Foerster : Noir C’Est Noir

Foerster : Noir C’Est Noir

Foerster fait partie de ces dessinateurs dont on reconnaît le graphisme au premier coup d’œil. Et l’intégrale que lui consacre une petite maison d’édition bruxelloise est l’œuvre de passionnés. Un travail nécessaire pour un auteur belge inclassable !

Philippe Foerster a déjà une longue carrière derrière lui, et on peut dire qu’il s’est amusé, pendant des années, à toucher à tous les thèmes qui font la richesse de la bande dessinée. Polar, aventures marines, western, science-fiction ont pris, sous ses crayons, ses noirs et ses blancs, des existences multiples et toujours teintées à la fois d’humour et d’horreur.

Son dessin ne laisse pas indifférent, lui qui aime distordre les réalités, les démesurer, les caricaturer, tout en permettant au lecteur de les reconnaître et, ce faisant, de se reconnaître au travers d’elles.

Tout artiste subit et assimile, dans son travail, bien des influences. Et s’il est évident que, graphiquement, Foerster a aimé énormément des dessinateurs comme Corben, il est tout aussi évident qu’il est parvenu, très rapidement, à se créer son propre style. Il en va de même de ses scénarios. L’influence de Jean Ray est, elle aussi, évidente ! On se retrouve, dans les  » nouvelles en bd  » de Foerster, dans un petit bistrot d’un port anversois, avec un homme qui s’approche et, l’œil malicieux, commence à nous raconter quelques histoires à faire serpenter de longs frissons le long du dos ! Mais Philippe Foerster est un grand lecteur, et de Ray à Vernes, de Pelot à Owen, il a réussi, là aussi, à se créer un style extrêmement personnel. Un style qui oscille, sans cesse, entre le fantastique et l’humour, parvenant ici et là à faire peur, vraiment peur, ici et là à faire sourire, vraiment sourire…

Philippe Foerster: les influences

Il y a souvent chez Philippe Foerster la continuité d’une véritable tradition belge du fantastique, un fantastique qui n’a pas besoin d’artifices démesurés pour atteindre son but, un fantastique qui naît, essentiellement, du quotidien, des habitudes des jours qui passent, du temps qui, inéluctablement, ne peut mener qu’au néant.

De Baillon, chantre du quotidien le plus quotidien, à Prévot, capable de magnifier l’improbable, c’est une certaine forme de belgitude qui se retrouve dans ses livres. Une belgitude mélangée puisque le grotesque de De Coster ou Ensor s’y retrouve aussi !

Une belgitude, surtout, qui débouche également sur un véritable humanisme. Parce que l’horreur finalement, celle qui est le fonds de commerce de Foerster, naît de la description de la différence… La monstruosité des personnages de Philippe Foerster nous ramène à nos propres failles, d’une certaine manière. Et même si c’est avec le sourire, l’horreur et le fantastique à la  » Foerster  » portent à réfléchir à ce qu’est l’humanité, à ce qu’est le fait d’être humain… A ce qu’est la tolérance et l’acceptation de la différence, de toutes les différences.

Philippe Foerster: l’humanisme

 

Philippe Foerster est également présent dans l’actualité autrement qu’avec cette intégrale, puisqu’il a participé au livre consacré aux idées noires de Franquin, paru chez Fluide Glacial. Franquin… Un géant de la bd que Foerster a croisé chez Fluide Glacial et auquel il rend hommage.

Philippe Foerster parle de Franquin

 » Forbidden Zone « , c’est un magasin bruxellois bien connu de tous les amateurs de BD. Ce sont deux passionnés qui, aujourd’hui, se muent en éditeurs pour un ouvrage excellent, tant par sa maquette que par son contenu. Et, croyez-moi, Philippe Foerster méritait, incontestablement, cet album que tout amoureux du neuvième art se doit de posséder…

 

Jacques Schraûwen

Foerster : Noir C’Est Noir (intégrale de ce qui est paru chez Fluide Glacial – tome 1 – éditeur : Forbidden Zone)             

Jean-Luc Vernal : la mort d’un auteur passionné par l’Histoire

Jean-Luc Vernal : la mort d’un auteur passionné par l’Histoire

C’est le 15 janvier dernier que Jean-Luc Vernal est décédé. Journaliste de formation, il a été scénariste pour quelques dessinateurs importants, et le dernier rédacteur en chef du Journal de Tintin.

Le monde de la bande dessinée doit beaucoup, sans aucun doute possible, à ces auteurs qui, souvent oubliés de nos jours, ont participé sans vedettariat à l’évolution de cet art mêlant écriture et graphisme.

Parmi eux, il y eut Jean-Luc Vernal. Passionné par l’histoire, il fut le scénariste de la série Jugurtha, avec deux dessinateurs hors du commun, Hermann, d’abord, Franz ensuite. Mais aussi de Ian Kalédine avec Ferry, ou de Tetfol avec Eric. Des séries mêlant la grande histoire à une imagination fertile mais toujours soucieuse de créer des univers historiquement vraisemblables.

A côté de ça, il fut aussi le scénariste de plusieurs récits exclusivement historiques, eux, dans la continuité de ce qui se faisait déjà dans le journal de Tintin comme dans celui de Spirou (avec l’oncle Paul), des récits didactiques plus que d’aventure.

Et il a touché également au fantastique et à l’humour avec « Brelan de Dames ».

Il fut aussi le rédacteur en chef de la dernière époque de vie du Journal de Tintin, de 1979 à 1988. C’est à cette époque que les personnages créés par Servais, entre autres, ou Chaillet ont pris vie dans les pages de ce magazine.

Discret et talentueux, toujours très précis dans son écriture, qu’il voulait simple sans être simpliste, et, également, grammaticalement et orthographiquement sans défauts, il est de ceux dont la bd peut s’honorer!

C’était, à sa manière, un puriste du neuvième art, travaillant dans la tradition sans pour autant refuser certaines ouvertures vers une bd plus moderne.

C’est, incontestablement, un des grands noms du scénario des années 80 qui vient de rejoindre son ami Franz dans les paradis imaginés de la bd !…

 

Jacques Schraûwen

Pascal Garray : Benoît Brisefer et les Schtroumpfs orphelins une nouvelle fois…

Pascal Garray : Benoît Brisefer et les Schtroumpfs orphelins une nouvelle fois…

Les Schtroumpfs, personnages mythiques de la bd franco-belge, créés par Peyo, ont toujours continué à vivre leurs aventures grâce à des dessinateurs amoureux du style graphique de leur créateur. Parmi eux, Pascal Garray, dont on a appris aujourd’hui le décès.

Pascal Garray avait 51 ans. Toute sa carrière, il l’a passée dans l’ombre du grand Peyo. A ses côtés, d’abord, participant au dessin des Schtroumpfs. Sous sa houlette, ensuite, en reprenant Benoît Brisefer, et en continuant à lui donner vie le temps de sept albums, après la mort du « maître »…

C’est probablement avec ce personnage, super-héros souriant du quotidien, qu’il a pu le mieux exprimer son talent, dans la continuité, certes, de l’art de Peyo (mais aussi de Walthéry…), mais en y imprimant, par le mouvement et le travail sur les décors par exemple, sa propre empreinte.

Après l’aventure de Benoît Brisefer, Pascal Garray n’a pas abandonné les studios Peyo, et on lui doit une collaboration efficace le temps de 17 albums des Schtroumpfs, dont  » L’arbre d’Or  » et  » Schtroumpf les bains « .

Il venait de terminer les dessins du prochain album des petits personnages bleus, qui sera publié en septembre prochain, sous le titre  » Les haricots mauves « .

Avec lui, c’est un continuateur précis et fidèle de l’œuvre de Peyo qui disparaît.

 

Jacques Schraûwen