets secrets, dans une sorte d’alcôve cachée où, librement, il peut se laisser aller à la description, rapide, de ce qu’il a vu, de ce qu’il voit, dans l’ébauche de personnages plus construits et semblant créer, en un seul dessin, toute une histoire. Et ce faisant, bien évidemment, il prouve encore plus que, pour lui, le classicisme de la démarche artistique est la seule route à prendre pour se créer une maîtrise du doigt et de l’œil, pour faire du croquis une forme de récit propre à accentuer encore mieux la nécessité de ne rien renier, en tant qu’artiste, de tous ceux qui l’ont précédé, de tout ce qui, de ce fait, l’a formé en tant que dessinateur.

Juillard : Carnets Secrets 2004-2020 © Daniel Maghen

Ce livre d’art réunit le contenu de dix-sept carnets secrets.

Dix-sept aperçus des mille curiosités d’André Juillard.

Dix-sept ensembles de pages, parfois vite faites, parfois peaufinées, certaines commentées par la main de l’auteur.

Juillard : Carnets Secrets 2004-2020 © Daniel Maghen

Pour un écrivain, écrire est une nécessité, un besoin, presque charnel. Et journalier… Pour les peintres essentiels, comme Picasso, Goya, Renoir, Le Caravage, dessiner, chaque jour, c’est aussi plus qu’un plaisir, un acte déjà de création. Et Juillard s’inscrit dans cette lignée-là : il nous offre, dans ce livre d’art qui nous dévoile des pans de ses talents, au niveau de la technique par exemple, dont on ne se doutait parfois pas, un « journal » dessiné, comme le faisaient, en mots, des gens comme Jules Renard, les Goncourt, ou mieux encore, Paul Léautaud.

Dessiner, c’est écrire, oui, en transformant les mots en messages directs, frontaux. Mais avec Juillard, ces messages aiment toujours laisser la place à l’imaginaire, au rêve. Au plaisir de vivre, simplement. Au désir, donc, puisque c’est là le moteur premier de toute existence qui se veut non-soumise.

De portrait en paysage, d’hommage à d’autres artistes en nus féminins lumineux, ce livre nous permet de dialoguer avec un artiste complet, grâce à nos regards et à leurs ballades poétiques de page en page.

Juillard : Carnets Secrets 2004-2020 © Daniel Maghen

Un livre imposant, passionnant, passionnel parfois, à ne pas rater par tous ceux qui savent que la bande dessinée, c’est aussi, et surtout, un art à part entière !

Jacques Schraûwen

Juillard : Carnets Secrets 2004-2020 (auteur : André Juillard – éditeur : Daniel Maghen – 412 pages – novembre 2020)

Juillard : Carnets Secrets 2004-2020 © Daniel Maghen