Les Schtroumpfs, personnages mythiques de la bd franco-belge, créés par Peyo, ont toujours continué à vivre leurs aventures grâce à des dessinateurs amoureux du style graphique de leur créateur. Parmi eux, Pascal Garray, dont on a appris aujourd’hui le décès.
Pascal Garray avait 51 ans. Toute sa carrière, il l’a passée dans l’ombre du grand Peyo. A ses côtés, d’abord, participant au dessin des Schtroumpfs. Sous sa houlette, ensuite, en reprenant Benoît Brisefer, et en continuant à lui donner vie le temps de sept albums, après la mort du « maître »…
C’est probablement avec ce personnage, super-héros souriant du quotidien, qu’il a pu le mieux exprimer son talent, dans la continuité, certes, de l’art de Peyo (mais aussi de Walthéry…), mais en y imprimant, par le mouvement et le travail sur les décors par exemple, sa propre empreinte.
Après l’aventure de Benoît Brisefer, Pascal Garray n’a pas abandonné les studios Peyo, et on lui doit une collaboration efficace le temps de 17 albums des Schtroumpfs, dont » L’arbre d’Or » et » Schtroumpf les bains « .
Il venait de terminer les dessins du prochain album des petits personnages bleus, qui sera publié en septembre prochain, sous le titre » Les haricots mauves « .
Avec lui, c’est un continuateur précis et fidèle de l’œuvre de Peyo qui disparaît.
Les éditions Dupuis continuent, en ce début 2017, à faire paraître leur » Méga Spirou hors-série « . Un magazine destiné à un public jeune (et moins jeune), et qui, dans ce numéro-ci, revient sur 2016, une année fertile en événements de toutes sortes.
Ce qui est remarquable, dans le sens premier du terme, avec Groom, c’est qu’il s’adresse à tous les publics, sans pour autant user d’un vocabulaire simpliste ou d’une analyse à l’emporte-pièce. En une expression comme en cent, Groom ne prend pas ses lecteurs pour des demeurés mentaux !
Groom reste également fidèle à la marque de fabrique du magazine Spirou, dont il est issu : l’humour est l’arme la plus efficace pour désamorcer l’horreur !
L’humour, et la tolérance, oui, servis ici par une brochette d’auteurs issus, pour la plupart d’entre eux, de la jeune génération de la bd. Cette génération qui a été marquée, incontestablement, par l’attentat contre Charlie.
Mais pas d’outrance, dans Groom, ce qui n’empêche pas les auteurs de pointer du doigt les failles du monde qui est le nôtre. Mais le tout est géré par un principe de base pratiquement philosophique, journalistique en tout cas : » comprendre le pire avant d’en rire » !
Et s’il est vrai qu’on sourit en passant de page en page, d’événement en événement, de mémoire en souvenir, il est tout aussi vrai que le pire a été omniprésent pendant les douze derniers mois !
Il y a eu le terrorisme, et on retrouve dans le dossier qui traite de ce sujet l’excellent Dab’s. Il y a eu le Brexit, expliqué d’une manière claire. Il y a eu la présidente du Brésil priée de s’en aller. Il y a eu Erdogan et la Turquie, que Ducoudray n’épargne pas sans tenir compte, lui, de la géopolitique. Il y a eu l’enfer des migrants dans la jungle de Calais, l’élection de Donald Trump, la gauche française qui se déchire et lorgne vers la droite du paysage politique, la Syrie, le chômage…
Comme vous le voyez, ce Groom ne se contente pas de porter les bagages de n’importe qui dans le grand hôtel de l’information et de l’amusement. Il dit ce qu’il pense, avec le sourire, certes, mais avec un besoin de lucidité qui, de nos jours, brille souvent par son absence.
Cela dit, » Groom « , ce n’est pas du journalisme utilisant comme support le média bd. Non, » Groom « , c’est de la bd, avec ses codes propores, qui utilise le média du journalisme et de l’info. Et c’est ce qui fait de ce magazine une belle réussite, à mettre dans les mains des adolescents prêts à tenter de comprendre le monde dans lequel ils vivent, et duquel, très bientôt, ils vont être partie prenante !
Ce livre nous raconte la rencontre improbable mais passionnante de personnages mythiques de la littérature : Oliver Twist, Peter Pan, le Capitaine Crochet, H.G. Wells et Jack l’éventreur!
Tout commence, dans ce livre, avec la représentation, au début du vingtième siècle, de la pièce de J. M. Barrie : Peter Pan.
Tout se continue lorsqu’un jeune homme aux longs cheveux blonds vient trouver l‘auteur dans sa loge et réveiller ainsi une mémoire que cet écrivain voulait renier.
Tout, enfin, revient en arrière, dans le temps, dans les années 1880, dans les ruelles d’un Londres victorien où la violence, la misère, la vulgarité et la débrouille sont les réalités premières et essentielles du quotidien de deux enfants qui se rencontrent au fil d’une fuite effrénée : Oliver Twist et Peter Pan.
A partir de cet axiome, celui de donner vie à des héros de papier, de les inscrire dans une réalité historique bien précise, les auteurs de ce livre se lancent dans une histoire sans temps mort, graphiquement et littérairement. Ils nous emmènent à leur suite dans une aventure qui, pour imaginaire et fantastique qu’elle soit, nous parle d’interrogations propres à tout humain.
Parce que la trame de ce premier livre d’une série pleine de promesses, c’est l’enfance… L’enfance qui se refuse à a abandonner ses oripeaux, riches ou pauvres, à s’abandonner aux routes trop sages de l’âge adulte. L’enfance qui n’est éternelle que parce qu’elle continue à rêver à l’impossible. L’enfance qui, surtout, se cherche des racines pour pouvoir oser se croiser aux miroirs du réel.
Les racines, c’est d’ailleurs le point commun de tous les personnages de ce livre : l’absence… L’absence d’une mère, d’un passé capable de les construire.
Même si ces thèmes peuvent paraître lourds, il n’en est rien. Le scénariste, Philippe Pelaez, sait ménager ses effets, il sait aussi donner de la présence, de l’envergure, à tous ses personnages, même les secondaires. Bien sûr, en lisant ce livre, on ne peut pas ne pas penser au sublime Peter Pan de Loisel. Mais l’angle choisi par Pelaez est différent, même s’il est parallèle à celui de Loisel dans sa finalité : démystifier des œuvres de jeunesse dans lesquelles se cachent, finalement, bien des horreurs !…
Et le dessin de Cinzia Di Felice, parfois à la limite du dessin naïf, accompagne parfaitement cette plongée en presque enfance : c’est un dessin qui s’attache aux regards des protagonistes, aux expressions des corps, et qui prend le temps, aussi, d’inscrire ses héros dans un contexte historique graphiquement fouillé. Ses décors nous restituent à la perfection cette époque victorienne aux morales mélangées et toujours douteuses. Grâce à un découpage tantôt vif, tantôt semblant prendre tout son temps, grâce à des plans souvent très cinématographiques, le dessin de Di Felice se révèle très personnel, très attirant…
Et n’oublions pas non plus, surtout, Florent Daniel, le coloriste, qui réussit, avec des couleurs qui ne sont jamais criardes, à créer des ambiances différentes qui rythment réellement le récit de ce livre.
Comment qualifier ce premier volume ?…. Une réussite, voilà ce qu’il est ! Graphiquement, j’ai eu parfois l’impression de plonger un peu dans du Laudy… Mais du Laudy moderne, capable de montrer l’horreur comme la beauté.
Oliver et Peter est une bd adulte. Mais elle est aussi le miroir de toutes nos enfances perdues, irrémédiablement enfouies en des mémoires de pays imaginaires…
Jacques Schraûwen
Oliver et Peter : 1. La Mère de Tous les Maux (scénario : Philippe Pelaez – dessin : Cinzia Di Felice – couleurs : Florent Daniel – éditeur : sandawe.com)