Mademoiselle J., c’est une nouvelle série, due aux talents conjugués de Yves Sente au scénario, et de Verron au dessin.
On en a découvert l’héroïne, Mademoiselle J., ou plutôt Juliette de Sainteloi, dans l’album « Il s’appelait Ptirou », des mêmes auteurs, une histoire qui imaginait la manière dont un personnage réel croisait un dessinateur, Rob Vel, qui allait en faire un des personnages essentiels de l’histoire de la bande dessinée, Spirou. Et Spirou, disparu tragiquement dans ce qui est devenu désormais le premier volume d’une série, reste présent dans cet album-ci. Il est comme un fantôme qui accompagne les désirs de Juliette, un fantôme de la liberté, cette liberté de vivre que Juliette recherche à tout prix.
Yves Sente : le personnage de Spirou
Juliette, qui n’était qu’un personnage secondaire, est donc devenue une héroïne à part entière. Une jeune femme qu’on retrouve, dans ce livre-ci, huit ans après sa première apparition.
Ce qui plaît depuis toujours à Yves Sente, c’est la mise en scène de personnages variés, d’agencer ses récits autour des rencontres que la vie offre aux protagonistes qu’il crée. Et c’est ainsi que Juliette est devenue une héroïne de hasard, en quelque sorte, parce que, tout simplement, elle a séduit ses deux auteurs.
Yves Sente : les personnages et les rencontres
Dans ce livre-ci, nous sommes en 1938, à Paris. Le père de Juliette est le patron d’une entreprise de transport pétrolier qui intéresse fort les Allemands qui préparent des lendemains qui ne changent pas. Malgré son appartenance à un monde de nantis, Juliette ne veut dépendre que d’elle-même. Elle veut être journaliste, ce qui, pour une femme, en 1938, était pratiquement impossible dans d’autres domaines que ceux de la mode et des conseils cuisine ! Mais elle s’accroche, et elle réussit à réaliser son rêve. Et là commence l’aventure, dans un Paris qui organise l’exposition universelle voyant se faire face, pratiquement, les pavillons soviétique et nazi.
Pour Yves Sente, la grande histoire n’est pas une finalité, mais un moyen narratif. Ce qui ne l’empêche pas de nous la montrer, cette grande Histoire, sans tabou et avec une documentation importante, une documentation qui est aussi celle de Verron, dont le plaisir à dessiner les voitures, entre autres, les décors aussi, est incontestable, et incontestablement réussi. Ce qu’ils aiment, tous les deux, c’est mettre en scène des péripéties, des personnages, parfois de manière manichéenne, caricaturale, souvent aussi de façon très humaniste. Et nous parler ainsi de compromissions, d’idéologies, de puissance de l’économie, de lâchetés et de pouvoirs, de féminisme et de traditions.
Yves Sente : l’Histoire en filigrane
Cette aventure va conduire Mademoiselle J. à affronter des nazis, bien évidemment, puisqu’elle va découvrir que ces nazis veulent racheter l’entreprise de son père, dont elle est aussi actionnaire.
Cela dit, avec Le titre de cet album, « Je ne me marierai jamais », on pourrait penser à un discours des grandes féministes de la première partie du vingtième siècle ! Mais cela va plus loin… Il y a l’amour et l’illusion de l’amour, il y a de la passion, du mariage, des trahisons, de l’amitié, dans ce livre. Mademoiselle Juliette est un personnage terriblement humain, avec ses failles, ses erreurs, ses courages, son féminisme aussi, oui.
Et je trouve excellente cette idée de faire vieillir une héroïne d’album en album et de parvenir ainsi, d’épisode en épisode, à nous offrir un panorama du vingtième siècle.
C’est une excellente bande dessinée, bien scénarisée, bien dessinée, avec des tas de références à l’âge d’or du neuvième art qui plairont à tous les fans de bd ! Avec aussi l’art du raccourci et de l’ellipse dans lequel Sente se révèle d’une belle efficacité.
Yves Sente : les racourcis
Ce qu’il faut souligner véritablement, c’est le dessin de Veron… Depuis Odilon Verjus, son talent n’a rien perdu, que du contraire. On le sent heureux de plonger le lecteur dans des décors variés, de dessiner des personnages aux visages puissants, de donner un rythme et un mouvement à chacune de ses planches.
Yves Sente : le dessinateur Verron
Soulignons aussi, la belle osmose entre le dessinateur Verron et la coloriste Isabelle Rabarot. Avec, comme résultat, un récit classique, rythmé, intelligent, passionnant même…
Ne rien perdre de ses émerveillements de jeunesse !…
Un livre construit comme une enquête policière, et qui se révèle être la quête de Didier Tronchet pour des retrouvailles avec sa jeunesse. Une quête à laquelle mes propres souvenances se mêlent intimement… Un livre qu’il faut absolument lire, avant que d’en écouter les chansons ! Un chef d’œuvre d’intelligence et d’émotion !
Lorsque j’ai ouvert ce livre, lorsque j’ai découvert qui était ce chanteur perdu à la poursuite duquel Didier Tronchet s’est lancé, j’ai ressenti un sentiment profond, puissant… Je n’étais donc pas le seul à avoir dans la tête, depuis le milieu des années 1970, les mélodies et les rimes de Jean-Claude Rémy !
Avec Didier Tronchet, c’est toujours le réel qui est au centre de ses scénarios, de ses romans aussi. Une réalité qu’il agrémente à sa manière pour en faire une fiction qui réussisse à parler à tout un chacun.
Le moteur essentiel du travail de Didier Tronchet, c’est l’émotion. Et ce sentiment unique, envoûtant, fait de mémoire et d’espérance, de nostalgie et de mélancolie, il ne peut être partagé que par un auteur qui le vit profondément. Et c’est bien le cas dans ce livre totalement réussi.
Le scénario est simple, linéaire aussi.
Jean est bibliothécaire. Un burn-out le laisse désemparé. Perdu. Il a l’impression, au fil des jours, que son existence s’est vécue sans lui.
Dépressif, il ne cherche plus aucun sens à ses quotidiens. Jusqu’à ce qu’un souvenir vienne le harceler. La souvenance d’un chanteur qu’il a écouté et réécouté, pendant des années et des années. Un chanteur qui n’a fait que trois disques. Un chanteur dont une chanson, surtout, a accompagné quelques moments précis de sa vie : « Les corniauds ». Une chanson au texte extrêmement intime, mais dont le propos, par la magie de la poésie et de la voix de ce chanteur, est universel. Un propos qui s’adresse, encore, à Jean, puisque cette chanson parle de la différence, d’une part, de l’enfance perdue, d’autre part. Et Jean, perdu dans sa déprime, se sent totalement différent. Différent de ce que furent ses rêves, différent de ce que la société veut qu’il soit.
Bien sûr, comme je le disais, le tout est traité comme une fiction. Jean-Claude Rémy par exemple, s’appelle Rémy Bé. Il y a certainement aussi une bonne part d’imaginaire dans le déroulé de l’enquête, dans la chronologie des rencontres faites par le personnage central, moins héros que témoin d’une aventure qui le dépasse tout en le rendant à lui-même.
Mais il y a aussi et surtout, derrière ces fragments d’imagination, des réalités que le talent de Tronchet rend tangibles, compréhensibles immédiatement.
Jean, anti-héros de sa propre histoire, était un adolescent qui écoutait des chanteurs français alors que tous les jeunes de son âge étaient fans de groupes anglo-saxons. Il s’intéressait aux mots et à leurs rythmes, alors que les jeunes de son âge ne cherchaient qu’à bouger sur des rythmes venus d’outre-Atlantique.
Là aussi, c’est un point commun entre le chroniqueur que je suis et l’artiste qu’est Didier Tronchet. Je n’ai jamais compris comment on pouvait aimer une chanson sans rien saisir de ce qu’elle raconte… J’aime Brel, Bécaud, Brassens, Debronckart, Annoux, Barbara, Sylvestre et bien d’autres… Parce que ce sont eux, et leurs paroliers comme Bernard Dimey qui m’ont aidé à réfléchir, à regarder autour de moi, à grandir, simplement…
Jean et Didier Tronchet ont eu, jeunes, d’identiques passions loin de tout fanatisme pour des chanteurs qui, simplement, s’adressaient à eux, loin de tout business lié à un art de plus en plus en déliquescence, celui de la chanson. Comme le disait Ferré : « à l’école de la poésie on n’apprend pas, on se bat ». Comme il le disait aussi, à peu près, « quelqu’un qui a besoin de ses doigts pour compter ses pieds n’est pas un poète, mais un dactylographe ».
A l’époque où Jean-Claude Rémy se lançait dans la chanson, les médias étaient encore des portes ouvertes à la variété, dans le sens premier du terme. On pouvait voir et écouter Chantal Goya mais aussi Anne Sylvestre, Claude François, mais également Jean-Claude Rémy. Ce n’est plus vraiment, plus du tout le cas aujourd’hui, il faut le reconnaître ! Et c’est aussi une des raisons pour lesquelles cette bande dessinée est importante, passionnante : elle n’est pas que nostalgique, elle est une fenêtre qui s’entrouvre dans la grisaille de nos quotidiens intellectuels…
Cela dit, cet album n’a rien d’une suite nostalgique d’impressions très nombriliques. Les thèmes qui y sont abordés sont résolument humains, universels aussi.
Ce « Chanteur perdu » est-il une fable ?…
A sa manière, oui, sans aucun doute, et une fable particulièrement bien construite scénaristiquement parlant.
Ce chanteur perdu est un fantôme qui fait renaître une réalité oubliée, il est symbole de la vie, certes, mais aussi de cette existence qui, qu’on le veuille ou non, se définit également par le simple fait de vieillir. C’est une fable, oui, presque une pièce de théâtre, aussi, avec, dans le rôle du Commandeur, Brassens…
Ce que cherche Jean, le personnage central de ce livre, c’est une nouvelle raison de vivre. Et pour cela, il ne trouve qu’un seul chemin : avoir des nouvelles de lui-même… Des nouvelles qui vont le plonger dans ses passés, dans ses rêves de jeunesse et dans ses trahisons d’adulte. Des nouvelles qui vont lui permettre d’arrêter de s’excuser de vieillir, tout simplement. Des nouvelles qui vont le redéfinir en fidélité avec le jeune qu’il a été un jour.
Oui, ce livre parle de la jeunesse enfuie mais du possible que nous avons toutes et tous de lui rester fidèles. C’est un livre qui milite pour la qualité de l’écriture, pour l’essence-même de la poésie, pour la défense d’un patrimoine typiquement francophone, celui de pouvoir intimement mêler la chanson et la poésie.
Ce livre est un jeu de piste dans la mémoire de quelques personnages qui peut-être, certainement, vous sont inconnus. Mais ce jeu de piste, j’en suis persuadé, va éveiller chez vous des souvenances personnelles, secrètes, oubliées probablement… Comme il est dit quelque part dans ce livre, « avancer, c’est se tromper de mieux en mieux ».
Pour Didier Tronchet, se tromper de chemin, ce n’est pas se renier soi-même, mais se donner la chance de pouvoir faire marche arrière, de pouvoir prendre des chemins de traverse, de pouvoir, simplement arrêter de dépendre de l’image qu’on donne de soi-même. Cette image que le chanteur, véritable axe central de ce livre, n’a pas supportée… Cette image qu’il a détruite, non pas en fuyant à l’autre bout de la Terre, mais, tout au contraire, en allant tout au bout de la terre pour vivre sous d’autres lumières que celles de la renommée. Ce qui, les années passant, n’a jamais arrêté chez lui le besoin, la nécessité de créer, d’écrire, de chanter, de dessiner.
Le dessin de Tronchet à la limite toujours de la caricature, permet d’inscrire, ici et là, de chapitre en chapitre, des vrais reflets d’humour. C’est un album qui, au-delà du simple récit d’une quête très personnelle, ne peut qu’éveiller chez chacun et chacune des réminiscences qui peuvent ne pas être que des regrets.
Ce qu’il faut souligner aussi, c’est le travail de la couleur, une couleur qui semble suivre les sensations du personnage central, et qui accentuent le cheminement d’un humain qui décide de reprendre en main son destin, c‘est-à-dire ses rêves et ses futurs…
Bien sûr, ce livre m’a touché, très profondément, puisque, pour moi aussi, les chansons de Jean-Claude Rémy me sont depuis 1975 des compagnes régulières. « Les Corniauds » est une des plus extraordinaires chanson qui soit, à tous les niveaux ! « Les Mémés » rappelleront à bien des gens les rapports indéfinissables qu’un enfant peut avoir avec ses grands-parents.
Mais si ce livre me touche autant, c’est aussi, et d’abord, parce qu’il impose à chacun d’entre nous un besoin tellement oublié, voire renié, de nos jours : celui d’oser se pencher, sans regrets et sans remords, sur qui on est !
Et en vous laissant vous balader dans les mots et les musiques, d’hier et d’aujourd’hui, de Jean-Claude Rémy, je lui laisse la parole pour conclure cette chronique… En vous conseillant de vous précipiter chez votre libraire pour y acheter l’édition qui vient de sortir, accompagnée d’un 45 tours…
« Ni chanteur, ni poète, ni chansonnier ; juste un très vieux monsieur amoureux de son île et de la vie qu’il y mène. Bonne route. Jean-Claude Remy, chanteur perdu… »
Jacques Schraûwen
Le Chanteur Perdu (auteur : Didier Tronchet – éditeur : Dupuis/Aire Libre – octobre 2020 – 184 pages)
La bande dessinée peut être délassante, sérieuse, historique, d’aventure. Elle peut aussi être émouvante, et poser des questions importantes sur la vie, ses larmes, ses colères, ses chagrins. C’est un peu de tout cela que vous trouverez dans ces trois albums.
C’est en février dernier qu’un des scénaristes les plus intéressants et les plus surprenants de ces dernières années quittait la scène de la vie et de la bande dessinée. Mais l’auteur des « Ogres-Dieux », audacieuse série qui mêle, avec une intelligence dans la construction exceptionnelle, littérature et neuvième art, cet auteur-là ne peut que laisser une trace profonde dans le paysage de la culture.
Le thème essentiel de tous ses scénarios a toujours, quel que soit le récit, tourné autour de « la différence ». Celle de nains dans des pays de géants (l’inverse de l’albatros de Baudelaire…), celle aussi de personnages en quête d’eux-mêmes, en recherche d’une personnalité assumée dans un monde qui s’uniformise. Et cela passait, dans tous ses scénarios, aussi par un questionnement sur la sexualité. La plus grandes des différences humaines n’est-elle pas, en effet, celle qui existe entre la femme et l’homme ?
Et ce livre-ci, « Peau d’Homme » ne déroge pas à cette thématique chère à Hubert.
L’histoire est simple, tout compte fait. Dans une ville de la fin du Moyen-Age, la belle Bianca doit se marier, mais sans vrai plaisir, loin de là. Ce qu’elle voudrait, c’est « choisir son époux selon son cœur ». C’est alors que sa marraine lui fait découvrir le secret des femmes de sa famille : une peau d’homme !
Et c’est ainsi que Bianca va revêtir cette peau, devenir, pleinement, le temps qu’elle la porte, un homme, un « mâle ». Et, de ce fait, pouvoir découvrir que son futur mari est infiniment plus attiré par ce qu’elle devient, Lorenzo, un jeune homme avenant et séduisant, que par la future épousée qu’elle est derrière son charnel déguisement. Elle découvre en même temps que le plaisir et le désir sont les axes essentiels de toutes les relations humaines.
Bianca est un personnage très moderne, une femme Indépendante, désireuse de donner à la femme une place reconnue dans une société dirigée par une religion manichéenne qui dénie à l’humain toute autorisation d’aimer dans la chair ses envolées libertines, parce que libres.
Le dessin de Zanzim colle à merveille à ce scénario à la fois léger et universel dans son propos. Souple et simple, moderne dans sa construction, ce dessin rappelle en même temps les enluminures des livres d’autrefois, en ces temps où on disait que l’amour était courtois… C’est un dessin sensuel pour un récit qui l’est tout autant… Un récit qui est un appel vibrant, mais souriant, à ce que toute intolérance disparaisse de la vie, et donc de la vie amoureuse…
Nous Sommes Tous Des Anges Gardiens
(dessin : Franck Biancarelli et Laurent Gnoni – scénario : Toldac – 80 pages – août 2020)
Ne vous arrêtez pas à ce titre, ni à la postface très « mystique », voire ésotérique, de ce livre… Il n’y a dans cet album rien de religieux, pas ouvertement en tout cas. Par contre, il y a une véritable émotion, de bout en bout, un côté presque journalistique de parler de l’horreur quotidienne vécue par quelques personnages.
Nous sommes à Sidney. Un couple regarde à la télé les infos, et le sauvetage d’une fillette kidnappée. La femme de ce couple, Abby, va mettre au monde un enfant mort-né et, quelques années plus tard, un deuxième enfant qui, en prenant son biberon, mourra empoisonné. Et Abby, soutenue totalement par son mari, va être accusée du meurtre de ses deux enfants.
C’est à partir de ce moment-là que le titre de ce livre prend toute sa valeur. Il y a la rencontre avec une femme de ménage aborigène, il y a un avocat, aborigène également, qui va accepter de défendre la jeune femme emprisonnée, il y a le père de la fillette kidnappée des années plus tôt qui va remplir un rôle important.
Ce livre nous parle des rencontres qui nous construisent, il nous parle du hasard et de ses possibles, il nous parle de la vie et de la mort, il nous dit aussi que toutes et tous nous sommes responsables les uns des autres, dans une sorte d’existentialisme idéalisé.
Je le disais, ce qui m’a frappé et plu dans ce livre, c’est le traitement émotionnel de l’intrigue, c’est aussi la volonté des auteurs de ne raconter leur histoire qu’en prenant comme base l’humanité et donc l’humanisme de tous les protagonistes.
Le scénario est très cinématographique, très construit autour de séquences bien orchestrées. Le dessin, réaliste, et proche tout le temps des visages de tous les personnages croisés au fil des pages, évite tout voyeurisme, toute démesure dans le rendu de l’émotion et des sentiments. On n’est pas dans de la « bd-réalité », mais dans une réalité racontée en bande dessinée. Un livre sombre et lumineux tout à la fois, comme le sont toujours les hasards de nos rencontres.
Retour De Flammes
(dessin : Alicia Grande – scénario : Laurent Galandon – couleur : Elvire De Cock et Jean-Baptiste Merle – 64 pages – février 2020)
Je tiens d’abord à dire que j’ai toujours beaucoup aimé les scénarios de Laurent Galandon. Quel que soit le thème abordé, quelle que soit l’époque des récits qu’il orchestre, son empreinte est celle d’un homme engagé, dans ses idées comme dans ses mots. Un être libre épris de liberté d’expression également et surtout.
Dans ce premier tome d’un diptyque, il en va de même. Bien sûr, c’est aussi et surtout une excellente bande dessinée qui se plonge, au travers de deux enquêtes policières parallèles, dans un Paris occupé par les Allemands…
D’une part, il y a des cabines de projection de films allemands auxquels on boute le feu. D’autre part, il y a une actrice débutante et peu avare de ses charmes qu’on retrouve assassinée.
Le commissaire Engelbert Lange mène ces deux enquêtes, étroitement surveillé par la police allemande et par des supérieurs (et subordonnés) français soucieux de pratiquer efficacement la collaboration.
En utilisant les codes du polar, Galandon aborde de front la réalité de ces années sombres d’occupation par l’ennemi de la ville lumière. Une ville dans laquelle, les lumières, celles des stars, ne se sont pas éteintes… Galandon nous montre à voir Fernandel, Suzy Delair, Clouzot, et quelques autres vedettes pour qui ces heures allemandes ne furent pas synonymes de chômage ni de pauvreté.
En utilisant un langage de l’époque, le scénariste nous raconte l’histoire du cinéma d’une époque bien précise, de manière fouillée sans jamais être pesante.
Mais il nous parle, ce faisant, de l’homosexualité, condamnée par les nazis autant que le fait d’être Juif, il nous parle du rôle des artistes, des compromissions, du pouvoir militaire et du pouvoir de l’argent, de l’honnêteté intellectuelle de certains et de collaboration d’autres dans la police que l’on disait française…
Cela dit, c’est un vrai polar, bien mené, et dessiné avec une belle vivacité, avec un vrai sens du mouvement. Et la couleur accentue les ambiances, certes, mais elle réussit également à mettre en évidence les sourires des personnages, leurs peurs dans le regard, également.
Trois livres très différents les uns des autres, trois albums qui ne dépareilleront pas dans votre bibliothèque, c’est une évidence !