Franquin : Spirou… Et Fantasio – 1946 L’Intégrale 1950

Franquin : Spirou… Et Fantasio – 1946 L’Intégrale 1950

Je pense, et ce n’est qu’un avis personnel, que la bande dessinée doit énormément à Franquin, à Jijé, à ces auteurs qui, autour de Spirou et son « journal », se sont différenciés avec talent, voire même génie, des influences d’une ligne claire omniprésente, pourtant, chez tous les « historiens » de la BD !

copyright dupuis

Et, donc, comment ne pas me réjouir de voir paraitre cette « brique » consacrée aux débuts de Franquin, et le faisant en parlant de lui, en reproduisant des bribes d’interviews qu’il a donnés au long de sa carrière, le faisant aussi côtoyer, au papier des pages, les auteurs-amis qui furent ses proches : Jijé, évidemment, qui a tant et tant inventé, Morris, Wil, et bien d’autres encore.

copyright dupuis

Ce livre se construit en deux parties presque distinctes. Tout d’abord, David Amram, l’auteur de cet ouvrage, nous offre un large panorama d’un Franquin devenant lui-même, peu à peu, de l’enfance à l’âge adulte, de l’animation à l’illustration, de l’humour bon enfant à une caricature pointue de la société, et tout cela grâce et par le dessin…

copyright dupuis

La seconde partie, elle, nous fait découvrir ce que les éditions Dupuis ont appelé, à une époque, les « péchés de jeunesse » de Spirou… Le premières histoires, dessinées, d’abord avec le soutien et l’aide de Jijé, puis seul, par Franquin : le tank, la maison préfabriquée, l’héritage, Radar le robot, etc. Des titres dont des fanatiques du neuvième art, avant que la bd ne porte ce nom, avaient déjà parlé, dans des fanzines ou dans des vrais albums…

copyright dupuis

Il faut souligner, à propos de cette deuxième partie, le soin qui a été mis à tout faire pour que le rendu de ces géniales « vieilleries » soit à la hauteur de ce que son auteur voulait. Ce travail d’adaptation, de colorisation parfois, de découpage de temps en temps, est d’ailleurs extrêmement bien expliqué au fil de la première partie de ce livre.

copyright dupuis

Il faut souligner, d’ailleurs, le contenu de cette première partie… David Amram, s’aidant de documents de toutes sortes, dont des échanges de lettres entre Franquin et ses amis dessinateurs, réussit à être à la fois didactique et d’abord et avant tout proche du « héros » de son ouvrage, un homme de chair et d’esprit, qu’il nous fait découvrir humainement d’abord, artistiquement ensuite. Mais sans séparation entre ces deux aspects de Franquin… C’est un superbe portrait que Amram nous brosse ainsi d’un artiste exceptionnel…

copyright dupuis

Il nous dresse aussi le portrait de toute une époque… La guerre 40-45… Il aborde ce temps si peu ancien finalement sans lourdeur… Bien mieux, finalement, que ce reportage formaté passé à la télé belge il y a quelques jours et consacré à Spirou et la résistance… Il ne suffit pas, pour parler d’un tel sujet, de se contenter de faire du montage à partir de quelques interviews de gens, pour la plupart, de qualité (Emile Bravo, Morvan…), pour arriver à un résultat intéressant ! Il y faut du « liant »… Il y faut une passion, aussi, qu’Amram, ici, possède pleinement !

copyright dupuis

Certes, comme dans tout ouvrage biographique ambitieux, le lecteur peut ne pas être d’accord avec tout… Avec, par exemple, les influences graphiques qu’a eues Franquin, dont David Amram parle et qui ne me semblent pas toutes justifiées… Il aurait pu, par exemple aussi, souligner que le jeune Franquin, en travaillant pour des revues scoutes, avait sans aucun doute beaucoup regardé, et aimé, Pierre Joubert… Mais ce n’est qu’un détail, un regard très personnel, je le sais bien… Et, surtout, croyez-moi, ce livre est une vraie réussite, à tous les niveaux ! Les documents qui l’illustrent sont passionnants, tout comme le sont les signes d’amitié qui ont rempli les premières années de travail de Franquin… Oui, c’est un vrai panorama que dc livre ! Qui, d’ailleurs, se permet aussi de rappeler, au détour d’une page, qu’à la fin de la guerre, Dupuis a refusé à Hergé de rejoindre son journal…

Jacques et Josiane Schraûwen

Franquin : Spirou… Et Fantasio – « 1946 L’Intégrale 1950 » (Auteur : David Amram – éditeur : Dupuis – novembre 2025 – 336 pages)

Adonowaï – Regards

Adonowaï – Regards

Faite de regards d’enfance, de regards et de mots de simple poésie, voici un album qui nous replonge dans le tout début des années 80, avec une bd qu’il était temps de voir rééditée !

copyright de roover

C’est dans le journal Tintin qu’Adonowaï est apparu pour la première fois, en 1979… Je vous parle d’un temps où la bande dessinée, après avoir été celle de l’aventure avec un A majuscule, celle de l’Humour avec le F majuscule de Franquin, après avoir entamé un passage à l’âge adulte avec les dessinateurs de Pilote, de A Suivre, entre autres, je vous parle d’un temps où la poésie avait également droit de cité dans les pages des magazines… Il y avait le monde d’Onironie… Il y avait bien entendu Olivier Rameau, ou Frank Pé, ou Hislaire… Et il y avait aussi Adonowaï, qui a fait rêver bien des lecteurs, dont j’étais…

copyright de roover

Personne, je pense, n’a réussi à définir ce qu’est la poésie… Adonowaï, à sa manière, nous dit qu’elle n’existe, en fait, qu’au travers du regard… Des regards… Qui se croisent, s’apprivoisent et font de ces rencontres des mots qui chantent… La poésie, comme il le dit dans cet album de réédition bienvenue, c’est la musique du vent, de la pluie, des oiseaux. Mais c’est bien plus qu’une simple balade bucolique et écologique dans le monde contemporain ! La poésie, et Adonowaï le prouve, ce n’est pas la négation du monde tel qu’il existe, avec ses horreurs, ses injustices, puisque dans ce livre on parle aussi de prise d’otages, de guerre, de morts…

copyright de roover

La poésie, elle s’incarne dans ce personnage de gamin amoureux de la vie et de la nature, s’opposant aux règes que les « grands » veulent lui imposer, mais toujours avec le sourire dans les yeux, sans violence, malgré, parfois, des vraies colères, des vraies révoltes.

copyright de roover

Ce livre nous fait (re)découvrir un univers qui, il faut le dire, n’a nullement vieilli ! Toutes les angoisses, les constatations, les larmes que contient cet album, tout cela pourrait être dessiné aujourd’hui : ce sont les mêmes questions, les mêmes hantises, les mêmes adultes tellement sûrs d’eux et de leurs imbéciles pouvoirs… Avec, en grande majorité, des historiettes d’une seule planche, Bob De Roover pose en effet des questions qui, malheureusement, horriblement, sont toujours d’actualité…

copyright de roover

« Cela sert à quoi un uniforme ? » – « Je ne veux pas devenir grand. » – « Pourquoi les grands détruisent-ils ce qui est beau ? » – « Viens avec moi à la banque pour y mettre dans un coffre quelques sourires et paroles gentilles. » – « Ils ont parfois de drôles d’idées du bonheur les gens civilisés. »

Tout cet album, ainsi, est émaillé de petites sentences, de réflexions qui, pour enfantines qu’elles puissent parfois paraître, éveillent bien des échos dans ce que l’humain peut avoir (encore) de conscience…

copyright de roover

Ce qui est intéressant aussi, dans ce livre, ce sont les pages, ici et là, qui parlent de l’histoire de cette « série », mais aussi de l’époque où elle a existé… Bob De Roover nous parle de la colorisation, de façon presque didactique, de grands de la bd qu’il a côtoyés, comme Eddy Paape, dessinateur exceptionnel également, tellement tristement oublié, lui aussi…

Adonowaï, c’est l’enfance de tout un chacun, quand on lui donne l’occasion de s’exprimer… Adonowaï, c’est un album qui n’est ni nostalgique, ni mélancolique, et que tout le monde, tous âges réunis, ne peut qu’aimer !

Adonowaï, c’est un livre à lire, à acheter, à placer en bonne place dans votre bibliothèque, au rayon des sourires partagés…

Jacques et Josiane Schraûwen

Adonowaï – Regards (auteur/éditeur : Bob De Roover – 2025 – 72 pages)

Pour vous le procurer : chez l’auteur ou à la librairie UOPC d’Auderghem

Dino Attanasio – le départ d’un des derniers représentants d’une bd essentiellement divertissante…

Dino Attanasio – le départ d’un des derniers représentants d’une bd essentiellement divertissante…

Il avait plus de cent ans, et derrière lui une carrière bien remplie. Certes, Dino Attanasio n’a jamais vraiment appartenu à une bande dessinée engagée dans des chemins de traverse. Il s’est contenté, avec le talent qui était le sien, d’amuser ses lecteurs, de les faire sourire, rire…

copyright attanasio

Mais il ne fut pas seulement un dessinateur humoristique, puisque ses débuts dans la bande dessinée belgo-française, il les a connus avec quelques « belles histoires de l’Oncle Paul », avec aussi les aventures de « Bob Morane ». Il a signé cinq albums de cette série mythique, sans doute, mais le plus souvent aux scénarios de Vernes incertains, il faut bien le dire…

copyright attanasio

Il a surtout donné vie à des héros de bd sympathiques, non réalistes, reprenant par exemple la série « Modeste et Pompon »… Le tout avec plusieurs collaborateurs, dont l’excellent Lucien Meys, et le non moins talentueux Marc Wasterlain. Il a aussi eu comme scénariste le génial et jamais remplacé Goscinny, pour des aventures de « Spaghetti »… Une vingtaine d’albums consacrés à ce héros a vu le jour, gentillets et empreints toujours d’un humour, encore sage sans doute, mais s’aventurant déjà dans le plaisir des jeux de mots, des gags à la limite de l’absurde.

copyright lombard

Il est aussi l’auteur de « Johnny Goodbye », avec différents scénaristes qui, avec lui, vont véritablement faire leurs armes sans doute. Il réalisa également pas mal de one-shots… L’un de ceux-ci, « Boccace », en une époque où l’érotisme devenait compagnon de jeu de la bande dessinée, fut pour lui un essai intéressant mais non abouti de participer à cette émancipation des petits mickeys.

copyright attanasio

Dino Attanasio appartient, véritablement, à ces heures pendant lesquelles la bande dessinée, cantonnée dans des niches sereines, tranquilles, sages et bien-pensantes en quelque sorte, ronronnait et amusait, tout simplement… Une bd populaire, et ce mot n’a rien de péjoratif sous mes doigts, loin s’en faut. Et même si, dans ces one-shots, il n’a pas toujours brillé par le choix de ses sujets, et je pense au très mauvais « Il était une fois dans l‘oued », Attanasio est un des vrais pionniers de la bande dessinée. Pour l’avoir rencontré quelques fois, je peux dire qu’il était fier… De son travail, oui, mais surtout de ce que son fils réalisait dans une vie professionnelle artistique également ! C’était un homme attachant, qui a parfois manqué de lucidité dans ses choix artistiques, mais qui est toujours resté pareil à lui-même…

Jacques et Josiane Schraûwen