Les Vieux Fourneaux : 4. La Magicienne

Les Vieux Fourneaux : 4. La Magicienne

Il y a de ces albums à ne rater sous aucun prétexte ! Dans cette chronique, partez à la rencontre d’une histoire à l’humour omniprésent et écoutez ses deux auteurs en parler avec plaisir et sourires…

 

Je pense que le succès de cette série s’est révélé, pour les auteurs comme pour leur éditeur, assez inattendu… Il n’était pas évident, en effet, il y a trois bonnes années, de prévoir qu’une histoire centrée sur des seniors, et pratiquement rien que sur eux, puisse attirer un large public. Mais la qualité du dessin de Paul Cauuet et du scénario de Wilfrid Lupano ont remporté, très vite, tous les suffrages, ceux de la critique comme ceux des lecteurs.

Ce n’était pas évident, mais c’est totalement mérité, tant ces  » vieux fourneaux  » nous montrent le monde qui est le nôtre, et, surtout, le monde d’où l’on vient, en faisant le portrait de quelques vieillards qui s’acceptent vieux et qui sont heureux de l’être.

Dans ce quatrième volume, ils sont toujours là… Mais l’histoire est ici plus centrée sur le village où Antoine, l’un des leurs, habite. Un village dans lequel une entreprise devrait s’agrandir et créer bien des emplois, mais pourrait ne pas le faire parce que, sur le site choisi pour cette extension, on a découvert une magicienne… Une magicienne dentelée, plus exactement, c’est-à-dire une sauterelle qui fait partie des espèces animales protégées.

Et viennent donc s’installer dans ce village toute une série de gens qui forment une ZAD (Zone A Défendre). Ce qui va, évidemment, provoquer des conflits entre les habitants, entre, aussi et surtout, les Vieux Fourneaux eux-mêmes. Mais leur amitié résiste, envers et contre tout, et le trait d’union entre eux tous, Sophie, la marionnettiste, est et reste le regard de la jeunesse ancré à celui d’une certaine vieillesse… D’ailleurs, finalement, vieillir n’est-ce pas, en notre époque de haute technologie, la plus grande des aventures à vivre ?…

Wilfrid Lupano: Les ZAD…

 

Wilfrid Lupano: Vieillir!…

 

Résumer un album comme celui-ci est chose impossible. Wilfrid Lupano est un scénariste qui ne sent à l’aise qu’en racontant, en parallèle, plusieurs histoires, des histoires qui, bien sûr, ont des points de convergence et finissent par se mêler intimement… Il y a un côté  » fable  » à son scénario, également: on cherche tous quelque chose, mais on ne trouve jamais que ce qu’on ne cherchait pas !…

On parle ici d’écologie, de grosses entreprises peu respectueuses de l’humain, d’une technologie isolant de plus en plus les individus, mais aussi de paternité, d’un trésor à retrouver, de secrets enfouis dans des mémoires taiseuses, et d’amour, un amour qui se conjugue à tous les âges de la vie !

Mais ce qu’il y a surtout, dans cette  » Magicienne « , c’est de l’humour, un humour léger, un humour de mots, de dialogues, de dessins, d’expressions, de mouvements ! Cet humour existait déjà dans les trois volumes précédents mais, ici, dans ce quatrième épisode, il devient presque, à certains moments, le moteur de l’intrigue, des intrigues.

Je ris toujours, de relecture en relecture, en me plongeant dans « Gaston », de l’immense Franquin… Eh bien, je me suis découvert des mêmes éclats de rires à la lecture et à la vision de ces vieux fourneaux !… Comment ne pas rire, par exemple, en voyant des enfants prendre les  » vieux fourneaux  » pour des zombies venus en ligne directe de leurs jeux vidéos !

Wilfrid Lupano: l’humour

 

On ne peut qu’encenser le travail du scénariste, Wilfrid Lupano… Mais on ne peut, de la même manière, que saluer bien bas le talent graphique du dessinateur, Paul Cauuet. Son sens de la dérision, son bonheur à créer des expressions qui, pour caricaturales qu’elles soient, s’inscrivent toujours dans une histoire aux véritables accents réalistes, son mélange de genres, donc, tout cela fait merveille dans un récit qui se livre à une critique sociale, mais qui le fait avec un ton bon enfant.

Et Cauuet s’est amusé, s’est passionné même, dans cet album, à nous restituer des paysages qu’il connaît ben, ceux d’un sud ensoleillé, écrasé de lumière et de chaleur…

Tout comme s’est amusé le coloriste dont les nuances variées mais superbement lumineuses font vibrer les cases et les pages dessinées par Cauuet et scénarisées par Lupano.

C’est le résultat d’une vraie collaboration à trois qu’on découvre, dans cet album, une collaboration basée d’abord et avant tout sur le plaisir !

Paul Cauuet: le dessin

Je suis totalement fan de cette série, pour plusieurs raisons. La qualité, jamais prise en défaut, de son scénario comme de son graphisme, d’abord. L’ancrage profond de tous les thèmes abordés dans l’univers qui est le nôtre. Le ton gentiment (parfois beaucoup moins aimable, quand même…) avec lequel il est écrit, proche d’un Audiard résolument anarchiste. Et aussi pour le fait que, malgré des personnages récurrents, chaque nouvel album peut se lire sans que l’on se sente obligé d’aller relire les précédents…

Cauuet et Lupano : un couple d’auteurs respectueux de leurs lecteurs donc !

Les Vieux Fourneaux : bientôt, aussi, un film… Avec un casting qui, pour une fois, me semble ne pas dénaturer du tout les créations de Lupano et Cauuet… Pierre Richard est un vieux fourneau particulièrement crédible !…

 

Jacques Schraûwen

Les Vieux Fourneaux : 4. La Magicienne (dessin : Paul Cauuet – scénario : Wilfrid Lupano – couleurs : Gom – éditeur : Dargaud)

Santé !

Santé !

Importante augmentation du prix du tabac : le cancer du poumon va devenir inabordable ! Voilà un exemple de l’humour de ce livre, un humour à la fois très noir et très proche, finalement, de ce que nous vivons toutes et tous au quotidien…

 

 

Santé© Pixel Fever Editions

 

Antoine Chereau, dans cet album de « gags » en trois dessins au maximum, s’inspire de ce que l’univers de la Santé est en train de devenir, en France, certes, mais chez nous également, et, plus généralement, un peu partout dans ce monde qu’on dit civilisé et qui est le nôtre…

La gestion de la santé publique, celle du public donc, se devrait d’être ouverte à toutes et à tous et de ne pas être exclusivement dépendante de profit. Le serment d’Hippocrate ne dit rien d’autre, après tout !

Mais voilà, la France, comme les États-Unis, comme la Belgique, comme la grande Bretagne souscrivent d’abord à la rentabilité, et les pressions budgétaires s’accumulent depuis quelques années sur les professionnels de la santé, bien sûr, mais surtout sur ceux qu’on appelle les bénéficiaires de la médecine et qui paient de plus en plus cher pour ces bénéfices de moins en moins opérationnels !

Santé© Pixel Fever Editions

 

Ce n’est pas de la bande dessinée. C’est de l’humour, de l’humour sans concession, de l’humour qui fait sourire plus que rire, et ces sourires sont plus des grimaces que des signes de joie profonde ! parce que le talent de Chereau, comme celui de tous les dessinateurs de presse dignes de ce nom, c’est de réussir à créer, de dessin en dessin, un paysage presque réaliste tout en étant caricatural de ce que nous vivons au quotidien.

Il a aussi le don des phrases « choc » qui atteignent leur but avec à la fois de la puissance et de la finesse.

Ce « Santé ! » est un livre qui se lit vite, qui se relit, duquel on montre, à des amis, à des proches, les dessins qu’on a aimés, qui nous ont amusé…

 

Santé© Pixel Fever Editions

 

On manque cruellement d’humour, de nos jours. Je veux dire d’humour acerbe, d’humour qui ose une voie s’éloignant volontairement de la vulgarité et du gros rire. On tente de nous faire croire que nous sommes libres, libres d’aimer, libres de nous exprimer. Nous sommes surtout libres de nous croire libres…  Les Desproges et Devos, les Claude Serre, capables d’enfoncer les pointes de leurs mots dans les cicatrices de notre société, il n’y en a plus vraiment…

Chereau, certes, n’est pas Serre… Mais il a du talent, incontestablement, et ce « Santé » réussit à nous renvoyer le miroir d’une société que nous laissons, toutes et tous, lentement se déliter…

 

Jacques Schraûwen

Santé ! (auteur : Antoine Chereau – éditeur : Pixel Fever Editions)

Batman : The Dark Prince Charming 1

Batman : The Dark Prince Charming 1

Un super-héros américain aux mains d’un dessinateur européen ! Un mélange de genres pratiquement sans faiblesse ! Et, dans cette chronique, circonstanciée, vous allez pouvoir écouter Enrico Marini, l’auteur à part entière de cet album que TOUS les amoureux de la bd se doivent de lire !

 

 

Batman est un de ces héros dont le monde entier a entendu parler. Né en 1939, dans la suite de la création de Superman, l’homme  » chauve-souris  » se différenciait de son aîné par son manque de super pouvoirs.

Batman, ce fut, dès le départ, un être humain qui garde en lui une faille profonde due à l’assassinat de ses parents lorsqu’il était enfant, et qui va utiliser sa fortune à se créer comme justicier sans peur ni reproches. Un justicier qui, de méchant en méchant, va souvent user de violence sans, cependant, donner la mort à qui que ce soit…

Et le voilà de retour, aujourd’hui, dans une aventure endiablée qui le voit affronter, une fois de plus, le Joker, son ennemi le plus fidèle et le plus cruel.

Tous les ingrédients d’un vrai comics à l’américaine sont présents. De la violence, des méchants hauts en couleurs, de l’action, de l’aventure… Mais il y a aussi l’empreinte profonde d’Enrico Marini, l’auteur européen de cette nouvelle histoire. Un auteur qui fait partie des plus grands dessinateurs réalistes du neuvième art, c’est une évidence. On lui doit entre-autres  » Le Scorpion  » et  » Les Aigles de Rome « .

 

 

Et le voici donc plongé dans l’univers de la bd américaine !… Pour une histoire qui mélange différents récits, comme toujours chez Marini…

Il y a Batman, à qui on annonce qu’il est peut-être le père d’une petite fille… Une petite fille que le Joker kidnappe entre deux cambriolages et quelques meurtres particulièrement sanglants… Et il y a évidemment, surtout même, tous les efforts de Batman pour retrouver cette gamine qui est peut-être sa fille !

Marini aime surprendre ses lecteurs, les obliger, en quelque sorte, à chercher leur propre voie dans le labyrinthe d’un scénario qui peut ressembler à un puzzle. Mais qui reste de bout en bout lisible et passionnant!…

Et c’est sans doute à ce titre-là que ce Batman-ci se révèle véritablement neuf, dans son ton plus que dans son thème, dans sa construction narrative et jusque dans le travail des décors, des mouvements et des couleurs. Marini est un auteur complet, et il s’est amusé à adapter les codes de la bd d’outre-Atlantique à sa façon personnelle de construire un récit.

Enrico Marini: les codes des comics…

 

 

Au-delà de la virtuosité graphique de Marini, au-delà de sa manière presque expressionniste de rendre compte du mouvement, jusque dans ce qu’il peut avoir de plus violent, de plus démesurément violent même, au-delà de sa technique et de la qualité de ses couleurs, élément moteur, souvent, de ses planches, il y a dans ce Batman un nouveau regard sur un être humain pour qui la vengeance, qui a toujours été sa raison de vivre, laisse place à d’autres motivations. On peut presque, face à ce Bruce Wayne-ci, parler d’une quête nouvelle pour ce justicier qui, avec Marini, récupère une part d’humanité qui, reconnaissons-le, lui manque souvent dans les comics traditionnels.

 

 

Le côté européen, donc, de ce nouveau Batman, c’est d’utiliser les codes propres aux comics, pour les simplifier graphiquement tout en donnant plus de poids à la personnalité, ambigüe, des différents personnages.

L’aventure et l’action restent au centre de l’intrigue, mais elles sont menées par des vrais êtres humains!

Et le Joker de Marini, croyez-moi, fera date… Tout comme tous les personnages présents dans cet album, des personnages qui ont une vraie existence, même si cette existence, dans la proximité du Joker, ne peut que s’effacer vite fait bien fait !…

Enrico Marini: les personnages…

 

 

Je n’ai jamais été fan des comics américains… sauf du Surfer d’Argent… Mais ici, avec ce nouveau Batman, me voici tout prêt à changer d’avis !… C’est vraiment un livre duquel on attend la suite, prévue pour le printemps prochain, avec une vraie impatience ! Et le dessin de Marini est aussi démesuré que l’est son personnage !

Plongez-vous dans le nouvel univers de Batman, et redécouvrez un super-héros de plus en plus attachant ! Vous ne le regretterez pas!…

 

 

Jacques Schraûwen

Batman : The Dark Prince Charming 1 (auteur: Enrico Marini – éditeurs: DC et Dargaud)