Au Bout Du Fleuve

Au Bout Du Fleuve

Un très bel album qui nous conduit du Bénin au Nigeria, et nous fait découvrir des réalités trop souvent occultées…

Au bout du fleuve, c’est le lieu où Keni doit se rendre pour retrouver son frère jumeau, disparu depuis de longs mois.

Au bout du fleuve, c’est au bout de la vie, de l’espoir, aussi, pour ce jeune homme handicapé d’un bras et qui ne survit que grâce à des expédients.

Au bout du fleuve, c’est l’histoire de Keni, oui, c’est l‘histoire de sa quête identitaire dans un continent où les peuplades se mêlent, s’affrontent, vivent en parallèle les unes des autres, avec leurs croyances, leurs légendes, leurs mémoires.

Keni est orphelin, et il ne lui reste que ce frère jumeau disparu… Et comme le dit la sagesse populaire,  » perdre son jumeau, c’est perdre la moitié de son âme « .

C’est pour cette raison qu’il entame un long périple qui doit le conduire jusqu’au delta du fleuve Niger, où il sait que son frère est allé.

C’est une grande aventure humaine, donc… Mais c’est aussi et surtout bien plus que ça !… C’est un voyage à travers la multiplicité des réalités africaines, d’abord. Parce que cette quête vécue par un adolescent ne se construit qu’au travers des rencontres qu’il fait, belles ou moins belles, enrichissantes ou violentes. C’est le quotidien d’un continent démesuré que Jean-Denis Pendanx, l’auteur à part entière de ce livre, nous invite à découvrir. De l’intérieur…

Et ce quotidien, c’et celui du handicap et des regards qu’il provoque.

C’est celui d’un monde où, pour survivre, comme on l’entend régulièrement dans les infos d’ailleurs, les gens les plus pauvres pompent l’essence à même les pipe-lines, provoquant souvent de terribles accidents.

C’est un quotidien dans lequel les rêves n’ont rien de grandiose : l’argent, le foot… Rêves simples pour sortir de la misère et des routines de la survie…

C’est le quotidien des premiers émois amoureux, également.

Et puis, c’est le quotidien d’une pollution inouïe que l’occident ignore par seul appât du gain.

 

 

C’est un livre touffu, Mais jamais confus ! L’histoire, finalement, est très linéaire… Et même si tout n’est que rencontres et départs, croyances en des esprits, en des revenants et des sorcières, même si, comme le dit une des protagonistes,  » on n’est pas orphelin d’avoir perdu père et mère, mais d’avoir perdu l’espoir « , le personnage central, Keni, reste réellement le pivot du récit.

Et au-delà de la construction de cette histoire, il y a le dessin de Pendanx. C’est une suite de tableaux, extrêmement colorés, qui parviennent à estomper les horreurs quotidiennes qui sont racontées et montrées. C’est une série de portraits humains, aussi, très proches, pour les êtres  » positifs « , de leurs visages et de leurs sourires des lèvres et des yeux… Des portraits vus de plus loin quand il s’agit pour l’auteur de nous dévoiler des personnages essentiellement négatifs.

Certes cynique dans son propos, c’est vrai, ce livre se révèle pourtant extrêmement lumineux grâce à un graphisme à la fois très réaliste et très onirique. Une belle gageure totalement assumée et réussie…

C’est un peu comme un message qui nous est délivré, de loin… La vraie réalité, finalement, n’est-elle pas celle du rêve, en Afrique comme ici, du rêve et de toutes ses espérances ?…

C’est un livre sombre, bien entendu, puisqu’il nous parle de la vie sans chercher à l’embellir…

Mais c’est un livre avec des fulgurances d’espoir, aussi, puisqu’il nous montre que certains, au Nigeria, se battent pour retrouver leur dignité.

On ne guérit pas de son passé, surtout quand c’est celui d’une enfance perdue dans les brumes de la souffrance et de la douleur, c’est vrai, et il est tout aussi vrai, comme le dit un des personnages, que la mort est un vêtement que tout le monde portera un jour.

Mais ce bout du fleuve, malgré tout, malgré cette désespérance, malgré ces lendemains de grisaille qui nous sont décrits, ce livre reste un livre positif, à taille humaine, et, ma foi, humaniste, au-delà des différences que notre univers occidental aime à cultiver de plus en plus !

 

Jacques Schraûwen

Au Bout Du Fleuve (auteur : Jean-Denis Pendanx – éditeur : Futuropolis)

Philocomix

Philocomix

Au fil de l’Histoire, la philosophie s’est intéressée de très près au bonheur… Découvrez-en, dans ce livre à la fois sérieux et souriant, quelques portes qu’il vous appartiendra ou non d’entrouvrir…

 

Dès la couverture de ce livre, le ton est donné : 10 philosophes – 10 approches du bonheur –  » Je pense donc je suis HEUREUX !!

Dans une époque comme la nôtre, où l’information, au sens le plus large du terme, envahit tous les horizons du présent, comment l’être humain peut-il, selon l’expression évangélique consacrée, séparer le bon grain de l’ivraie ?

Les auteurs de cet album apportent leur réponse : ce n’est que par la réflexion, par la pensée, que l’être humain peut approcher du plus près ce qu’est son but dès sa naissance : le bonheur !

Je me souviens d’un professeur qui, par boutade peut-être, nous disait, à nous les boutonneux élèves adolescents des années 70, que la force de la philosophie, c’est que c’est la seule science qui sait qu’elle est inutile.

Pour Jean-Philippe Thivet et Jérôme Vermer, la philosophie est utile. Puisqu’elle permet, grâce aux mots et aux idées, de canaliser les rêves et les attentes humaines, en un moment précis de leur histoire, de creuser ainsi des chemins nouveaux dans l’accomplissement de soi. Et ils veulent le prouver, ici, en suivant les traces de dix philosophes qui, tous, ont à la fois marqué leur époque et la grande Histoire des idées humaines.

Jean-Philippe Thivet: l’utilité de la philosophie

Jérôme Vermer: l’utilité de la philosophie

 

 

 

Le point commun entre la notion de bonheur de ces dix grands noms de l’intelligence humaine, de Platon à Nietzche, c’est de considérer ce sentiment, cette sensation, cette presque virtualité comme indissociable d’une vérité et d’une réalité collective.

Bien sûr, un autre point commun pourrait être la subjectivité inhérente à cette notion qui ne peut, incontestablement, que se définir, ou se redéfinir, en fonction du moment historique considéré. C’est ainsi que les philosophes passent d’un bonheur à prendre à un bonheur naissant du plaisir, de la nécessité du désir à l’obligation de subir, de l’importance de ne pas trop rêver à celle d’envisager déjà l’après, du pouvoir essentiel de la raison et de la dignité à celui de la conséquence… On parle de volonté s’opposant au désir, puisque la vie se doit de faire mal, par définition, on parle aussi de l’importance de s’aimer par-dessus tout !

Tous ces philosophes rencontrés dans les pages de ce livre ont en fait un point véritablement commun : celui de parler du bonheur et de le faire en passant du groupe humain à l’individu, et vice-versa.

Jérôme Thivet: la dimension collective du bonheur

Jean-Philippe Thivet et Jérôme Vermer: la subjectivité

 

Cela dit, ce livre n’est pas un pensum, c’est un album de bande dessinée, avec une vraie dessinatrice qui est parvenue à entrer dans l’univers des deux scénaristes avec un talent très personnel. Les dessins sont simples, caricaturaux même, et c’est de leur présence, en contrepoint du sérieux littéraire de l’ouvrage, que naît le plaisir de la lecture. Comme quoi on peut se découvrir intelligent en souriant !… C’est d’ailleurs, en accompagnement du message des deux scénaristes, ce que la dessinatrice Anne-Lise Combeaud nous délivre comme indication de vie : il faut, pour s’approcher du bonheur, prendre le temps, d’abord, de s’amuser…

 

Anne-Lise Combeaud: le dessin

 

D’accord, ce Philocomix n’est pas un album habituel… Il a un aspect didactique qui, peut-être, peut rebuter quelque peu. Il est également tout sauf exhaustif, s’arrêtant par exemple à l’aube des idées et idéologies du vingtième siècle, comme l’existentialisme.

Mais, au total, il s’agit d’un livre assez ludique, à sa manière, et qui réussit à allier deux mondes qui ne se côtoient le plus souvent que par la seule force du hasard.

Une curiosité, donc, et qui mérite, assurément, d’être découverte et, ma foi, appréciée et aimée !

 

Jacques Schraûwen

Philocomix (dessin : Anne-Lise Combeaud – scénario : Jean-Philippe Thivet et Jérôme Vermer – éditeur : Rue De Sèvres)

Les aventures de Betsy : Le Fantôme d’Argent

Les aventures de Betsy : Le Fantôme d’Argent

Les années 60… Un riche collectionneur de vieilles voitures… Une jeune femme aussi sexy que douée pour les enquêtes et pour la mécanique… Du champagne, un trésor, et une Rolls sublime… Voilà la cocktail endiablé de cette deuxième aventure de la belle Betsy !

 

 

Fritz Schlumpf, riche industriel quelque peu caractériel, collectionne les réussites professionnelles et les voitures anciennes. Il découvre un jour qu’un champagne, qui n’est plus commercialisé depuis des années, porte le même patronyme que le sien. Il décide donc d’acheter ce vin noble. Surtout que, dans le dossier historique concernant cet achat, il a découvert une vieille photo d’une mythique Rolls Royce. Une voiture qu’il veut absolument dans sa collection… Et il engage Betsy, rencontrée dans l’épisode précédent, pour enquêter et retrouver cette automobile somptueuse !

Mais voilà, une quête peut en cacher une autre, et en cherchant cette splendeur britannique, Betsy va se retrouver embarquée dans une sombre histoire de templiers, de trésor disparu à la fin de la seconde guerre mondiale, de messages codés… et, bien évidemment, de quelques méchants poursuivant des buts peu avouables !

Le canevas de cette histoire, vous l’aurez compris, n’a rien de révolutionnaire ni de particulièrement original. L’intérêt d’une telle histoire réside donc ailleurs : dans le rythme du récit, sans sa construction, dans l’intérêt que tous les personnages révèlent, des rôles principaux jusqu’aux seconds couteaux.

Et Olivier Marin, nourri aux œuvres de l’âge d’or de la bd belgo-française, est orfèvre en la matière. Aucun temps mort dans son scénario, des rebondissements simples mais efficaces, une action dans effets spéciaux mais omniprésente. Tout cela fait de ce livre une histoire certes classique mais particulièrement agréable à lire.

Avec une petite restriction, malheureusement : il y au fil des pages quelques fautes de français… A la page 12, par exemple, où on parle de la  » GENTE  » féminine… C’est une erreur que l’on entend régulièrement dans la bouche de quidams en manque de connaissances étymologiques qui me hérisse toujours au plus haut point ! Mais bon, n’insistons pas… Le récit, lui, est excellent, et cette faute grossière n’enlève rien au plaisir que j’ai pris à la lecture de cet album !

 

Le dessin ressemble au scénario : sans faire preuve vraiment d’originalité, dans la lignée d’une forme de ligne claire revue et corrigée par les modes graphiques semi-réalistes du début des années 2000, il est d’une belle efficacité. Le trait est souple, les angles de vue sont variés, les différents protagonistes ont une existence propre, physique comme  » littéraire « . Phalippou a un sens du mouvement, du rythme, il possède aussi une précision machiavélique quant aux détails, dans les voitures comme dans les paysages urbains. Et tout cela fait de ce  » Fantôme d’argent  » un bel objet à regarder comme à lire !…

Bien sûr, tout compte fait, l’axe central et essentiel de cet album, c’est la voiture, d‘abord, avant tout ! Mais là où, dans d’autres séries, il faut être fan total du monde automobile pour se laisser embarquer dans des histoires souvent sans grand intérêt narratif, ici, il n’en est rien, que du contraire.

Cela par la force simple du scénario comme du dessin mais aussi par le talent du coloriste qui réussit à replonger le lecteur dans une ambiance très années 60 !…

Une belle réussite, donc, que ce deuxième volume qui nous montre une héroïne qui, sans afficher des convictions féministes évidentes, n’en demeure pas moins une femme qui, dans un univers très masculin, cherche, avec succès, à s’imposer, et ce sans aucune caricature ridicule ou réductrice !

 

Jacques Schraûwen

Les aventures de Betsy : Le Fantôme d’Argent (dessin : Jérome Phalippou – scénario : Olivier Marin – couleur : Fabien Alquier – éditeur : Paquet)