Laurent Verron s’expose à Bruxelles jusqu’au 27 mars 2021

Laurent Verron s’expose à Bruxelles jusqu’au 27 mars 2021

Une belle occasion de découvrir toute l’étendue du talent d’un dessinateur classique, populaire, et talentueux !

Laurent Verron © Laurent Verron

Oui, Laurent Verron fait partie, sans aucun doute possible, de ces dessinateurs qu’on peut dire « classiques », dans le trait, dans la filiation avec ce qu’on appelle l’école de Charleroi, même si aucune école n’y a vraiment existé dans le monde de la bande dessinée !

Ce qui, par contre, l’a formé, ce sont quelques années passées auprès de Roba, des années d’apprentissage, pendant lesquelles, sans doute, Laurent Verron a cultivé son plaisir à intégrer ses personnages dans des lieux, des décors, des environnements.

Laurent Verron © Laurent Verron

Et le voici donc dans une galerie d’art consacrée au neuvième art, pour ce qui ressemble à une rétrospective, mais bien ancrée dans l’actualité d’un dessinateur passionné…

Une exposition qui semble l’étonner, parfois… Tant il est vrai que le regard, le sien mais aussi celui des visiteurs, se vit différemment lorsque les œuvres ne sont plus imprimées, mais accrochées sur des murs…

Laurent Verron : impressions face à une exposition

Cette exposition remonte le temps, puisqu’elle nous permet de retrouver les planches d’une série iconoclaste et jouissive que Laurent Verron a dessinée entre 1996 et 2006 sur des scénarios de Yann. Odilon Verjus, missionnaire anar, s’est baladé à travers le monde, et c’est un bonheur d’en découvrir les dessins originaux dans la galerie Champaka.

Laurent Verron © Laurent Verron

Ce qui est intéressant dans cette petite « rétrospective », aussi, c’est de pouvoir suivre l’évolution de Laurent Verron, des années 90 jusqu’à aujourd’hui. Et d’y découvrir par exemple la façon dont, en quelque vingt ans, il a travaillé les décors, les esquissant pour Boule et Bill, les peaufinant pour Mademoiselle J.

Laurent Verron : les décors

Ce qu’il faut souligner également, c’est que la carrière classique certes, de Laurent Verron, se caractérise par une volonté incontestable de qualité, tant dans le graphisme que dans le choix de ses scénaristes. Et c’est encore le cas avec la série qu’il dessine aujourd’hui, Mademoiselle J., sur un scénario d’Yves Sente.

Une série plus réaliste, qui nous raconte, au fil de ses âges, la vie d’une femme désireuse de ne pas dépendre des modes et de leurs sexismes.

Laurent Verron : Mademoiselle J.

Cette jeune femme, donc, qui en est à son deuxième album, vieillit de dix ans en dix ans. Ce qui est un défi graphique, un défi réussi, et qu’on peut voir de tout près aux cimaises de la galerie Champaka.

Laurent Verron : un personnage qui vieillit.

Une exposition sans tape-à-l’œil qui séduira toutes celles et tous ceux qui aiment la bande dessinée, humoristique ou semi-réaliste, faite avec conviction, et talent !

Jacques Schraûwen

Exposition de Laurent Verron jusqu’au 27 mars à la Galerie Champaka, rue Allard, 1000 Bruxelles

Mademoiselle J. (dessin : Laurent Verron – scénario : Yves Sente – éditeur : Dupuis)

Odilon Verjus (dessin : Laurent Verron – scénario : Yann – éditeur : Le Lombard)

Boule et Bill (éditeur : Dargaud)

Quelques autres œuvres de Laurent Verron : Le Maltais (éditeur : Claude Lefrancq) – Fugitifs surs Terra 2 (éditeur : Dargaud)

http://www.galeriechampaka.com/

Laurent Verron © Laurent Verron

La Petite Mort 1.5

La Petite Mort 1.5

Et si la Mort vivait en famille, comme tout le monde !

Il y a le père, la mère, la grand-mère, et le fils.

Ils vivent dans une maison presque banale, s’il n’y avait son jardin dans lequel viennent se pendre régulièrement des passants en mal de suicide.

Ils ont une existence presque normale, s’ils ne formaient pas ensemble la famille de la Mort !

La Petite Mort 1.5 © Delcourt

Le fils, qu’on appelle donc « La petite mort », va à l’école comme tous les enfants. Il y a trouvé un ami, Ludo, un ami fidèle, un de ces êtres avec qui c’est à la vie à la mort, comme on dit.

L’autre ami qu’il a, c’est un chat, Sephi.

Il faut dire qu’avoir une vie sociale n’a rien d’évident lorsqu’on a une tête de squelette, tout comme ses parents.

Il en va de même pour les ambitions, les rêves d’avenir. La Petite mort deviendra, quand il sera grand, « faucheur », à son tour, comme son père. Faucheur de vie, faucheur d’espérances.

Et cela, la Petite mort ne le veut pas.

La Petite Mort 1.5 © Delcourt

Son désir avoué et peu avouable, c’est de devenir fleuriste. C’est de meubler de couleurs et de sourires le noir de ses vêtements et la grisaille des jours et des années.

Ce livre, donc, nous raconte l’existence de cet être étrange qui nous ressemble tellement et qui, pourtant, ne veut, par obligation, que notre fin. Petite mort deviendra grand, il n’y a pas d’échappatoire.

Mais Petite mort rêve, encore, toujours…

Cyniquement, certes. Mais avec un regard sans concessions sur le monde dans lequel il vit. Même si ce verbe, vivre, n’a, tout compte fait, pas vraiment de sens pour lui …

La Petite Mort 1.5 © Delcourt

Ce livre nous montre la Petite mort de jour en jour, de semaine en semaine, en famille, à l’école, avec Ludo. Il nous montre aussi ses travaux scolaires, ses carnets intimes dans lesquels il se dessine telle qu’il est et telle qu’il voudrait être. C’est parfois gore, c’est presque toujours attendrissant.

Mais voilà, même pour le futur « faucheur », l’existence est faite aussi de peines, de larmes, d’horreurs à assumer.

Ludo, son ami, cet humain normal avec qui il se sent en osmose, ce garçon heureux est atteint de leucémie. Et c’est à la petite mort qu’incombera le devoir de faucher cette existence. Ce qui donne l’occasion à Davy Mourier d’une page dans laquelle l’humour laisse totalement la place à l’émotion.

Alors, oui, c’est un livre d’humour. D’humour noir… Le dessin de Davy Mourier en est simple, expressif en même temps, usant essentiellement de noir et de blanc avec, par ci par là, des pages entières en couleurs, les pages qui, en fait, nous font entrer quelque peu dans les attentes et les espérances du personnage principal.

C’est un livre qui raconte une histoire, nourrie d’un imaginaire à la fois collectif et très individuel. On pourrait penser, bien évidemment, à « Pierre Tombal », de Marc Hardy. Mais si l’un et l’autre de ces auteurs prennent comme figure de proue une mort faucheuse de vies, ils le font très différemment. Et chacun avec un vrai talent… Tous publics pour Hardy, plus iconoclaste et plus adulte, sans doute, pour Mourier.

En une période où la mort, en chiffres invérifiables parce qu’officiels, occupe nos écrans, nos journaux, nos quotidiens, il est salutaire de la remettre dans la seule perspective humaine qu’elle peut accepter :

La Petite Mort 1.5 © Delcourt

la vie ! La mort est la seule compagne fidèle de l’existence, que nous le voulions ou non, elle est inéluctable.

En rire ou en sourire appartient dès lors à une thérapie salutaire et essentielle : faire de la ronde de nos heures des plaisirs à partager !

Et c’est pour cela, aussi, que je partage avec vous, ici, le plaisir que j’ai pris à lire ce petit album !

Jacques Schraûwen

La Petite Mort 1.5 (auteur : Davy Mourier – éditeur : Delcourt – 96 pages – novembre 2020)

Samedi 27 février 2021: deux auteurs passionnés en dédicace au BDWeb

Samedi 27 février 2021: deux auteurs passionnés en dédicace au BDWeb

Pour donner vie au magasin BDWeb, large espace ouvert à la culture du neuvième art, nombreux furent les visiteurs, il y a quelques jours, à venir rencontrer deux jeunes auteurs. Et ce fut une belle rencontre, conviviale, souriante, passionnante, autour de deux albums à mettre en bonne place dans toute bibliothèque de bande dessinée.

Deux artistes qui, chacun à sa manière, se sont penchés sur des existences réelles pour nous offrir des livres qui se révèlent être des portraits, presque intimes, de deux femmes d’exception, de deux femmes qui ont marqué leur époque.

Angela Davis pour Nicolas Pitz et Anaïs Ninn pour Léonie Bischoff sont des femmes qui ont rué dans les brancards, selon l’expression consacrée, deux héroïnes qui, en tout cas, ont voulu faire de leur vie un combat très personnel pour la liberté, pour LES libertés.

Les héroïnes

Dans notre univers de plus en plus formaté, on ne peut que trouver dans les combats de ces deux femmes, l’un très intime, celui de l’écriture, celui du libertinage aussi, d’Anaïs Ninn, l’autre activiste et militant, celui d’Angela Davis, on ne peut qu’y apercevoir une lutte qui se devrait sans doute d’être universelle encore et toujours : celle contre les habitudes, ces normes qui nous sont imposées sans que, souvent, on ne s’en rende vraiment compte.

Les habitudes
Traquée © Glénat

La bande dessinée peut prendre bien des formes. De la distraction d’un moment à une réflexion plus profonde, plus sociologique, il y en a, comme on dit, pour tous les goûts, et c’est tant mieux. Le neuvième art se doit d’être éclectique pour rester populaire. Mais il y a aussi un véritable plaisir à trouver, dans une lecture, qu’elle soit dessinée ou pas, des échos qui se font contemporains. Et c’est bien le cas avec ces deux œuvres, sans aucun doute…

Les échos

La bande dessinée, tout comme la littérature et le cinéma, dépend également, il faut le reconnaître, de modes. Depuis quelques petites années, on voit ainsi fleurir à l’envi des biographies. Toutes, loin s’en faut, ne sont pas intéressantes…

Sur la mer des mensonges © Casterman

Ici, Nicolas Pitz, et Léonie Bischoff ont pris le parti de parler de personnes réelles en choisissant, pour chacune d’elles, un angle de vue précis, presque anecdotique. Et c’est cela qui, sans doute, fait une des grandes qualités de ces deux livres. On se trouve dans des moments de vie, dans des laps de temps qui sont comme un focus mis sur des éléments qui, pour secondaires qu’ils puissent avoir l’air d’être dans le flot d’une existence, se révèlent pourtant essentiels, fondamentaux.

Bio

Jacques Schraûwen

Sur la mer des mensonges (auteure : Léonie Bischoff – éditeur : Casterman)

Traquée (dessin : Nicolas Pitz – scénario : Fabien Grolleau – éditeur : Glénat)

BDWeb – rue De Tamines – 1060 Bruxelles

https://www.facebook.com/BDWeb.fr