Frankenstein – un album exceptionnel, de par ses nombreuses qualités, un livre à ne rater sous aucun prétexte 

Frankenstein – un album exceptionnel, de par ses nombreuses qualités, un livre à ne rater sous aucun prétexte 

Une adaptation de plus pour un roman bien connu ?…. Non, ce livre est bien plus que cela !

copyright casterman

Au départ, il s’agit, oui, d’un roman écrit, en 1818, par Mary Shelley… « Le Prométhée moderne », ou, plus simplement, Frankenstein ! Un roman qui nous raconte comment un scientifique veut créer la vie, y parvient, mais en faisant naître un monstre repoussant. Cette créature et son apparence font partie de l’imaginaire collectif, tant le cinéma en a fait ses choux gras, avec Boris Karloff, image mythique de ce personnage inhumain… Avec des films plus ou moins réussis, dont celui, le meilleur sans doute, de Kenneth Branagh… Ou, dans ce qui est à la fois un hommage et un pastiche, l’excellent « Frankenstein junior » de Mel Brooks. En bd aussi, plusieurs adaptations ont été faites… Mais celle de David Sala dépasse toutes les autres !

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D’abord parce qu’il s’agit d’une vraie adaptation… David Sala a opéré des coupures dans le livre originel, il a rajouté certaines choses, certains textes, même, dont celui qui clôture cet album.

david sala

A partir d’une œuvre dont on nous dit qu’elle est « romantique » et usant d’un vocabulaire « ampoulé », David Sala a su dégager un style, un vrai style personnel, sans rien trahir du récit de base, et en faisant de ce romantisme gothique cher à Mary Shelley un langage actuel.

David Sala

Quand je parle de style personnel, je veux parler des thématiques que David Sala met en évidence… Des thèmes qui lui sont chers, comme les différences, comme l’amour, l’amitié, l’enfance… La violence, l’incompréhension… La solitude, le besoin freudien de tuer le père… A ce titre, David Sala nous livre métaphoriquement son regard sur le monde d’aujourd’hui, ses dérives, scientifiques et humaines…

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Il nous donne un double portrait. D’une part, celui du docteur Frankenstein, pas très sympathique, orgueilleux, froid, incapable d’assumer ses actes et leurs résultats, et leurs conséquences, un être pour qui la science est une parfaite divinité. Et d’autre part, celui de sa créature, immense personnage apprenant peu à peu à parler, à communiquer, mais condamné à rester seul… Et, lorsque cette créature se venge, c’est elle-même qu’elle fait aussi et surtout souffrir… Et ces deux portraits sont ceux de deux existences qui ne peuvent s’affirmer que dans la peur et sa sœur la mort. Deux destins unis éternellement par la grâce de la littérature, et qui, de ce fait, deviennent universels…

David Sala

Et puis, il y a la couleur… Ce livre est une vraie prouesse graphique ! On peut, en tant que lecteur, y trouver des références à des peintres très différents les uns des autres. Personnellement, j’ai croisé les ombres de Klimt, de Grosz, de Rouault… Mais ce ne sont là que des sensations personnelles, parce que le talent de David Sala est de laisser parler, librement, son âme d’artiste, et de faire de la couleur l’élément le plus respectueux qui soit du récit qu’il illustre, qu’il construit.

David Sala

Ce n’est pas un livre d’horreur…Ce n’est pas uniquement un livre de science-fiction… C’est un livre d’émotions, de sensations, de sentiments. Un récit qui mène du désir de découvrir à la création, de la création à l’abandon. Un livre qui, sans arrêt, parle de la mort, tout en disant qu’elle laisse des présences immuables… C’est un livre qui montre qu’on ne part jamais, mais qu’on fuit toujours… La foi en un dieu rationnel est tout aussi irrationnelle que celle en n’importe quelle divinité, et chaque foi, en quoi que ce soit, ne devient-elle pas une funeste passion ?…

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Il y a dans cet album des portes entrouvertes, des réflexions totalement humaines, des liens incessants entre tous les passés et tous les présents… C’est un livre somptueux, dont on peut, inlassablement, parler, y découvrant continuellement des beautés, des symbolismes, de la poésie qui se déroule librement dans les dernières pages, comme s’est enfui, en d’autres temps, le bateau ivre de Rimbaud… Un livre, oui, qui, d’ores et déjà, j’en ai la certitude, sera une des meilleurs parutions de l’année 2026!!!

Jacques et Josiane Schraûwen

Frankenstein (auteur : David Sala – éditeur : Casterman – avril 2026 – 232 pages)

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Fragile – une pépite bd à (re)découvrir

Fragile – une pépite bd à (re)découvrir

Un livre lumineux et littéraire… Ce n’est pas une nouveauté, mais je continue à vouloir que les bandes dessinées ne soient pas uniquement des « objets » à la vie éphémère !…

copyright casterman

Une rencontre entre deux jeunes femmes, entre deux univers, entre deux milieux sociaux… D’une part, il y a Emily, blonde, élancée. Elle suit des études et kote chez une vieille dame au caractère bien trempé. D’autre part, il y a Mia, brune, adorablement ronde, appartenant à un milieu dans lequel l’argent n’est pas un problème.

D’une part, il y a Emily qui cherche des petits boulots pour faire un peu plus que survivre. Et d’autre part, il y a Mia qui cherche à engager quelqu’un pour s’occuper de son chien !…

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Ce livre est d’abord celui d’une rencontre improbable qui débouche sur une histoire d’amitié, ou d’amour, qui sait… Et, finalement, ce sentiment qui les unit, avec des failles, avec des fuites, avec des attentes non rencontrées, ce sentiment n’est pas vraiment au centre du récit. Ce qui est axial, c’est la réalité d’une rencontre orchestrée par le seul hasard. Plus que de sentiments, quels qu’ils soient, cette rencontre est celle de sensations, pour les deux jeunes femmes, des sensations inattendues, celles des regards, des mots, celles des découvertes que ces deux étrangères l’une à l’autre vont faire progressivement d’elles-mêmes… Et les moments quotidiens qu’elles partagent vont ainsi, peu à peu, se glisser dans un univers entre réalité et rêve, entre possibles et fantasmes… Des fantasmes non exprimés…

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L’autrice de ce livre, Mathilde Ducrest, parvient à ce que son dessin réussisse cependant à les exprimer, ces rêves, cette vie fantasmée à deux… Son dessin est lumineux, c’est un dessin dans lequel les couleurs ont une importance capitale, un dessin qui est « beau » sans jamais chercher à embellir… Les dialogues, quant à eux, sont discrets, légers, comme si les deux protagonistes du livre hésitaient sans cesse à laisser les mots les définir, les révéler. Et c’est là, dans cette volonté que toutes deux ont de ne pas s’engager, que ce soit en amitié ou en sentiment amoureux, que réside la fragilité qui donne son titre à cet album. Mais n’est-ce pas, finalement, une même réalité, fragile, ténue, une même vérité que ces deux pôles, amour-amitié, capables d’unir des êtres humains ? Ce livre, ainsi, est aussi un double trajet de vie, parfois d’un quotidien sans intérêt visible immédiatement, parfois d’émotions (vis-à-vis du chien, entre autres) importantes mais progressivement avouées… Et c’est tout cela, avec un côté très littéraire, très « journal » littéraire même, qui fait la magie de ce livre, de cette bande dessinée. Qui permet au lecteur d’être, à son tour, touché par ce jeu étrange que des humains peuvent créer pour se découvrir tels qu’ils sont, capables d’aimer, au sens le plus large du terme…

copyright casterman

Une belle surprise que ce livre, qui se savoure lentement, comme on savoure les heures qui, parfois, prennent le temps d’être « également » légères… Un livre de tendresse, de petites touches, et dont le dessin est un atout évident!

Jacques et Josiane Schraûwen

Fragile (autrice : Mathilde Ducrest – éditeur : Casterman – 181 pages)

L’école est finie ! – Une BD lucide et souriante

L’école est finie ! – Une BD lucide et souriante

Une autobiographie vive et entraînante, qui nous emmène dans les méandres d’une scolarité quelque peu déphasée…

copyright robinson

Une gamine, comme toutes les autres, ou presque… Un peu boulotte, portant un patronyme qui fait aboyer tout le monde autour d’elle, copains de classe comme professeurs adeptes d’un humour de bas étage. (Remarquez qu’on s’y fait ! Mon nom, ressemblant à celui d’une marque automobile, a fini par me servir d’alibi pour amuser la galerie et me différencier de la masse…) Une petite fille qui se doit de grandir en entrant dans la grande école. Une petite fille déjà révoltée et le devenant encore plus ! Mais à son rythme, sans trop d’éclats, avec humour et humeur cependant.

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Voilà ce que nous raconte ce livre… Un album autobiographique, oui, qui révèle, le plus simplement du monde, c’est-à-dire en décrivant un quotidien, sans plus, ce que l’enseignement peut avoir d’inutile, de « méchant », d’ennuyeux, de liberticide, d’une part, et ce qu’il peut être aussi d’important, quand on y retrouve, jeune, la force de se lancer à l’assaut de ses rêves… Evemarie a eu une scolarité hachée… Elle n’avait, en fait, sans en avoir conscience, pas sa place dans un système scolaire manquant d’imagination. Parce que cette fillette de dix ans (au début du livre) en possède bien un, elle, de monde imaginaire ! Un monde, aussi, dans lequel elle sait qu’un jour elle sera dessinatrice de petits mickeys ! Et c’est donc ce trajet de vie qu’Evemarie observe avec un tout petit recul, ce trajet d’existence qui est le sien, et qu’elle nous raconte. Sans aucun « effet spécial » !

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Les quotidiens de nos existences scolaires, hier et avant-hier comme aujourd’hui, sans doute, ont tous des points communs… Prévert et son cancre… Les cours de musique avec une flûte rébarbative… Les cours de gym pleins de brimades à cause du physique… L’apparence qu’on a et qui provoque rejets, et harcèlements… La réalité du redoublement… Ces quotidiens sont aussi ceux de l’existence hors-école… Les carambar… Et, pour Evemarie comme pour tout le monde, la découverte de chansons qui accompagnent la vie ! Pour elle, ce sont les Beatles, pour d’autres, de génération en génération, c’est Bécaud, Brel, Barbara, que sais-je encore… Et c’est tout cela qui forme la trame de cet ouvrage qui, de ce fait, devient un peu le miroir de nos propres scolarités… De nos propres enfances…

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Ce livre se construit au gré de quelques chapitres bien charpentés, au gré aussi de quelques parenthèses temporelles, qui ponctuent avec intelligence le récit. Ce livre nous raconte une vie, certes, mais elle aborde, à petites touches simplement observatrices, des thématiques que tous les enfants, un jour ou l’autre, doivent subir : les angoisses liées à cet âge qui se voit obligé de « grandir », l’ennui de devoir sans cesse refaire les mêmes choses, la découverte que toute existence est mortelle, les violences et sévices qu’on subit, dans certaines écoles, sans en parler… Avec cette réflexion d’une extraordinaire lucidité que nous fait Evemarie, cette réflexion étant une réalité humaine que j’ai souvent côtoyée au long de mon existence : « D’en rire, ça ne s’est pas transformé en trauma, mais en souvenirs moqueurs » ! C’est donc le trajet d’une vie, oui, que ce livre… Avec, comme point d’orgue, l’attitude des parents d’Evemarie qui lui ont permis de rêver, et d’accomplir ses rêves… Avec la volonté d’une gamine de ne grandir qu’avec le but d’être elle-même… Avec, après différentes écoles incapables de la voir vivre, l’arrivée dans un école artistique, à Tournai, et la découverte de pouvoir y trouver, ou, plutôt, y vivre sa voie, sans besoin de quelque permission que ce soit pour exister !

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C’est donc un livre qui, finalement, rend hommage aussi à l’enseignement quand il sort des sentiers battus ! Avec un dessin qui fait penser parfois un peu à celui de Florence Cestac (et c’est une qualité), c’est un livre qui parle à tous les anciens élèves, donc à tous les lecteurs, qui ont et revendiquent une mémoire fidèle et sans réinventions ! Un bon moment de lecture, avec le portrait d’une gamine comme toutes les gamines, capable d’atteindre ses rêves !

Jacques et Josiane Schraûwen

L’école est finie ! (autrice : Evemarie – éditeur : Robinson – mars 2026 – 120 pages)