Santé !

Santé !

Importante augmentation du prix du tabac : le cancer du poumon va devenir inabordable ! Voilà un exemple de l’humour de ce livre, un humour à la fois très noir et très proche, finalement, de ce que nous vivons toutes et tous au quotidien…

 

 

Santé© Pixel Fever Editions

 

Antoine Chereau, dans cet album de « gags » en trois dessins au maximum, s’inspire de ce que l’univers de la Santé est en train de devenir, en France, certes, mais chez nous également, et, plus généralement, un peu partout dans ce monde qu’on dit civilisé et qui est le nôtre…

La gestion de la santé publique, celle du public donc, se devrait d’être ouverte à toutes et à tous et de ne pas être exclusivement dépendante de profit. Le serment d’Hippocrate ne dit rien d’autre, après tout !

Mais voilà, la France, comme les États-Unis, comme la Belgique, comme la grande Bretagne souscrivent d’abord à la rentabilité, et les pressions budgétaires s’accumulent depuis quelques années sur les professionnels de la santé, bien sûr, mais surtout sur ceux qu’on appelle les bénéficiaires de la médecine et qui paient de plus en plus cher pour ces bénéfices de moins en moins opérationnels !

Santé© Pixel Fever Editions

 

Ce n’est pas de la bande dessinée. C’est de l’humour, de l’humour sans concession, de l’humour qui fait sourire plus que rire, et ces sourires sont plus des grimaces que des signes de joie profonde ! parce que le talent de Chereau, comme celui de tous les dessinateurs de presse dignes de ce nom, c’est de réussir à créer, de dessin en dessin, un paysage presque réaliste tout en étant caricatural de ce que nous vivons au quotidien.

Il a aussi le don des phrases « choc » qui atteignent leur but avec à la fois de la puissance et de la finesse.

Ce « Santé ! » est un livre qui se lit vite, qui se relit, duquel on montre, à des amis, à des proches, les dessins qu’on a aimés, qui nous ont amusé…

 

Santé© Pixel Fever Editions

 

On manque cruellement d’humour, de nos jours. Je veux dire d’humour acerbe, d’humour qui ose une voie s’éloignant volontairement de la vulgarité et du gros rire. On tente de nous faire croire que nous sommes libres, libres d’aimer, libres de nous exprimer. Nous sommes surtout libres de nous croire libres…  Les Desproges et Devos, les Claude Serre, capables d’enfoncer les pointes de leurs mots dans les cicatrices de notre société, il n’y en a plus vraiment…

Chereau, certes, n’est pas Serre… Mais il a du talent, incontestablement, et ce « Santé » réussit à nous renvoyer le miroir d’une société que nous laissons, toutes et tous, lentement se déliter…

 

Jacques Schraûwen

Santé ! (auteur : Antoine Chereau – éditeur : Pixel Fever Editions)

Batman : The Dark Prince Charming 1

Batman : The Dark Prince Charming 1

Un super-héros américain aux mains d’un dessinateur européen ! Un mélange de genres pratiquement sans faiblesse ! Et, dans cette chronique, circonstanciée, vous allez pouvoir écouter Enrico Marini, l’auteur à part entière de cet album que TOUS les amoureux de la bd se doivent de lire !

 

 

Batman est un de ces héros dont le monde entier a entendu parler. Né en 1939, dans la suite de la création de Superman, l’homme  » chauve-souris  » se différenciait de son aîné par son manque de super pouvoirs.

Batman, ce fut, dès le départ, un être humain qui garde en lui une faille profonde due à l’assassinat de ses parents lorsqu’il était enfant, et qui va utiliser sa fortune à se créer comme justicier sans peur ni reproches. Un justicier qui, de méchant en méchant, va souvent user de violence sans, cependant, donner la mort à qui que ce soit…

Et le voilà de retour, aujourd’hui, dans une aventure endiablée qui le voit affronter, une fois de plus, le Joker, son ennemi le plus fidèle et le plus cruel.

Tous les ingrédients d’un vrai comics à l’américaine sont présents. De la violence, des méchants hauts en couleurs, de l’action, de l’aventure… Mais il y a aussi l’empreinte profonde d’Enrico Marini, l’auteur européen de cette nouvelle histoire. Un auteur qui fait partie des plus grands dessinateurs réalistes du neuvième art, c’est une évidence. On lui doit entre-autres  » Le Scorpion  » et  » Les Aigles de Rome « .

 

 

Et le voici donc plongé dans l’univers de la bd américaine !… Pour une histoire qui mélange différents récits, comme toujours chez Marini…

Il y a Batman, à qui on annonce qu’il est peut-être le père d’une petite fille… Une petite fille que le Joker kidnappe entre deux cambriolages et quelques meurtres particulièrement sanglants… Et il y a évidemment, surtout même, tous les efforts de Batman pour retrouver cette gamine qui est peut-être sa fille !

Marini aime surprendre ses lecteurs, les obliger, en quelque sorte, à chercher leur propre voie dans le labyrinthe d’un scénario qui peut ressembler à un puzzle. Mais qui reste de bout en bout lisible et passionnant!…

Et c’est sans doute à ce titre-là que ce Batman-ci se révèle véritablement neuf, dans son ton plus que dans son thème, dans sa construction narrative et jusque dans le travail des décors, des mouvements et des couleurs. Marini est un auteur complet, et il s’est amusé à adapter les codes de la bd d’outre-Atlantique à sa façon personnelle de construire un récit.

Enrico Marini: les codes des comics…

 

 

Au-delà de la virtuosité graphique de Marini, au-delà de sa manière presque expressionniste de rendre compte du mouvement, jusque dans ce qu’il peut avoir de plus violent, de plus démesurément violent même, au-delà de sa technique et de la qualité de ses couleurs, élément moteur, souvent, de ses planches, il y a dans ce Batman un nouveau regard sur un être humain pour qui la vengeance, qui a toujours été sa raison de vivre, laisse place à d’autres motivations. On peut presque, face à ce Bruce Wayne-ci, parler d’une quête nouvelle pour ce justicier qui, avec Marini, récupère une part d’humanité qui, reconnaissons-le, lui manque souvent dans les comics traditionnels.

 

 

Le côté européen, donc, de ce nouveau Batman, c’est d’utiliser les codes propres aux comics, pour les simplifier graphiquement tout en donnant plus de poids à la personnalité, ambigüe, des différents personnages.

L’aventure et l’action restent au centre de l’intrigue, mais elles sont menées par des vrais êtres humains!

Et le Joker de Marini, croyez-moi, fera date… Tout comme tous les personnages présents dans cet album, des personnages qui ont une vraie existence, même si cette existence, dans la proximité du Joker, ne peut que s’effacer vite fait bien fait !…

Enrico Marini: les personnages…

 

 

Je n’ai jamais été fan des comics américains… sauf du Surfer d’Argent… Mais ici, avec ce nouveau Batman, me voici tout prêt à changer d’avis !… C’est vraiment un livre duquel on attend la suite, prévue pour le printemps prochain, avec une vraie impatience ! Et le dessin de Marini est aussi démesuré que l’est son personnage !

Plongez-vous dans le nouvel univers de Batman, et redécouvrez un super-héros de plus en plus attachant ! Vous ne le regretterez pas!…

 

 

Jacques Schraûwen

Batman : The Dark Prince Charming 1 (auteur: Enrico Marini – éditeurs: DC et Dargaud)

Lemmings : 1. L’aurore boréale noire

Lemmings : 1. L’aurore boréale noire

Crisse au scénario, Fred Besson au dessin, à la couleur et à l’interview : un duo gagnant pour de l’heroïc fantasy souriante, mouvementée, attendrissante…

 

Il y a les Trolls, vivant dans les montagnes… Il y a les humains, les Vikings, vivant dans un petit village tranquille… Il y a, bien cachés, les Lemmings, une communauté de petits rongeurs qui vit dans le confort et l’aisance grâce à tout ce qu’ils dérobent, en secret, aux humains qui les ignorent.

Et puis, il y a, en mer, une aurore boréale noire, qui présage des heures difficiles pour les Vikings, il y a aussi le rêve d’un Lemming qui voit les Vikings et les Trolls se faire une guerre horrible.

A partir de là, l’histoire peut commencer, une histoire de guerre à venir, de quête magique pour trouver le moyen de contrer les Trolls, de lutte aussi pour une cohabitation sereine.

Nous sommes, comme toujours avec Crisse, en plein dans de l’heroïc fantasy. Mais Crisse, dès ses débuts, ne s’est jamais contenté de suivre des codes trop précis, et a toujours voulu faire de ses récits des histoires à taille humaine, des histoires dans lesquelles les personnages ont une existence réelle, profonde, essentielle. Et c’est bien le cas, encore, dans cet album dont le dessinateur, Fred Besson, assure la construction, la mise en scène.

Fred Besson: le scénario, les personnages

 

 

Je n’ai jamais, j’en fais l’aveu, été très fan de ce genre de littérature ou de bande dessinée, un genre dans lequel les péripéties m’ont toujours semblé bien trop attendues, un genre qui est également souvent pléthorique de par la mode qui en fait un objet de consommation rapide…

Cela dit, Crisse n’a jamais été un suiveur de modes, loin s’en faut. Il a même été un des premiers à pénétrer de plain pied dans des univers qui, certes, font preuve d’une imagination débordante, mais qui, pour être plausibles, se doivent aussi de garder des ponts avec le monde réel qui est le nôtre. Et j’ai aimé lire, par exemple, sa série Nahomi, ou Kookaburra.

Ici, il laisse la place au dessin à son complice depuis des années, Fred Besson. Et ce dernier, plus pragmatique peut-être que Crisse, réussit, par la clarté de son dessin, à rendre encore plus lisible l’histoire imaginée, rêvée, écrite par son scénariste. Une histoire dans laquelle, comme souvent chez Crisse, se mêlent mille symbolismes, mille mythologies…

A partir d’ingrédients connus, comme les animaux humanisés, la présence de sages philosophes, la puissance de la violence, l’héroïsme humain souvent inutile, la recherche initiatique d’une espèce de trésor, Besson met en scène, comme un vrai réalisateur de cinéma, une belle fable qui parle de pouvoir et d’amour, et de leurs sempiternelles confrontations.

Fred Besson: la lisibilité

 

 

Cet album, premier d’une série dont, j’en suis certain, les promesses qualitatives seront toutes tenues, est passionnant, et extrêmement agréable à l’œil. Le graphisme de Besson, tout en courbes, tout en sourires aussi, utilise l’art de la caricature pour les humains, mais avec une charge émotionnelle évidente, et l’art animalier pour nous plonger, lecteurs attendris, dans le monde des Lemmings, au plus près de leurs gestuelles.

Avec peu d’effets spéciaux, ce qui le différencie également de bien d’autres dessinateurs usant et abusant de l’heroïc fantasy, Besson soigne tout particulièrement ses décors, les physionomies de tous ses personnages, sans exception! Et son sens de la couleur, aux lumières froides comme l’hiver, mais aux clairs obscurs s’ouvrant sur des chaleurs conviviales, cet art de la colorisation fait vraiment merveille dans cet album…

Fred Besson: le dessin

 

Incontestablement, cette série est faite pour tous les publics… Il n’y a pas que Lanfeust pour plaire à tout un chacun (heureusement…), et Crisse et Besson parviennent à réinventer l’art de la fable, à leur manière, pour nous livrer une série souriante, sereinement passionnante. A faire lire donc à de jeunes lecteurs, à des lecteurs moins jeunes, à tous ceux que des univers totalement inventés et pourtant tellement  » possibles  » attirent…

Avec Crisse et Besson, l’imagination est au pouvoir, et c’est très bien ainsi !

 

Jacques Schraûwen

Lemmings : 1. L’aurore boréale noire (dessin et couleur : Fred Besson – scénario : Crisse – éditeur : Kennes)